Ce qu’il faut savoir sur le Forex
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Ce qu’il faut savoir sur le Forex

L'industrie du Forex fait beaucoup parler d'elle dans le milieu francophone israélien, mais de quoi s'agit-il concrètement ?

Illustration d'une courbe de chiffres (Crédit : wikimedia)
Illustration d'une courbe de chiffres (Crédit : wikimedia)

L’industrie du Forex, florissante en Israël, fait beaucoup parler d’elle. A tort ou à raison le Forex s’est fait une mauvaise réputation, aussi bien localement en Israël où les entreprises se développent telles des graines semées dans une terre fertile, qu’en France, où les « clients » de ces entreprises ont compris, à leur détriment, les risques de cet investissement en ligne.

En juin dernier, l’émission Envoyé Spécial sur France 2 mettait en lumière les nouveaux types d’arnaques possibles grâce au développement de la manne d’Internet. L’émission couvrait largement le thème du Forex.

Aujourd’hui, les transactions économiques se font en ligne ou au téléphone, plus besoin de rencontrer les intermédiaires en chair et en os. Les particuliers non avertis deviennent des proies faciles. Selon les termes d’Envoyé Spécial : « La manipulation a remplacé les armes à feu » et « le hold-up est au bout du fil. »

De quoi s’agit-il exactement ?

Forex est la contraction des termes « Foreign Exchange » Market, en français, le marché des changes.

Dans une vidéo, l’Autorité des marchés financiers (AMF) explique que le « Forex est un marché financier ouvert 24h/24, 7J/7 sur lequel s’échangent les devises du monde entier ». Ce marché correspond à l’échange de devises dont les taux de change sont en constante fluctuation.

A l’inverse du marché des actions, le marché des devises n’est pas réglementé. Aucune banque centrale ou institution financière internationale ne supervise les échanges, comme l’explique Roger Aitken. Il s’agit d’un marché de gré à gré. Les acteurs du marché négocient directement les uns avec les autres, sans autres intermédiaires, d’un commun accord – autrement dit à l’amiable.

Si l’activité du Forex n’est pas soumise à une réglementation internationale, elle peut néanmoins être contrôlée par une autorité de régulation. Néanmoins, il existe diverses autorités de régulation, et leur degré d’exigence n’est pas le même selon les pays. Une société régulée à Chypre ou à Malte ne répond pas aux mêmes exigences qu’une entreprise régulée en France ou aux Etats-Unis.

Les intervenants sur le marché des changes sont divers : particuliers et entreprises. Mais ce marché concerne surtout les professionnels : banques, fonds d’investissement, institutions financières et autorités monétaires.

C’est un marché important à l’échelle mondiale. Dans son rapport triennal, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) rapporte qu’en 2013, le volume moyen des échanges sur le marché du Forex s’élève à 5 300 milliards de dollars par jour.

Ce même rapport explique que seulement 9 % de ces échanges sont réalisés avec des particuliers, souvent profanes en la matière.

Pourtant l’activité, qui s’est particulièrement développée en Israël, concerne ces entreprises qui traitent spécifiquement avec des particuliers. Il n’existe aucun chiffre qui permette de savoir combien d’entreprises sont concernées par cette activité en Israël.

Ce qui est sûr, c’est qu’elle connaît un certain succès auprès des nouveaux immigrants en Israël. Pour de nombreux « olim hadashim » ne parlant pas hébreu, le Forex leur permet de trouver un travail dans leur langue maternelle.

Si le trading en ligne de devises n’est pas une activité illégale en soi, les méthodes employées pour pousser les clients à investir peuvent rapidement le devenir. Le marché du Forex n’étant pas réglementé, certaines méthodes, plus que douteuses ont vu le jour.

Ainsi, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a conçu une liste noire des sites de Forex à bannir. Selon l’AMF, 9 particuliers sur 10 perdent leur investissement.

La réalité du marché du Forex est complexe et demande la prise en compte de nombreux paramètres.

Il existe différents types d’entreprises de Forex :

– L’entreprise dite « casher »

Cette entreprise est régulée. En d’autres termes, elle rend des comptes à des autorités financières compétentes. L’argent déposé par le client sur la plate-forme est investi et récupérable en cas de gain.

– L’entreprise « manipulatrice »

Elle peut concrètement disparaître du jour au lendemain. L’argent n’est ni investi ni récupérable. Pas de discussion : c’est du vol.

– L’entre-deux

Il existe un stade intermédiaire, l’activité est régulée, mais toute la vérité n’est pas dévoilée au client quant à l’investissement de son argent.

Sur le terrain…

Brendon est arrivé il y a quatre ans en Israël, à l’âge de 20 ans. N’ayant suivi aux Etats-Unis qu’une année universitaire en finances, il décide de se diriger vers le Forex. De fait, aucune expérience n’est requise pour intégrer les entreprises de courtage en ligne.

Brendon décide de prendre son expérience sur le ton de la plaisanterie et donne sa recette d’un bon vendeur dans l’industrie du Forex : « un vendeur peu scrupuleux, une à trois cartes de crédit par jour, une plateforme en ligne, un téléphone. Jeter le tout dans une marmite et remuer vigoureusement. Ajouter des commentaires tels que : ‘Voulez-vous devenir riche ?’ toutes les 5-10 minutes. »

Brendon a travaillé deux ans dans le Forex, en tant que vendeur, avant d’arrêter complètement. Il explique qu’à la fin il était près du « Burn out. »

Le travail de vendeur sur de telles plateformes consiste à contacter les potentiels clients par téléphone.

Les particuliers s’inscrivent via des publicités en ligne. Ces publicités aguicheuses, servent d’appât. Une fois le client contacté, le vendeur doit le convaincre de donner son numéro de carte bleue, sans pour autant déposer de l’argent. L’idée étant de le faire investir, par la suite, dans une quelconque devise.

Brendon explique qu’il s’agit d’une vente agressive. En d’autres termes, le vendeur est là pour convaincre le client de déposer de l’argent.

Selon Brendon, le marché du Forex est légitime. Ce qu’il remet en cause, ce sont les procédés employés par certaines entreprises spécialisées dans le Forex.

Brendon a fait l’expérience de la vente dans une entreprise régulée et dans une entreprise non régulée. La différence ne fait aucun doute. Dans la seconde le broker [l’intermédiaire financier permettant de passer un ordre d’achat ou de vente sur le marché des changes] ne prend pas en compte l’intérêt du client, mais pense seulement à faire gagner de l’argent à son entreprise. L’employé est lui-même sous une pression de façon constante.

Les abus constatés par cet ancien employé sont multiples :

– L’employé convainc le client de déposer de l’argent sur la plate-forme, l’argent au lieu d’être investi est gardé par l’entreprise.

– Au moment de retirer son argent investi, le client se retrouve dans l’impossibilité de le faire.

– Ou encore une fois les coordonnées bancaires récupérées par l’entreprise, cette dernière les utilise sans aucune permission.

Brendon a vite réalisé, que ces entreprises pouvaient affecter la vie de ses clients d’une manière dramatique. Il s’est ainsi retiré du « business, » confie t-il. S’il garde un souvenir correct de son expérience dans la société de Forex régulée, il conserve un souvenir désastreux de son expérience dans la société non régulée.

Émilie, après ses études en sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv a rencontré des difficultés pour trouver un premier emploi en Israël. Elle s’est résolue à postuler dans le domaine du Forex par l’intermédiaire d’une boîte de recrutement. L’entreprise se situe dans une grande tour à Herzylia.

Émilie raconte son entretien, qui s’est transformé en véritable test psychologique. Elle a été reçue par deux personnes en charge du recrutement. La première partie était en anglais.

La DRH, Ruthy, loue les avantages de son entreprise dans un discours parfaitement rodé : convivialité entre les collègues, ambiance bon enfant, bonne humeur sont apparemment le quotidien des employés. L’entreprise les gâte. Les horaires sont flexibles. Et l’activité est, a priori, régulée. Les employés parlent, français, anglais, espagnol et hébreu. Ils « tradent » partout dans le monde.

Émilie insiste sur la régulation. Juriste de formation, elle veut savoir s’il y a une faille. La DRH lui tend alors un document, en espagnol, censé attester de la régulation de l’entreprise par la Banque de France.

Ruthy se montre très rapidement intéressée par la jeune Émilie ; une bonne élocution étant une grande qualité pour les vendeurs en « call center ». Il faut réussir à convaincre en douceur les futurs clients de déposer de l’argent sur la plateforme.

Ruthy explique que le travail consiste principalement à appeler des clients potentiels qui ont répondu à une publicité en ligne. L’employé a un minimum de temps pour convaincre le particulier. Un discours bien ficelé est mis à la disposition des salariés.

Le salaire se compose d’un fixe, de 5 000 shekels (1 190 euros) et de commissions. La DRH qui a réponse a tout, explique que les commissions doivent encourager l’employé à être efficace. En d’autres termes plus l’entreprise gagne de l’argent, plus l’employé en gagne également.

Un second entretien est directement organisé, cette fois en français avec la responsable de l’équipe française.

Le discours se veut volontairement plus direct. Elle teste les motivations d’Émilie, explique que l’environnement est très concurrentiel, « qu’il faut en vouloir » pour se faire un bon salaire. Si la motivation est là, les salaires peuvent atteindre des sommes exubérantes, comprises entre 30 000 shekels (environ 7 140 euros) et 70 000 shekels (16 660 euros) environ le mois.

Après les deux entretiens, la bonne nouvelle tombe, Émilie est recrutée à l’essai. Reste la dernière étape : le détecteur de mensonge. C’est à ce moment qu’Émilie a pris la poudre d’escampette.

L’existence de sociétés non régulées remet en cause l’intégrité du marché des devises. Ainsi il n’est pas uniforme et chaque société répond à des normes différentes.

Une nouvelle législation a récemment vu le jour en Israël. Depuis le 26 mai dernier, les sociétés de trading en ligne doivent candidater pour recevoir une licence délivrée par la ISA (Israel Securities Authority).

Le communiqué de presse datant du 31 mai 2015 explique que cette nouvelle régulation concerne « les plateformes de trading en ligne qui permettent à des investisseurs de trader diverses instruments financiers, principalement des devises étrangères. »

Avant d’ajouter que « l’objectif de la régulation de ces plateformeS de trading est de protéger le public qui investit. La régulation définit les conditions que les plateformes doivent remplir pour recevoir la licence », comme la protection des investisseurs, le mode de publicité autorisé, l’absence de conflit d’intérêts entre les vendeurs et les clients, l’effet de levier approprié.

Sans cette licence les entreprises de Forex ne pourront plus exercer leur activité en Israël.

Il est encore trop tôt pour rapporter les bienfaits ou non d’une telle régulation.

Malgré la mise en place de cette régulation un problème d’ordre éthique continuera de persister. Le courtier sait que le pourcentage de chance que son client finisse par gagner de l’argent est à son désavantage : une chance sur dix !

Pour des questions de sécurité, les prénoms des personnes interrogées ont été modifiés.

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