Coup d’envoi de la course au leadership du mouvement pro-implantations
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Coup d’envoi de la course au leadership du mouvement pro-implantations

Les candidats à la tête du conseil de Yesha des maires de Cisjordanie ne sont pas dissuadés par la possibilité d'un soutien timide de Jérusalem et d'un changement à Washington

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les chefs du Conseil de Yesha au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 27 septembre 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les chefs du Conseil de Yesha au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 27 septembre 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Quatre chefs de municipalités israéliennes de Cisjordanie se sont lancés dans la course à la présidence du conseil de Yesha qui débute officiellement lundi, alors même que l’influent mouvement pro-implantations se prépare à entrer dans une nouvelle ère politique qui pourrait nécessiter de coopérer avec un gouvernement israélien moins enclin à afficher sa sympathie pour la cause.

Le président en titre de l’organisation-cadre pro-implantations du conseil de Yesha, Hananel Dorani, a décidé de ne pas se représenter au terme de son unique mandat de deux ans qui s’achèvera à la fin du mois, et pendant lequel il aura profité du luxe de travailler aux côtés du gouvernement le plus à droite depuis des décennies, ainsi qu’en coopération avec une Maison Blanche amicale dont les actions auront tenté de normaliser la présence israélienne au-delà de la Ligne verte.

Dans ce contexte particulier où Jérusalem et Washington pourraient ne plus avoir autant d’égards que par le passé pour le conseil de Yesha, ce sont quatre maires qui vont rivaliser pour prendre la tête de l’organisation. Le vainqueur sera celui qui obtiendra la plus grande pluralité de soutiens de la part des 24 responsables municipaux de Cisjordanie qui constituent le conseil de Yesha et qui sont les seuls habilités à voter.

Le mouvement pro-implantations a bénéficié d’un vaste soutien de la part du gouvernement israélien de droite depuis qu’il a pris le pouvoir au début de l’année 2015, en particulier après l’entrée du président américain Donald Trump à la Maison Blanche, au mois de janvier 2017.

La promotion agressive du mouvement pro-implantations avait connu son apogée juste avant le scrutin du mois dernier, avec la promesse du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’annexer immédiatement la vallée du Jourdain en cas de victoire.

Les résultats n’ont pas donné toutefois au leader du Likud et à ses partenaires naturels de droite suffisamment de sièges pour former une coalition et, si un gouvernement doit néanmoins être mis en place au cours des prochaines semaines, il comprendra presque certainement la formation centriste Kakhol lavan qui a récolté – de peu – la plus grande partie des voix, le 17 septembre.

Le dirigeant de la liste, Benny Gantz, exprime un soutien sans failles aux « blocs d’implantations » – ces secteurs fortement peuplés, généralement proches de la Ligne verte qui, pour la majorité des Israéliens, seront conservés dans le cadre d’un accord de paix. Il s’est également dit favorable à l’annexion de la vallée du Jourdain.

Mais le programme du parti fait toutefois allusion à la nécessité de savoir faire des concessions – et notamment de procéder à l’évacuation des implantations situées dans les profondeurs de la Cisjordanie – dans le cadre d’un accord conclu avec les Palestiniens.

Benjamin Netanyahu et le président du conseil de Yesha, Hananel Dorani, le 7 novembre 2017. (Autorisation)

Des politiques telles qu’un gel des constructions dans ces implantations éloignées seraient, bien entendu, vouées à l’échec pour le conseil de Yesha, qui s’est habitué à travailler aux côtés d’un Premier ministre qui s’était enorgueilli d’avoir dit à Washington qu’il ne faisait pas la différence entre communautés isolées et « blocs ».

L’organisation-cadre a également bénéficié de la reconnaissance et de la coopération de la Maison Blanche. L’envoyé pour la paix Jason Greenblatt, qui vient tout juste de quitter l’administration Trump, avait notamment indiqué préférer se référer aux implantations considérées illégales comme à « des quartiers et des villes« .

Tandis qu’il reste encore un an de mandat à Trump et qu’il pourrait bien se faire réélire, la possibilité que le prochain président du conseil de Yesha soit amené à travailler avec une Maison Blanche passée sous la coupe des démocrates n’est pas négligeable.

Plusieurs concurrents à la nomination pour la présidentielle au sein du parti, notamment les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ont fait campagne sur le conditionnement des aides à Israël à ses engagements concernant les constructions d’implantations. Et nul doute que ceux qui adoptent aujourd’hui des positionnements plus modérés tenteront, eux aussi, de réfréner les constructions au-delà de la Ligne verte par d’autres moyens.

Théoriquement, le défi le plus imminent à relever pour le mouvement pro-implantations devrait être la révélation du plan de paix mis au point par l’administration Trump. Mais l’ambassadeur américain au sein de l’Etat juif, David Friedman, a fait savoir que celui-ci n’exigerait pas d’évacuer une seule implantation, et les quatre candidats à la tête du conseil de Yesha, qui se sont entretenus avec le Times of Israel, ont fait part de leur scepticisme quant à la révélation même de la proposition de paix – ne paraissant guère s’en inquiéter, quoi qu’il arrive.

Chaque candidat aura, il est vrai, présenté une approche unique s’agissant de la façon d’occuper cette fonction de leadership. Toutefois, tous ont établi clairement la nécessité d’améliorer la coopération entre les différentes municipalités de Cisjordanie afin de renforcer la légitimité et l’efficacité du conseil de Yesha.

La lutte pour la « qualité de vie »

Le président du conseil régional de la vallée du Jourdain, David Elhayani, explique que la toute première motivation de sa candidature est « l’amélioration de la qualité de vie » des Israéliens en Cisjordanie.

« Nos résidents ne supportent plus les infrastructures médiocres qui entraînent des pannes d’électricité, des pénuries d’eau et un trafic routier surchargé. C’est de la responsabilité des dirigeants du mouvement pro-implantations de fournir des services appropriés », s’exclame Elhayani.

« Il est impossible d’améliorer la qualité de vie sans améliorer les infrastructures », ajoute-t-il.

Le leader de la vallée du Jourdain qui a été longtemps connu pour sa moustache – devenue dorénavant une barbe fournie – affirme que l’un des moyens de s’attaquer à de tels problèmes est de faire appliquer la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, ce qui supprimerait une grande partie de la paperasse administrative et bureaucratique. Il reconnaît toutefois qu’une telle initiative ne pourra pas avoir lieu à court terme.

« En attendant, nous devons encore faire preuve d’agressivité en réclamant des améliorations d’infrastructures. Et ce, en plus d’empêcher la prise de contrôle de la Zone C par les Palestiniens, de manière à ce qu’il reste des territoires à annexer quand ce sera le moment », dit-il, évoquant les secteurs placés sous le contrôle sécuritaire et administratif d’Israël.

David Elhayani, maire de l’implantation d’Arvot Hayarden au sein conseil régional de la vallée du Jourdain, parle à l’AFP dans son bureau de Cisjordanie, le 11 septembre 2019 (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Le conseil régional de la vallée du Jourdain d’Elhayani fournit des services à plus de 20 implantations, qui accueillent environ 5 000 résidents. Il est président du conseil depuis 2009, ce qui fait de lui le responsable politique le plus ancien à se présenter à la tête du conseil.

Il indique qu’un autre de ses objectifs, en tant que représentant des implantations, sera de parvenir à unir les 27 chefs de conseil de Cisjordanie – qui, selon de nombreux observateurs, semblent plus divisés que jamais concernant le meilleur moyen d’interagir avec le gouvernement.

Le retrait d’Israël de la bande de Gaza et du nord de la Cisjordanie, survenu en 2005, avait entraîné une scission entre les chefs d’implantations.

Certains avaient résolument pris le parti des autorités et d’autres avaient estimé qu’il aurait fallu faire davantage pour empêcher le gouvernement de mettre en œuvre sa décision.

Le premier camp a tendance à considérer le lobbying sous un front unifié comme le plus efficace pour ses électeurs.

Mais la capacité d’un certain nombre de chefs de conseils combatifs à obtenir des résultats par eux-mêmes a entraîné d’autres à se demander si la modération de leurs points de vue, nécessaire pour trouver un consensus sur des problématiques intérieures au conseil de Yesha, valait vraiment le prix d’un compromis.

« Il y a une crise de confiance au sein du conseil de Yesha où de nombreux présidents de conseil ne considèrent pas l’instance comme réellement capable de répondre aux besoins des résidents », clame Elhayani.

« Un grand nombre de dirigeants de conseil ne se montrent jamais lors des réunions de l’organisation », déplore-t-il.

Elhayani estime qu’avec une attitude plus « agressive », les membres du conseil « trouveront enfin quelqu’un qui va se battre pour eux ».

Adaptera-t-il sa stratégie en fonction de la constitution de la future coalition, s’il devait remporter le vote ? A cette question, le maire de la vallée du Jourdain répond qu’il « se contentera de soumettre les intérêts de nos résidents, indépendamment de qui intégrera le gouvernement ».

L’homme des résultats

Yigal Lahav est à la tête du conseil local de Karnei Shomron, en Cisjordanie, depuis 2013.

Comme Elhayani, il se présente comme laïc – représentant la moitié des candidats dans la course, cette année, qui ne portent pas la kippa – ce qui est rare chez les leaders d’implantations qui sont presque exclusivement religieux.

Le consul général israélien à New York, Dani Dayan, aura été le premier et le dernier président laïc du conseil de Yesha, une fonction qu’il avait occupée de 2007 à 2013.

Mais la question de la religiosité n’a pas été abordée pendant l’entretien avec Lahav, au cours duquel il a tout d’abord évoqué son expérience et les résultats obtenus pour le compte de ses résidents.

Contrairement à son collègue de la vallée du Jourdain, Lahav a la voix douce et le propos posé – et figure parmi les maires les moins connus de Cisjordanie.

Il a été néanmoins déterminant dans l’élaboration d’un plan directeur pour les transports à travers toute la Cisjordanie, qui est dorénavant utilisé par le gouvernement pour faire avancer la construction de nouvelles autoroutes au-delà de la Ligne verte.

Lahav a été également influent dans la formation du « Regroupement des municipalités de Judée et Samarie », au début de l’année.

Des instances similaires existent déjà à l’intérieur de la Ligne verte – permettant à des municipalités variées de coopérer pour optimiser les budgets reçus du gouvernement avec pour objectif d’améliorer les services. Mais ce « Regroupement » avait été sans précédent en Cisjordanie.

Le maire de Karnei Shomron indique qu’il œuvrera à faire entrer autant de dirigeants étrangers que possible en Cisjordanie « pour voir de près ce qu’il s’y passe réellement ».

Concernant le gouvernement de Jérusalem, Lahav n’envisage aucune formation de coalition qui prévoirait l’évacuation des implantations, tout en précisant qu’il travaillera à convaincre tout un chacun de la « probité de la voie que nous avons empruntée ».

Le maire de Karnei Shomron, Yigal Lahav (Conseil local de Karnei Shomron)

Parler avec douceur

Autre maire aux propos calmes et posés, Yochai Damri, qui est à la tête du conseil régional de Har Hebron.

Au cours de son entretien avec le Times of Israel, Damri s’enorgueillit de vivre dans les collines du sud de Hébron depuis l’âge de 18 ans. Il dirige le conseil régional depuis 2014.

Ces dernières années, l’un de ses objectifs prioritaires a été de faire la promotion des zones industrielles de Cisjordanie qui fournissent des emplois aux Israéliens comme aux Palestiniens.

Clamant qu’une majorité de Palestiniens sont plus intéressés par un salaire qui leur permet de vivre que par un Etat, Damri affirme que ces zones industrielles peuvent servir comme fondation d’un futur accord de paix. Le maire de Har Hebron a rencontré, l’année dernière, l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, et l’envoyé aurait accueilli ses idées avec enthousiasme.

Au-delà de cette question, Darmi explique préférer conserver ses ambitions pour le conseil de Yesha, s’il devait en prendre la tête, à l’écart du public pour le moment – disant qu’il est actuellement en négociations avec les leaders d’implantations qui prendront part au vote pour tenter de glaner des soutiens, précisant qu’il fera connaître ses plans aux Israéliens en général s’il doit être élu.

Le président du conseil régional de Har Hebron Yochai Damri. (Autorisation)

« Je pense que le conseil de Yesha a besoin d’une modernisation dans son leadership et dans ses tactiques pour pouvoir s’adapter à un monde changeant », explique-t-il assez vaguement.

Comme Dahav, Damri reste serein face à la possibilité d’un gouvernement plus centriste, disant seulement qu’il est nécessaire de « convaincre ceux qui doivent l’être » du bien-fondé de l’ordre du jour avancé par le conseil de Yesha.

« Nous espérons ne pas en arriver là, mais si nous devons nous battre, nous nous battrons… Nous savons très bien le faire », dit-il, se référant aux importants mouvements de protestation anti-gouvernementaux dirigés par les habitants d’implantations au cours des dernières décennies.

S’implanter dans leurs cœurs

Le plus jeune maire se présentant dans la course à la présidence de la semaine prochaine est le chef du conseil régional de Gush Etzion, Shlomo Neeman, âgé de 46 ans.

Ce dirigeant municipal qui représente environ 24 000 résidents dans plus de 15 implantations est rapidement devenu célèbre parmi les chefs du mouvement depuis qu’il a accédé à la mairie de sa municipalité, en 2017.

Neeman explique qu’en tant que président du conseil de Yesha, il amènera le mouvement pro-implantations à relever son prochain défi : celui de connecter toutes les villes au-delà de la Ligne verte avec Israël par le biais de l’annexion de la Cisjordanie.

« Je serai une force puissante contre toutes les concessions possibles en Judée et Samarie », martèle-t-il, tout en établissant clairement qu’il est encore trop tôt pour savoir si une telle option est sur la table au vu de l’impasse politique qui paralyse le pays.

« Mais le mouvement pro-implantations ne restera pas sans rien faire si on vient nous combattre », ajoute-t-il avec conviction.

Neeman clame que l’un de ses objectifs est « d’implanter notre mouvement dans les cœurs » des Juifs de l’autre côté de la Ligne verte et dans le monde entier.

« Nous faisons partie intégrante d’Israël, et notre but doit être de montrer, dans notre pays comme à l’étranger, que notre place ici, en Cisjordanie, est aussi naturelle qu’elle est éternelle », a-t-il poursuivi.

Le chef du conseil régional de Gush Eztion Shlomo Neeman s’exprime lors d’une cérémonie d’inauguration d’une nouvelle réserve naturelle à Gush Etzion, en Cisjordanie, le 12 décembre 2017 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Qui domine la course et pourquoi c’est important

Un chef d’implantation habilité à voter et qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat confie que sur la base des discussions qu’il a pu avoir avec ses collègues, c’est Neeman qui serait le favori de la course de lundi.

« Il entrera dans une ligne plus agressive envers le gouvernement », ajoute ce responsable de Cisjordanie, qui note que c’est Neeman qui, parmi tous les candidats, est à la tête de la plus grande municipalité – ce qui le place dans une position privilégiée pour présider le conseil de Yesha.

Le chef de conseil qui s’est entretenu avec le Times of Israel clame toutefois que le combat entre Neeman, Elhayani et Lahav s’annonce féroce.

Les deux dernières personnalités représentent des approches opposées en ce qui concerne les interactions avec le gouvernement, explique-t-il.

Elhayani est considéré comme particulièrement proche de Netanyahu et plus enclin à se conformer à la ligne du gouvernement, même lorsque ce dernier opte pour une politique de retenue dans les implantations.

Lahav, qui est aussi membre du Likud, bénéficie du soutien d’importants présidents de conseil et prévoit d’adopter une ligne aussi agressive que celle de Neeman.

« Simplement, il dirige un conseil bien plus modeste et cela risque donc d’être plus difficile pour lui de l’emporter », estime l’officiel.

Replaçant l’élection de la semaine prochaine dans son contexte, Yisrael Harel, l’un des fondateurs du conseil de Yesha, affirme que l’influence du mouvement fait l’objet d’un débat.

Appréhendé de l’intérieur, de nombreux habitants d’implantations le considèrent comme particulièrement faible, comme une organisation se contentant de « copier » les politiques mises en place par le gouvernement, explique Harel, qui en a été le président de 1980 à 1996.

« Mais vu de l’extérieur, le comité est considéré comme l’une des instances les plus fortes d’Israël, avec même davantage d’influence que certains partis politiques », dit Harel. « Que ce soit vrai ou non, une telle image donne de toute façon plus de puissance au conseil de Yesha ».

Et puisque c’est le cas, explique l’ancien chef du mouvement pro-implantations, le président de Yesha aura pour mission de tirer profit de l’image extérieure de l’instance pour rassembler les membres du gouvernement autour de la cause prônée par les habitants qui résident au-delà de la Ligne verte.

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