Dermer à l’équipe Clinton : Obama est “sourd” face à la menace iranienne
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Dermer à l’équipe Clinton : Obama est “sourd” face à la menace iranienne

En 2015, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis aurait donné des conseils sur comment la candidate devrait s’exprimer sur l’accord iranien et le soutien à Israël

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Ron Dermer, ambassadeur d'Israël auprès des Etats-Unis. (Crédit : Ron Sachs)
Ron Dermer, ambassadeur d'Israël auprès des Etats-Unis. (Crédit : Ron Sachs)

WASHINGTON – L’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dermer, a dit à un conseiller de campagne d’Hillary Clinton que l’administration du président américain Barack Obama était « sourde » face à « la menace existentielle » posée à Israël par l’Iran, selon un e-mail de John Podesta, directeur de campagne de Clinton, qui a été publié par WikiLeaks.

Le 2 juillet 2015, environ deux semaines avant la signature de l’accord nucléaire entre l’Iran et les puissances mondiales, l’ancien diplomate américain Stuart Eizenstat avait envoyé à Jake Sullivan, principal conseiller aux Affaires étrangères de Clinton, un résumé d’une récente rencontre avec Dermer.

Dans ce message, Eizenstat a relayé les reproches de Dermer à l’équipe d’Obama en raison de son échec à apprécier les préoccupations israéliennes au sujet de l’accord iranien. « L’administration est ‘sourde’ face à la ‘menace existentielle’ posée à Israël par l’Iran », a-t-il cité Dermer.

L’ambassadeur israélien a également reconnu que l’ancienne secrétaire d’Etat aurait probablement besoin de soutenir l’accord pendant sa campagne présidentielle, mais a continué en la conseillant sur la manière dont elle devrait gérer le mieux possible ce soutien pendant la campagne.

Stuart Eizenstat (photo credit: Courtesy)
Stuart Eizenstat (Crédit : autorisation)

« Il est important que même si Hillary soutient l’accord, et dit qu’elle aurait voté en sa faveur si elle avait été au Sénat, elle ‘ne soit pas trop investie’ », a déclaré Dermer, selon Eizenstat. « Elle devrait ‘écouter les préoccupations’ que l’accord lui pose, tout en disant que ‘l’accord est mieux que pas d’accord du tout’. »

La plupart des autres conseils que Dermer aurait fourni auraient été pris en compte par la candidate présidentielle.

Eizenstat a dit à Sullivan que Clinton devait souligner que, en tant que présidente, elle « confronterait les défis iraniens dans d’autres domaines (terrorisme, Syrie, Irak) », « maintiendrait toutes les sanctions non nucléaires contre l’Iran (droits de l’Homme, terrorisme, etc.) », « joindrait son soutien à l’accord nucléaire à une forte déclaration qu’en tant que présidente, elle renforcera tous les alliés américains dans la région, à commencer par Israël », et promettrait de « redoubler d’efforts pour travailler étroitement avec Israël ».

Et en effet, dans son premier discours de soutien à l’accord historique, à l’Institution Brookings en septembre 2015, Clinton avait promis d’ « appliquer vigoureusement et renforcer, si nécessaire, les sanctions américaines contre l’Iran et ses Gardes révolutionnaires pour son soutien au terrorisme, son programme balistique, et d’autres activités de déstabilisation. »

La candidate à l'investiture démocrate Hillary Clinton intervenant lors de la Convention du New Hampshire du parti démocrate au Centre Verizon Wireless de Manchester, le 19 septembre 2015. (Crédit : Scott Eisen/Getty Images/AFP)
La candidate à l’investiture démocrate Hillary Clinton intervenant lors de la Convention du New Hampshire du parti démocrate au Centre Verizon Wireless de Manchester, le 19 septembre 2015. (Crédit : Scott Eisen/Getty Images/AFP)

« J’appliquerai et renforcerai, si nécessaire, nos restrictions sur la livraison d’armes à l’Iran et depuis l’Iran, aux mauvais acteurs comme la Syrie, avait-elle continué. Et j’imposerai ces sanctions à quiconque impliqué dans ces activités, qu’ils soient en Iran ou à l’étranger. »

Elle avait également déclaré, au sujet de Téhéran, qu’ « ils ont promis de détruire Israël. Et il faut le dire, ils ont promis de détruire Israël. Nous ne pouvons pas prendre cela à la légère, particulièrement quand l’Iran envoie des missiles sophistiqués au Hezbollah et que l’ayatollah façonne une stratégie réelle pour éliminer Israël, ou parle de comment Israël n’existera plus dans 25 ans. »

En présentant sa stratégie pour gérer la question iranienne après la mise en place de l’accord, Clinton a souligné son objectif de fortification de la relation américano-israélienne, et d’amélioration des capacités militaires de l’Etat juif.

« D’abord, j’approfondirai l’engagement inébranlable des Etats-Unis envers la sécurité d’Israël, notamment par notre longue tradition de garantir l’avantage militaire qualitatif d’Israël, avait-elle déclaré. J’augmenterai le soutien aux roquettes et missiles de défense d’Israël, et au partage de renseignements. Je vendrai à Israël les avions de combat les plus pointus jamais conçus, les F-35. Nous travaillerons ensemble pour développer et mettre en place une meilleure technologie de détection des tunnels pour empêcher la contrebande d’armes et les enlèvements, ainsi que le système de défense anti-missile le plus fort possible pour le nord d’Israël, qui est soumis aux attaques du Hezbollah depuis des années. »

La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l'AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Jim Watson)
La candidate démocrate Hillary Clinton à la Conférence de l’AIPAC 2016 à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Jim Watson)

Pendant toute sa campagne, Clinton a fait des promesses similaires quand elle était poussée à parler du Moyen Orient, notamment en signalant qu’elle appliquerait vigoureusement l’accord iranien et était prête à employer la force si nécessaire.

« Si je suis élue, les dirigeants iraniens n’auront aucun doute, si nous voyons un signe quelconque qu’ils violent leurs engagement de ne pas chercher, développer ou acquérir des armes nucléaires, les Etats-Unis agiront pour faire cesser cela, et nous le ferons par la force si nécessaire », avait-elle déclaré en mars pendant la conférence de l’AIPAC.

WikiLeaks a commencé à divulguer les e-mails de Podesta la semaine dernière, et a publié des messages du compte piraté quasiment tous les jours. Ceci marque un effort sans précédent de l’organisation pour se mêler de la campagne présidentielle de cette année aux Etats-Unis.

Des responsables américains ont accusé WikiLeaks de travailler avec des agents russes pour ébranler la candidature de Clinton, et renforcer son opposant républicain, Donald Trump. Jusqu’à présent, le groupe a dévoilé 11 000 e-mails piratés et prévoit d’en publier 50 000 supplémentaires avant l’élection, le 8 novembre prochain.

La campagne Clinton n’a ni démenti ni confirmé l’authenticité des e-mails.

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