Avec 95 % des votes dépouillés, l’impasse politique se maintient
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Avec 95 % des votes dépouillés, l’impasse politique se maintient

Le parti islamiste Raam perd un siège et le Meretz en gagne un ; 40 % des votes par procuration ont été comptés, des tensions émergent dans le bloc pro-Netanyahu

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours à ses partisans dans la soirée des élections israéliennes et au siège du parti  du Likud, à Jérusalem, le 24 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours à ses partisans dans la soirée des élections israéliennes et au siège du parti du Likud, à Jérusalem, le 24 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les responsables des élections continuaient le décompte des votes par procuration dans la matinée de jeudi, avec des résultats qui, jusqu’à présent, n’offrent pas une possibilité claire de former une coalition majoritaire – qu’il s’agisse du bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu ou de celui qui est constitué par ses adversaires.

La commission centrale électorale a déclaré que les bulletins qui ont été dépouillés dans la nuit avaient légèrement modifié les résultats électoraux, le parti Raam perdant un siège au bénéfice du Meretz de gauche.

Quatre millions de votes avaient été dépouillés jeudi matin, ce qui représente 95 % de tous les électeurs qui se sont prononcés lors du scrutin de mardi.

Ces résultats englobent environ 40 % des votes par procuration – soit environ 165 000 votes.

De gauche à droite, les députés du Meretz Yair Golan, Nitzan Horowitz et Tamar Zandberg fêtent leurs résultats avec leurs partisans au siège de campagne du parti, à Tel Aviv, le 23 mars 2021. (Crédit : Flash90)

Les votes par procuration représentent environ 10 % de tous les bulletins nationaux et ils pourraient encore déterminer la capacité de Netanyahu à former un nouveau gouvernement, la capacité de ses adversaires à le faire, ou si l’impasse politique doit continuer au sein de l’État juif – ce qui orienterait le pays vers un nouveau scrutin après quatre élections non-concluantes.

La perspective de l’établissement d’une coalition au pouvoir semble dépendre du parti Raam, qui n’a pris aucun engagement en faveur ou contre Netanyahu. Compliquant la mise en place d’un gouvernement majoritaire potentiel, les électeurs de droite, dans les deux camps, ont exclu de mettre en place une coalition en utilisant le soutien de Raam en raison de ce qu’ils qualifient de « positionnement anti-sioniste » de la part de la faction arabe.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, au siège de son parti à Tel Aviv pendant la soirée électorale, le 23 mars 2021. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le parti du Likud de Netanyahu, à ce stade du dépouillement, remporterait 30 sièges à la Knesset forte de 120 membres.

Dans son bloc de partisans, la formation Shas remporterait 9 sièges, Yahadout HaTorah 7 et le parti sioniste religieux 6. Ce qui accorderait au total 52 sièges au bloc pro-Netanyahu – un nombre insuffisant pour obtenir une majorité, même si Yamina et ses sept sièges décidaient de rejoindre le Premier ministre.

Concernant les partis opposés à Netanyahu, c’est Yesh Atid qui devrait être le plus important, avec 17 sièges. Il est suivi par Kakhol lavan de Benny Gantz, avec huit.

En s’unissant au parti Travailliste, à Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, à la Liste arabe unie, à Tikva Hadasha de Gideon Saar et au Meretz de gauche, le bloc totaliserait 57 sièges. La personnalité qui pourrait prendre la tête d’une potentielle coalition anti-Netanyahu reste indéterminée et Saar et Bennett ont tous les deux fait savoir qu’ils refuseraient d’intégrer une majorité placée sous l’autorité de Lapid.

La leader du parti Travailliste, Merav Michaeli, a indiqué à la Douzième chaîne que sa formation réfléchirait à soutenir Bennett au poste de Premier ministre.

Raam, avec ses quatre sièges actuels, peut apporter une majorité à chacune des deux parties et la faction est ainsi devenue une actrice déterminante dans le vote.

Netanyahu a déclaré qu’il n’avait pas écarté la possibilité d’une « coopération parlementaire » avec Raam, selon la chaîne Kan.

La chaîne a fait savoir que Netanyahu craignait que le dirigeant de Raam, Mansour Abbas, ne soutienne une législation qui interdirait à un candidat mis en examen par la justice de former un gouvernement, ce qui empêcherait de manière claire Netanyahu de se maintenir au poste de Premier ministre.

Mansour Abbas, dirigeant du parti Raam, et des membres du parti au siège de Raam à Tamra, lors de la soirée électorale, le 23 mars 2021. (Flash90)

Les adversaires de Netanyahu réfléchissent à la possibilité de faire avancer une telle législation – ce qui nécessite que le bloc défavorable au maintien du Premier ministre s’adjuge 61 sièges et que tous ses membres soutiennent le texte de loi. Netanyahu est actuellement traduit en justice dans trois affaires de corruption.

Selon des informations transmises mercredi, des responsables du Likud auraient voulu s’assurer auprès d’Abbas que Raam ne soutiendrait pas la législation contre Netanyahu. Citant des « sources politiques », le site d’information Walla a indiqué qu’Abbas avait dit au Likud n’être pas favorable à des lois ciblant directement des individus mais que le positionnement du parti sur le sujet n’avait pas encore été finalisé. Ces informations ont été démenties par le Likud.

Raam et Itamar Ben-Gvir, un politicien d’extrême-droite, ont écarté toute possibilité de s’unir dans le cadre d’une coalition, mercredi, mettant encore plus à mal les perspectives déjà minces de la formation d’un gouvernement majoritaire par Netanyahu. Ben-Gvir doit entrer à la Knesset sous l’étiquette du Parti sioniste religieux de droite de Bezalel Smotrich suite à un accord qui avait été négocié par Netanyahu lui-même.

Le député et chef du parti sioniste religieux d’extrême-droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, membre de son parti, avec leurs partisans lors de la soirée électorale au siège de la formation à Modiin, le 23 mars 2021. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Netanyahu a exclu de manière répétée la possibilité de s’allier à Raam, encore la semaine dernière, disant qu’une telle initiative était « hors de question » – même si des informations transmises mercredi ont indiqué qu’il y réfléchissait.

Abbas, de son côté, est resté évasif concernant d’éventuelles alliances, disant mercredi qu’il n’était « dans la poche » d’aucun bloc parlementaire. Il a noté, mercredi, qu’il n’avait pas été contacté par Netanyahu.

Le parti du Likud a paru divisé, mercredi matin, sur la question de la possibilité de former une coalition s’appuyant sur le soutien de Raam, et des députés de la formation se sont laissés aller à des déclarations contradictoires au sujet de cette éventuelle démarche.

Il y a eu d’autres tensions au sein du bloc de Netanyahu, avec la formation Yahadout HaTorah qui a critiqué le Premier ministre pour avoir renforcé le parti sioniste religieux. Selon Yahadout HaTorah, ce renforcement a amené son électorat habituel à se prononcer pour le parti de Bezalel Smotrich au détriment de sa propre représentation au Parlement.

Uri Maklev, député de Yahadout HaTorah, a indiqué à Ynet que Netanyahu « a fait des choses qu’il n’aurait pas dû faire » pendant la campagne et il « nous a marché dessus ». Le dirigeant de la formation, Moshe Gafni, avait déclaré avant le scrutin que la faction « réfléchirait à ses options » si Netanyahu ne devait pas obtenir une majorité claire lui permettant de former une coalition à l’issue du vote.

Moshe Gafni, président de Degel haTorah, lors de la cérémonie d’ouverture de la campagne électorale du parti, avant les élections israéliennes, à Jérusalem, le 12 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Ynet a noté que le Shas avait, lui aussi, exprimé sa colère en coulisses, même si le parti a évité de critiquer publiquement le Premier ministre.

A travers les trois cycles électoraux non-concluants qui ont eu lieu au cours des deux dernières années, Netanyahu s’est appuyé sur la loyauté des partis ultra-orthodoxes qui avaient refusé de seulement réfléchir à l’idée de rejoindre une coalition qui ne serait pas placée sous l’autorité du leader du Likud.

Netanyahu a exercé des pressions agressives sur la communauté religieuse et ultra-orthodoxe pour qu’elle accorde son vote au Parti sioniste religieux et à son leader, Bezalel Smotrich, pour s’assurer que la formation obtiendrait bien les 3,25 % de voix qui sont nécessaires pour intégrer la Knesset.

Ben-Gvir a également paru avoir entraîné des troubles pour Netanyahu à l’étranger, avec des responsables des États du Golfe qui auraient averti les diplomates israéliens que la présence à la Knesset de députés d’extrême-droite « nuirait à la normalisation », selon des informations qui ont été transmises mercredi. Ben-Gvir, un suprématiste juif, soutient des politiques considérées très largement comme discriminatoires à l’encontre des Arabes.

Un bureau de vote pour les personnes en quarantaine pour cause de coronavirus à Jérusalem, lors des élections à la Knesset, le 23 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Environ 450 000 votes par procuration ont été transmis par le biais du système dit « de double enveloppe » employé par tous ceux qui ne sont pas en mesure de se rendre dans un bureau électoral traditionnel, bureau qui leur est assigné en fonction de leur lieu de résidence. Tous ces bulletins sont amenés à la Knesset où ils sont dépouillés par des représentants de la commission centrale électorale. Ce processus dure plus longtemps que le décompte habituel, les officiels devant vérifier les identités des personnes et s’assurer qu’elles n’ont pas, de surcroît, voté ailleurs. Après la fin des contrôles, les enveloppes intérieures et anonymes sont rassemblées et les bulletins sont comptés conformément à la procédure habituelle.

Les votes par procuration émanent habituellement des membres des forces de sécurité, des prisonniers, des diplomates et des Israéliens en situation de handicap qui sont dans l’incapacité de se rendre au bureau de vote. Cette année, des bureaux de vote particuliers ont aussi été établis pour les personnes mises à l’isolement, les porteurs du coronavirus et les personnes se trouvant dans les hôtels de quarantaine ou à l’aéroport Ben-Gurion.

Les données rendues publiques mercredi ont montré que les votes rompaient avec les tendances habituellement familières : Ainsi, le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu serait en tête dans les villes du sud du pays, la faction centriste Yesh Atid dominerait à Tel Aviv et les partis ultra-orthodoxes auraient été fortement soutenus à Jérusalem.

La Liste arabe unie devancerait Raam dans la plus grande partie des communautés arabes, et le parti de droite et laïc d’Avigdor Liberman, Yisrael Beytenu, remporterait – et c’est une surprise – un score étonnamment bon chez les électeurs druzes.

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