Dans la nouvelle coalition, Gantz officiera au bon vouloir de Netanyahu
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Opinion

Dans la nouvelle coalition, Gantz officiera au bon vouloir de Netanyahu

L'homme qui disait que Netanyahu détruisait le pays est maintenant à ses côtés, sans aucune influence notamment sur la question de l'annexion

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le chef d'état-major de Tsahal de l'époque, Benny Gantz (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie organisée en l'honneur de son successeur, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 16 février 2015. (Miriam Alster/Flash90)
Le chef d'état-major de Tsahal de l'époque, Benny Gantz (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie organisée en l'honneur de son successeur, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 16 février 2015. (Miriam Alster/Flash90)

« Je ne peux pas siéger [au gouvernement] avec Netanyahu », avait déclaré le leader de Kakhol lavan Benny Gantz au Times of Israel lors d’une interview accordée il y a un peu plus d’un an. « Mes amis, je fais face à la réalité – je vous le dis, nous parlons d’un homme corrompu qui détruit le pays, et je ne peux pas siéger avec lui ».

« Bibi n’est pas un roi ni le messie, et il est possible de continuer sans lui », avait-il ajouté plus tard dans la conversation. « Il a fait son travail. Il a servi son parti. Il a servi son pays. Il a servi ses intérêts. Bien, passons à autre chose… ».

Dans la foulée de cette interview datant du 2 avril 2019, Benny Gantz a mené trois campagnes électorales contre le Likud sortant, s’en approchant mais sans parvenir à l’évincer. Dimanche soir, après avoir abandonné l’engagement fondamental de ces trois campagnes, et le seul fil conducteur qui unissait son alliance Kakhol lavan, Gantz prêtera normalement serment en tant que ministre de la Défense de Netanyahu [la prestation de serment a été reportée de jeudi soir à dimanche après-midi]. La moitié restante de son alliance brisée, dirigée par Yair Lapid de Yesh Atid et Moshe Yaalon de Telem, sera à la tête de l’opposition, tandis que Gantz attendra son heure en tant que nouveau « Premier ministre d’alternance », espérant que l’accord de coalition qu’il a signé avec son ancien ennemi juré obligera effectivement Netanyahu à lui céder la place dans 18 mois.

La prestation de serment de la coalition qui sera dirigée dimanche par Netanyahu, qui met fin à plus de 500 jours d’absence de gouvernement israélien pleinement opérationnel, marque une défaite politique pour Gantz, malgré sa présence et celle de ses alliés à la table du gouvernement élargi et cette promesse lointaine de devenir Premier ministre.

Les sondages d’opinion indiquent que la plupart des Israéliens soutiennent la nouvelle coalition d’unité « d’urgence » – constituée alors que les mesures d’urgence Covid-19 sont progressivement levées, mais avec une crise économique qui s’aggrave profondément après deux mois de quasi-mise à l’arrêt du pays – et sont soulagés d’avoir été épargnés d’une quatrième élection. Mais Gantz, comme il l’avait clairement indiqué dans cette interview et dans tous les discours de ces trois campagnes, n’est pas entré en politique pour aider Netanyahu à prolonger son séjour record au poste de Premier ministre israélien, et pour servir au bon vouloir de Netanyahu dans l’espoir d’une récompense éventuelle.

Dépossédé

L’accord Netanyahu-Gantz garantit au leader de Kakhol lavan une représentation paritaire au sein du gouvernement pour son « bloc », mais le Premier ministre l’a largement dépossédé de la plupart des aspects de la composition et de la direction de la coalition, sapant encore plus la position déjà faible de Gantz.

Netanyahu a trouvé un poste ministériel pour Yoaz Hendel et la présidence d’une commission clé pour Zvi Hauser, permettant à ces deux alliés de Gantz d’entrer dans son orbite. Il a créé un poste ministériel absurde – avec le nouveau ministère de l’Autonomisation et de la Promotion des communautés – pour une autre ancienne membre du bloc de l’opposition, Orly Levy-Abekasis, s’assurant ainsi qu’elle reste à ses côtés.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz fait une conférence de presse impromptue dans un abri antiaérien de Yad Mordechai dans le bruit des roquettes qui fendent l’air, le 5 mai 2019. (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)

Accédant à la demande de Gantz de ne pas faire revenir à ce poste l’ex-président de la Knesset Yuli Edelstein, qui a défié la Cour Suprême, Netanyahu a introduit comme président un autre fidèle du Likud, Yariv Levin, qui est encore plus critique à l’égard du système judiciaire et qui ne manquera pas de remettre en question une autre des causes clés de Gantz – la protection de l’équilibre actuel des pouvoirs entre les juges et les responsables politiques d’Israël. Gantz n’a même pas eu la présence d’esprit d’insister pour une rotation au poste de président du Parlement afin qu’il puisse placer son propre candidat quand, ou plutôt, s’il devient Premier ministre – une demande que des sources du Likud ont indiqué avoir anticipée et que le parti aurait acceptée.

Aucune influence sur l’annexion

Concernant la plus fatidique des questions de fond à l’ordre du jour du nouveau gouvernement, Gantz a également renoncé à toute possibilité significative d’influencer les politiques de Netanyahu sur l’annexion.

Alors que le Premier ministre, depuis le jour-même où le président américain Donald Trump a dévoilé sa Vision de « la paix à la prospérité » le 28 janvier, a promis de mettre en œuvre unilatéralement ses dispositions visant à étendre la souveraineté israélienne à toutes les implantations de Cisjordanie et à la vallée du Jourdain, Gantz avait soigneusement accepté de soutenir le plan comme base de négociation avec les parties concernées telles que l’Autorité palestinienne et la Jordanie.

Cependant, en vertu de l’accord qu’ils ont signé le 20 avril, Netanyahu est libre d’avancer le processus d’annexion à partir du 1er juillet, que cela plaise ou non à Gantz. Les États-Unis avaient conditionné leur soutien à ce qu’Israël ait un gouvernement pleinement opérationnel, à l’achèvement du processus de cartographie correspondant et à ce que Netanyahu accepte « l’accord Trump », y compris la volonté de négocier avec les Palestiniens sur leur future entité en Cisjordanie s’ils choisissaient de s’engager. En d’autres termes, comme le secrétaire d’État américain Mike Pompeo l’a dit à plusieurs reprises, y compris en Israël mercredi, c’est le « droit et le devoir » d’Israël de décider de l’annexion.

En fait, étant donné les termes de l’accord de coalition, c’est celui de Netanyahu.

Le président américain Donald Trump (à droite) rencontre le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz à la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (Crédit : Elad Malka)

Netanyahu a-t-il vraiment l’intention de tenir tout ou partie de sa promesse de souveraineté élargie ? Veut-il que son héritage soit dominé par la décision de rétablir la pleine autorité d’Israël dans certaines parties de la Judée et de la Samarie bibliques ?

Ou bien craint-il pour le traité de paix historique avec la Jordanie, redoute-t-il un recul des relations régionales chaleureuses dont il est si fier, l’aliénation d’au moins une partie de la diaspora ; la perte du soutien de gouvernements auparavant plutôt amis ; une bataille plus dure pour défendre Israël contre les allégations de racisme, et pire encore, dans la surveillance de deux ensembles de lois – l’un pour les Juifs et l’autre pour les Palestiniens – dans le territoire contesté ; pour la disparition de la solution à deux États, de tout chemin viable vers une éventuelle séparation d’avec des millions de Palestiniens ?

Ayant officiellement abandonné le droit de déterminer, voire de codéterminer la politique d’annexion dans l’accord de coalition du 20 avril, Gantz, comme nous tous, en Israël et dans le monde, ne peut désormais qu’observer et attendre pour le savoir.

Un nouveau revirement en perspective

La décision de Gantz de revenir sur ses positions fondamentales et de s’associer à un homme qu’il, 13 mois plus tôt, affirmait être « corrompu » et « détruisant le pays » n’est pas la seule volte-face politique inscrite dans l’établissement du nouveau gouvernement de Netanyahu jeudi.

Dans le cadre de la rotation, Gantz n’a aucun moyen de pression politique à exercer – juste un bout de papier signé qu’aucun tribunal ne fera appliquer, et certaines lois rapidement modifiées qui peuvent être aussi rapidement annulées

Seront également présents au sein du gouvernement Amir Peretz et Itzik Shmuli, du Parti travailliste, principal rival idéologique du Likud depuis des décennies, et principale opposition, implacable et déclinante, à Netanyahu jusqu’à l’avènement de Kakhol lavan. Comme Gantz, Peretz a détruit son parti en changeant de camp, bien que le Parti travailliste – en grande partie à cause des voix de centre-gauche qui sont allées à Kakhol lavan – avait de toute façon quitté le devant de la scène, réduit à trois pitoyables sièges lors des élections de mars.

Les députés Orly Levy-Abekasis (à gauche) et Amir Peretz lors de la soirée post-électorale de l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz à Tel Aviv, le 2 mars 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)

La seule question qui se pose maintenant est de savoir pourquoi Gantz, qui a trouvé dans la crise du Covid-19 la justification pour revenir sur son engagement solennel envers les électeurs, pense que l’on peut compter sur Netanyahu pour qu’il honore son engagement solennel de céder le poste de Premier ministre le 14 novembre 2021. Gantz, après tout, n’a aucun moyen de pression politique à exercer – juste un bout de papier signé qu’aucun tribunal ne fera appliquer, et quelques lois rapidement modifiées qui peuvent être aussi rapidement annulées.

La volte-face de Netanyahu, si et quand elle se produira, ne sera que la rupture de la promesse d’un politicien à un autre. Et loin d’abandonner ses électeurs, Netanyahu pourrait sûrement prétendre qu’il respecte leur volonté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
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