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Des législateurs mettent en garde contre toute modification de la Loi du retour

Lors d'une "session d'urgence", de nombreux députés ont déclaré que la révocation de la "clause des petits-enfants" nuirait profondément aux relations entre Israël et la Diaspora

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Des membres de la Knesset tenant une session sur l'immigration et les relations d'Israël avec la Diaspora, le 13 décembre 2022. (Autorisation)
Des membres de la Knesset tenant une session sur l'immigration et les relations d'Israël avec la Diaspora, le 13 décembre 2022. (Autorisation)

Les membres de la Knesset et les ministres de la coalition sortante ont tenu une « session d’urgence » au Parlement mardi sur les questions de l’immigration et des liens d’Israël avec le monde juif, parlant de ces deux sujets en termes quasi-apocalyptiques à la lumière des propositions visant à modifier la Loi du retour d’Israël.

Bien qu’il ne soit pas certain qu’une telle législation soit adoptée, les partis religieux du prochain gouvernement présumé ont demandé l’annulation de la clause dite « des petits-enfants » de la Loi du retour, qui garantit effectivement la citoyenneté à toute personne ayant au moins un grand-parent juif tant qu’elle ne pratique aucune autre religion.

La proposition a été farouchement dénoncée par des politiciens de la coalition sortante, ainsi que par de hauts responsables d’organisations juives internationales telles que l’Agence juive et la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, qui ont averti qu’une telle mesure pourrait causer des dommages irréparables aux liens d’Israël avec les communautés de la Diaspora.

Leurs avertissements ont été réitérés par les ministres et les membres de la Knesset qui se sont exprimés lors de la session, notamment le ministre des Finances, Avigdor Liberman, la ministre de l’Immigration et de l’Intégration Pnina Tamano-Shata, la ministre des Transports Merav Michaeli et le ministre du Logement et de la Construction.

L’un des organisateurs, le député Avoda, Gilad Kariv, un rabbin réformé, a déclaré que l’adoption de cette disposition n’avait rien à voir avec le sujet. « Qu’ils le fassent ou non, la graine de la haine a été plantée, et nous la verrons dans le prochain gouvernement, si ce n’est dans celui-ci », a-t-il déclaré.

Les partis qui appellent au changement, principalement HaTzionout HaDatit, considèrent que l’immigration de non-Juifs en Israël est une menace pour la démographie du pays et pour ce qu’ils considèrent comme son identité juive.

La session était organisée par Kariv, Vladimir Beliak de Yesh Atid et Evgeny Sova d’Yisrael Beytenu. Des législateurs de différents partis y ont participé, ainsi que des représentants d’organisations impliquées dans l’immigration et les relations Israël-Diaspora.

De gauche à droite, le député Evgeny Sova, le ministre des Finances Avigdor Liberman, le ministre du Tourisme Yoel Razvozov, le député Vladimir Beliak et le député Gilad Kariv, avant une session sur l’immigration et les relations d’Israël avec la Diaspora, à la Knesset, le 13 décembre 2022. (Autorisation)

Le message retentissant des intervenants, dont la plupart venaient de la gauche et du centre de l’échiquier politique, était que la limitation de la Loi du retour aliénerait le judaïsme mondial, envoyant un message aux enfants et petits-enfants de Juifs qu’ils ne sont pas désirés et que toute identification qu’ils peuvent ressentir avec le judaïsme est fausse.

« Quiconque vote contre la ‘clause des petits-enfants’ vote contre l’avenir du peuple juif », a déclaré Kariv.

Michaeli, cheffe du parti Avoda, a également averti qu’une telle mesure exclura des masses de personnes qui s’identifient comme juives et qui ont un lien avec Israël et le judaïsme.

« La Loi du retour est la gardienne de l’État d’Israël et du peuple juif. Pourquoi diable quelqu’un veut-il fermer cette porte à la moitié du peuple juif ? » a-t-elle déclaré.

La version actuelle de la Loi du retour a été adoptée en 1970 à la suite d’un long débat à la Knesset et avec le soutien du parti HaTzionout HaDatit de l’époque, le Mafdal. Bien que l’inclusion des petits-enfants de Juifs dans le groupe des personnes éligibles à la citoyenneté israélienne soit souvent considérée comme un clin d’œil aux lois de Nuremberg des nazis, qui considéraient également comme Juif toute personne ayant au moins un grand-parent juif, Kariv a noté dans son discours que Nuremberg n’a en fait été cité dans aucun des débats de la Knesset concernant la Loi.

« Ce que l’on voit dans ces débats, c’est que la définition de qui est Juif selon la loi juive orthodoxe – ou halakha – ne peut pas être la définition de qui est Israélien ou de qui est éligible à la citoyenneté », a déclaré Kariv.

Elkin, qui est né et a grandi en Ukraine et qui est loin d’être un homme de gauche, a souligné que dans l’Union soviétique et maintenant dans les pays qui l’ont remplacée, de nombreuses personnes qui ne sont pas juives selon la halakha – c’est-à-dire celles qui sont nées d’une mère juive ou qui se sont converties – se considèrent néanmoins comme juives et sont considérées comme telles dans leurs sociétés.

« Les membres de la ‘troisième génération’ font partie de la communauté. J’invite quiconque à se rendre à un événement organisé par l’Agence juive dans l’ex-Union soviétique et à voir combien de personnes appartiennent à la ‘troisième génération’. Ils n’y vont pas à cause de l’alyah [immigration en Israël], ils y vont parce que c’est leur communauté », a déclaré Elkin.

« Dans l’ex-Union soviétique, si vous voyez quelqu’un avec un nom juif, il n’est probablement pas Juif selon la halakha. Mais elle s’identifie comme juive. Maintenant, allez leur dire qu’ils ne peuvent pas venir ici », a-t-il ajouté.

Elkin – membre de longue date du Likud du Premier ministre désigné, Benjamin Netanyahu, et juif orthodoxe qui siège aujourd’hui au parti de centre-droit, HaMahane HaMamlahti – a noté que le député du Likud d’origine ukrainienne Yuli Edelstein s’est prononcé contre le changement proposé, le qualifiant de « seul homme pieux de Sodome ».

Elkin, qui était actif dans la clandestinité juive avant la chute de l’Union soviétique, a déclaré qu’il était surpris de voir combien de ses collègues militants sionistes se sont convertis au judaïsme par la suite parce qu’ils n’étaient pas considérés comme juifs par la halakha, même s’ils étaient prêts à sacrifier leur santé et leur liberté pour les Juifs soviétiques.

« Si la loi devait changer », a-t-il dit, « beaucoup d’entre eux ne seraient pas autorisés à immigrer ».

Zeev Elkin, alors ministre des Affaires de Jérusalem, assistant aux prières de Souccot au mur Occidental à Jérusalem, le 30 septembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90/Dossier)

« La modification de la Loi du retour est dramatique et il est important de savoir quelles en seront les conséquences », a déclaré Elkin. « Cela aura des répercussions sur chaque communauté juive non-orthodoxe de la Diaspora. »

Un législateur de l’opposition, le rabbin Yossi Taieb, du parti ultra-orthodoxe Shas, a également assisté à l’événement. D’origine française, Taieb, qui a siégé à la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora de la Knesset, a félicité Kariv, Beliak et Sova pour l’organisation de la session, en soulignant l’importance du sujet. Sa présence a, à son tour, été saluée par les organisateurs, qui ont également noté son travail parlementaire sur la question.

« Lorsqu’il s’agit d’immigration et d’intégration, il n’y a pas de coalition ni d’opposition », a-t-il déclaré.

Le député Yosef Taieb arrivant pour la session d’ouverture de la nouvelle Knesset, le 15 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Taieb a toutefois déclaré que la question de la Loi du retour devrait être discutée à huis clos afin de parvenir à un compromis. Il a ajouté qu’il pensait que la racine du problème n’était pas la Loi du retour mais les mariages inter-confessionnels, que l’État d’Israël devrait, selon lui, mettre plus de ressources à prévenir en premier lieu.

Dans son discours, Sova a également noté la question des mariages inter-confessionnels mais a estimé qu’ils étaient la raison pour laquelle Israël devait conserver la Loi du retour telle quelle, et non la modifier.

« Si vous voulez lutter contre les mariages mixtes, vous devez faire venir les enfants [des mariages inter-confessionnels] en Israël. Ici, leur identité juive sera renforcée », a-t-il déclaré.

Zeev Hanin, professeur à l’université Bar Ilan et scientifique en chef du ministère de l’Immigration et de l’Intégration, a fait écho aux vues de Sova, affirmant qu’Israël était l’un des rares endroits où l’on pratiquait une « assimilation inversée ».

« Il faut entre trois et sept ans aux immigrants pour passer par l’ ‘israélisation’ ou la ‘judaïsation’ « , a déclaré Hanin.

« Après ce stade, l’écrasante majorité d’entre eux – plus de 80 % – se considèrent comme faisant partie du peuple juif », a-t-il ajouté. « Seul Israël connaît une assimilation inverse, où les enfants issus de mariages inter-confessionnels se rapprochent du judaïsme. »

Chercheur de longue date en matière d’immigration, notamment en provenance de l’ancienne Union soviétique, Hanin a déclaré qu’il pensait que la révocation de la « clause des petits-enfants » n’affecterait pas seulement la « troisième génération », mais dissuaderait également la « deuxième génération » d’immigrer.

Bien que de nombreux parlementaires aient assisté à la session, l’absence de représentation de l’Agence juive – l’une des plus importantes organisations impliquées dans l’immigration en Israël – a fait désordre.

Un représentant de l’Agence juive était prévu, mais s’est apparemment fait porter pâle à la dernière minute, ce que Kariv a qualifié de fausse excuse, réprimandant l’organisation pour cela.

« Je travaille avec l’Agence juive depuis suffisamment longtemps pour savoir que si quelqu’un se fait porter pâle, quelqu’un d’autre aurait pu le remplacer », a déclaré Kariv. « J’appelle l’Agence juive, les autres organisations juives internationales et les groupes de la société civile à présenter un front unifié dans cette lutte. »

Liberman, a également noté le silence de l’une des plus grandes figures du judaïsme soviétique, l’ancien président de l’Agence juive, Natan Sharansky, qui avait, en quelque sorte, servi de mentor à Avi Maoz, le député d’extrême-droite qui devrait prendre le contrôle de Nativ, qui supervise l’immigration en Israël en provenance de l’ex-Union soviétique et fait partie du bureau du Premier ministre. Maoz s’est prononcé à plusieurs reprises contre l’immigration des non-Juifs en Israël, suscitant des inquiétudes quant à la possibilité qu’il utilise le programme Nativ, pour rendre plus difficile l’obtention d’une autorisation pour les candidats non-Juifs.

« Je suis un peu déçu par le silence de Sharansky », a déclaré Liberman. « Il connaît bien Avi Maoz. Il pourrait probablement avoir une influence. »

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