Avec les relations tendues avec l’UE, Netanyahu se tourne vers l’Asie
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Analyse

Avec les relations tendues avec l’UE, Netanyahu se tourne vers l’Asie

La Chine et l'Inde offrent à Jérusalem de vastes opportunités commerciales sans les défis politiques que l'Europe représente

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, COP21, au Bourget, le 30 novembre 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, COP21, au Bourget, le 30 novembre 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue indien, Narendra Modi, se sont assis dans le coin des enfants au sommet international en parlant et en riant sur le climat de cette semaine, près de Paris.

« Nous avons de meilleures relations et elles peuvent être encore meilleures », a affirmé Netanyahu à Modi lors de la réunion.

Ce à quoi Modi a répondu : « je suis heureux que nous puissions facilement et souvent parler au téléphone, nous pouvons discuter de tout ».

Une brève rencontre entre Netanyahu et le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, était de loin beaucoup plus froide. Mogherini s’est approchée de Netanyahu dans le couloir et ils ont partagé rien de plus qu’une poignée de main.

Ce contraste reflète le réchauffement israélien vers l’Est, tandis que ses relations avec l’Europe se sont refroidies en raison des désaccords sur le processus de paix et le programme nucléaire de l’Iran.

Au cours des dernières années, les liens commerciales entre Israël et l’Asie se sont renforcés, tandis qu’Israël et les puissances asiatiques ont mutuellement fait des ouvertures diplomatiques. Et même si les liens diplomatiques les plus forts d’Israël restent en Occident, il y a des signes d’un retournement vers l’est.

Israël envisage « l’option de l’est si les choses ne vont pas dans le bon sens avec l’Europe et les Etats-Unis », a indiqué Alon Liel, l’ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères d’Israël, au JTA.

« Dans la dernière année et demie, il n’y a pas eu un processus de paix et en Europe, il y avait de la déception qu’il n’y ait pas de processus de paix ».

Israël a depuis longtemps des relations amicales avec l’Europe, qui s’étendent de la coopération dans le domaine de la défense à l’économie.

Aujourd’hui, l’Union européenne est la plus grande destination de l’exportation d’Israël et Israël participe à des compétitions sportives et culturelles européennes comme des tournois de football et les compétitions musicales comme l’Eurovision.

Les liens sont également historiques. Israël a été fondé sur le modèle européen de l’Etat-nation démocratique. Beaucoup de citoyens d’Israël sont d’origine européenne.

Récemment, ces liens se sont détériorés. Israël s’est presque retiré de Horizon 2020, le programme de l’UE, qui finance la recherche scientifique et l’innovation, en raison d’un désaccord sur le financement des projets dans les implantations en Cisjordanie.

Et Israël s’était tendu après une proposition française cette année pour que le Conseil de sécurité des Nations unies supervise les négociations israélo-palestiniennes.

Les relations israélo-européennes se sont encore plus détériorées maintenant en raison des lignes directrices récemment publiées par l’UE sur l’étiquetage des marchandises produites dans les implantations israéliennes. Israël a fustigé les lignes directrices comme s’apparentant à un boycott. En réponse, le ministère des Affaires étrangères d’Israël a coupé toute coordination avec les institutions de l’UE sur les questions liées au processus de paix.

« Nous regrettons que l’Union européenne ait choisi, pour des raisons politiques, de prendre une telle mesure exceptionnelle et discriminatoire, inspirée par le mouvement de boycott », a précisé une déclaration ministère des Affaires étrangères au sujet des lignes directrices en matière d’étiquetage. « Cette récente décision soulève des questions concernant le rôle que l’UE aspire à jouer ».

Les relations israéliennes avec l’Asie, en revanche, se resserrent. Les exportations israéliennes vers les pays asiatiques ont triplé entre 2004 et 2014, s’élevant à un montant total de 16,7 milliards de dollars l’an dernier – un cinquième du total des exportations d’Israël.

L’année dernière, l’Asie a dépassé les États-Unis et est devenue la deuxième plus grande destination des exportations d’Israël après l’Europe.

Benjamin Netanyahu et Shinzo Abe - 12 mai 2014 (Crédit : Toru Hanai/POOL/AFP)
Benjamin Netanyahu et Shinzo Abe – 12 mai 2014 (Crédit : Toru Hanai/POOL/AFP)

Dans le même temps, le Japon, qui n’a pas vendu ses voitures en Israël jusque dans les années 1990 afin d’éviter un boycott du monde arabe, a, l’année dernière, augmenté les échanges commerciales en Israël.

Le commerce entre le Japon et Israël a augmenté de près de 10 %, s’élevant à 1,75 milliard de dollars. Israël a également augmenté les subventions gouvernementales pour la recherche conjointe israélo-japonaise de 50 % cette année. Netanyahu a également rencontré le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Paris cette semaine.

Israël et la Chine, qui ont établi des relations formelles seulement en 1992, travaillent sur un accord de libre-échange, et Netanyahu a créé un groupe de travail israélo-Chine au sein de son bureau cette année.

L’an dernier, Israël a organisé ce qu’il a appelé une « Semaine de la Chine », pendant laquelle des représentants du gouvernement chinois et des dirigeants d’entreprises se sont rendus en Israël.

Modi de l’Inde a dit qu’il envisageait de se rendre en Israël également. Pendant ce temps, le président indien, Pranab Mukherjee, s’est rendu à Jérusalem en octobre, devenant ainsi le responsable indien de plus haut rang à venir en Israël.

« Nous faisons très profondément partie de l’Occident à de nombreuses façons, mais nous regardons vers l’Orient », a déclaré Netanyahu lors du dîner d’Etat lors de la visite de Mukherjee. « Nous apprécions l’Europe, mais nous admirons l’Asie ».

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En 2013, à l’époque ministre de l’économie, Naftali Bennett, a déclaré lors d’une visite en Chine que l’accroissement des échanges pourrait ouvrir une voie pour la « diplomatie économique » avec les pays les plus peuplés du monde. Contrairement à l’Europe, a déclaré Bennett, les entreprises chinoises ne laissent pas le conflit israélo-arabe rentrer dans les affaires commerciales.

« Ils ne nous ont pas posé de questions une seule fois sur les Arabes ou les Palestiniens, ou sur l’occupation ou la shmoccupation, ou toute autre chose », a-t-il expliqué dans une déclaration vidéo. « La seule chose qui les intéresse est la haute technologie israélienne et l’innovation israélienne ».

L’Inde s’est abstenue d’approuver le rapport de l’ONU sur la guerre de l’année dernière à Gaza, qui accusait Israël de possibles crimes de guerre. Tous les pays européens au Conseil des droits de l’Homme, quant à eux, ont approuvé le rapport.

Mais les analystes avertissent qu’Israël ne devrait pas voir l’Inde et la Chine comme des alternatives diplomatiques à l’Europe et aux États-Unis.

Avant que Modi ne prenne ses fonctions l’année dernière, l’Inde a toujours été pro-palestinien, soutenant les causes palestiniennes à l’ONU et les nations asiatiques sont généralement moins intéressées que l’Europe et les États-Unis par les affaires étrangères israéliennes.

Alors que les Etats-Unis ont une politique de longue date de poser un veto contre les résolutions anti-israéliennes au Conseil de sécurité de l’ONU.

La Chine vote généralement contre Israël. Compte tenu de la taille de l’économie de la Chine, les analystes disent que l’investissement d’un peu plus de milliards de dollars dans le commerce israélien ne signifiera probablement pas un veto chinois.

« Les relations économiques sont conduites par le secteur des entreprises, non pas parce que le gouvernement veut y donner la priorité », a déclaré Oded Eran, l’ancien directeur de l’Institut pour les études sur la sécurité nationale de l’université de Tel Aviv.

« Nous devons nous rappeler que la Chine et l’Inde sont très pragmatiques, mais ils n’ont pas changé – et je doute qu’ils changent leur vote à l’ONU en raison de l’amélioration des relations économiques ».

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