Après 16 mois de crise, Netanyahu et Gantz forment un gouvernement d’union
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Après 16 mois de crise, Netanyahu et Gantz forment un gouvernement d’union

"Gantz et Ashkenazi ont accepté de permettre à l'accusé de nommer les juges qui statueront sur ses affaires", a tweeté le leader de Yesh Atid-Telem

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ex-rival Benny Gantz ont annoncé lundi la formation d’un gouvernement d’urgence, mettant fin à la plus longue crise politique de l’histoire du pays en pleine pandémie de Covid-19.

« Un accord pour la formation d’un gouvernement national d’urgence a été signé » par MM. Netanyahu, chef du Likud, et Gantz, le dirigeant du parti Kakhol lavan, ont indiqué les formations des deux hommes dans un communiqué.

L’accord permettra à Netanyahu de rester Premier ministre pendant un an et demi, après quoi il sera remplacé par Gantz, dans le cadre d’un accord de rotation qui sera inscrit dans la loi.

D’ici là, Gantz serait ministre de la Défense, tandis que Gabi Ashkenazi, le numéro 2 de Kakhol lavan, serait ministre des Affaires étrangères.

Les deux hommes devraient faire des déclarations télévisées plus tard dans la soirée de lundi, selon les médias israéliens, l’accord devant être signé officiellement après Yom HaAtsmaout.

Dans son premier commentaire après la signature Gantz a déclaré que cette décision avait permis d’éviter de nouvelles élections pendant la pandémie mondiale. « Nous avons empêché la tenue de quatrièmes élections. Nous allons protéger la démocratie. Nous allons combattre le coronavirus et prendre soin de tous les citoyens israéliens », a-t-il estimé sur Twitter. « Nous avons un gouvernement d’urgence national », a-t-il déclaré.

L’accord final comprend la plupart des demandes de Netanyahu, y compris la composition de la commission qui nomme les juges et l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, a rapporté la Douzième chaîne.

Après que le Likud a officiellement entériné l’accord avec Kakhol lavan, les partenaires religieux de droite du parti de Netanyahu devraient également signer l’accord.

Les parties devraient ensuite aller de l’avant avec une législation visant à cimenter l’accord sur la rotation des postes de Premier ministre qui verra Gantz prendre la relève de Netanyahu au poste de Premier ministre après 18 mois.

Gantz et Netanyahu se sont également rencontrés lundi matin, alors que des informations indiquaient que les pourparlers de coalition étaient dans l’impasse.

La principale pomme de discorde a été la composition et la mécanique de la commission des nominations judiciaires, qui nomme les juges, avec Netanyahu – qui a été inculpé de multiples chefs d’accusation de corruption, y compris de pots-de-vin – exigeant un plus grand contrôle sur le processus.

Il n’a pas été possible de savoir immédiatement quel accord le Likud et Kakhol lavan ont conclu sur la question.

« Le compromis sur la commission des nominations judiciaires est donc que Bibi [Netanyahu] a choisi tous ses représentants. Gantz et [le député Kakhol lavan Gabi] Ashkenazi ont accepté de permettre à l’accusé de nommer les juges qui statueront sur ses affaires », a tweeté le leader de Yesh Atid-Telem, Yair Lapid, en référence à l’acte d’accusation du Premier ministre sur les accusations de corruption.

Yesh Atid-Telem s’est présenté dans le cadre de l’alliance Kakhol lavan lors des trois élections de l’année dernière, avant de rompre avec Gantz pour sa nomination en tant que président de la Knesset avec le soutien des alliés politiques de Netanyahu.

En tant que président de la Knesset, Gantz avait menacé d’avancer lundi une loi qui disqualifierait Netanyahu de continuer à servir en tant que Premier ministre en raison de son imminent procès pour corruption, qui, selon le Likud, aurait coulé les perspectives d’un accord pour de bon.

Outre les demandes du Likud concernant la commission des nominations judiciaires, une autre question clé serait la crainte de Netanyahu que la Cour suprême puisse décider qu’il ne peut pas exercer les fonctions de Premier ministre en raison des accusations criminelles portées contre lui, une évolution qui pourrait laisser Gantz être Premier ministre pendant toute la durée de leur coalition.

Netanyahu aurait donc essayé de mettre en place une sorte de garantie législative que Gantz ne prendrait pas le relais comme Premier ministre dans le cas d’une telle décision de justice. Selon les rapports de lundi soir, il n’y aura pas de telle législation, mais plutôt un accord par lequel Gantz ne prendra pas le relais en tant que Premier ministre dans un tel cas, et déclenchera à la place des élections.

On pense également que Netanyahu tient compte des récents sondages favorables qui le montrent avec une confortable majorité si une élection avait lieu aujourd’hui – bien que l’opinion publique puisse rapidement osciller dans les mois à venir, en fonction de l’évolution du front du coronavirus et de la manière dont le gouvernement le gère au niveau économique.

La signature de l’accord a eu lieu après que le président Reuven Rivlin a informé Gantz la semaine dernière que son mandat pour former un gouvernement avait pris fin, après avoir échoué à présenter une coalition à la Knesset avant l’échéance de mercredi minuit.

Cela a déclenché le début d’une période de 21 jours pendant laquelle la Knesset dans son ensemble peut désigner un candidat bénéficiant d’un soutien majoritaire pour former un gouvernement. Cette décision a été largement considérée comme destinée à forcer Netanyahu et Gantz à cesser de tergiverser et à sceller rapidement un accord d’unité au milieu de la pandémie de coronavirus. Si aucun candidat n’est approuvé par 61 députés dans les 21 jours, Israël se dirigera vers ses quatrièmes élections depuis avril 2019.

Israël est dirigé par un gouvernement intérimaire depuis décembre 2018, date à laquelle la 20e Knesset a été dissoute. Depuis lors, trois élections consécutives n’ont pas permis de former un nouveau gouvernement, ce qui a créé une crise politique sans précédent.

Dimanche soir, des milliers d’Israéliens ont manifesté sur la place Yitzhak Rabin pour « sauver la démocratie ».

Des centaines d’Israéliens pro-démocratie et anti-Netanyahu sur la place Rabin, le 19 avril 2020. (Crédit : Josh Breiner, capture d’écran Twitter)

Après 16 mois de gouvernement de transition, trois élections législatives et des rebondissements les plus improbables et parfois les plus désespérants pour certains Israéliens, MM. Netanyahu, 70 ans, et Gantz, 60 ans, se sont retrouvés en soirée juste avant le début de Yom HaShoah, qui se tient du coucher du soleil lundi à la tombée de la nuit mardi en Israël.

A l’issue d’élections législatives le 2 mars – les troisièmes en moins d’un an, qui devaient enfin départager Netanyahu et Gantz – le président Reuven Rivlin avait confié à ce dernier la tâche de former le prochain gouvernement.

En pleine pandémie de nouveau coronavirus, Gantz avait causé la surprise en ouvrant la voie à un gouvernement « d’union et d’urgence » avec Benjamin Netanyahu inculpé pour corruption dans une série d’affaires, reniant ainsi son engagement de ne pas partager le pouvoir avec le Premier ministre sortant, tant que ce dernier n’avait pas réglé ses démêlés avec la justice.

L’espoir d’un accord de gouvernement pointait ainsi à l’horizon pour de nombreux Israéliens, d’autres reprochant toutefois à M. Gantz, ancien chef d’état-major de l’armée, d’avoir rendu les armes.

A LIRE : Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

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