Israël en guerre - Jour 148

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Des objets récupérés dans les décombres pour documenter les horreurs du 7 octobre

Des milliers d’artefacts, allant de chaises longues à un crâne d'âne, sont récupérés, catalogués et stockés près de la frontière de Gaza par des experts en histoire visuelle

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Nirit Shalev-Khalifa plaçant un petit drapeau rouge à côté des objets qu'elle veut récupérer, dans ce cas de la cellule de crise de l'équipe de sécurité du kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
Nirit Shalev-Khalifa plaçant un petit drapeau rouge à côté des objets qu'elle veut récupérer, dans ce cas de la cellule de crise de l'équipe de sécurité du kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

KIBBOUTZ KFAR AZA – Un fragment de débris peut aider la Dr. Nirit Shalev-Khalifa à retracer la chronologie d’un événement.

Au cours des sept dernières semaines, elle et une équipe d’experts en documentation et préservation d’artefacts ont passé au crible les décombres du 7 octobre pour rechercher des objets pouvant témoigner de ce terrible jour, où les terroristes du Hamas ont massacré 1 200 personnes, principalement des civils, en ont enlevé plus de 240 vers la bande de Gaza, et ont laissé de nombreuses maisons et bâtiments en ruine.

« C’est de la médecine légale. C’est une preuve », a expliqué Shalev-Khalifa, qui dirige le Département d’histoire visuelle à Yad Ben-Zvi, l’institut public de recherche, de culture et d’éducation basé à Jérusalem.

« Les objets fournissent beaucoup d’informations, ils constituent un langage visuel », a-t-elle précisé.

Des membres de l’équipe de documentation et de préservation, dont Dr. Nirit Shalev-Khalifa, deuxième à partir de la droite, vérifiant un tableau blanc portant des listes de l’armée israélienne, au kibboutz Kfar Aza, près de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« Dans ce cas, nous nous rendons sur les lieux où se sont déroulés les massacres du 7 octobre pour rechercher des objets qui témoignent de ce qui s’est passé. »

Les objets varient d’un endroit à l’autre. Dans les logements des ouvriers thaïlandais du kibboutz Alumim, par exemple, il y avait des ustensiles et des produits que les Thaïlandais utilisent pour cuisiner.

Certaines choses sont difficiles à reconnaître. « Vous pouvez regarder un objet et ne comprendre qu’après plusieurs jours qu’il s’agit d’une machine à filtrer l’eau », a-t-elle indiqué.

Les objets collectés jusqu’à présent – des milliers – vont d’un crâne d’âne, de matériel de camping, de livres criblés de balles et d’un presse-agrumes portant le nom de la famille Bibas, à des décorations provenant des cabanes temporaires que les Juifs érigent pendant la fête de Souccot.

La famille Bibas – le père Yarden, Ariel, quatre ans, la mère Shiri et le bébé Kfir – a été enlevée par des terroristes du Hamas au kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Yarden Bibas, 34 ans, sa femme Shiri Bibas, 32 ans, et leurs deux enfants, Ariel, 4 ans, et Kfir, 11 mois, ont été enlevés au kibboutz Nir Oz le 7 octobre et leur sort reste inconnu. La revendication du Hamas selon laquelle Shiri, Ariel et Kfir seraient morts n’a pas été corroborée.

Pourquoi des décorations de Souccot ? Parce qu’elles ancrent les événements dans le temps, a expliqué Shalev-Khalifa. Les terroristes se sont livrés à leur folie meurtrière le jour de Simhat Torah, immédiatement après la fête de Souccot, lorsque les Juifs célèbrent la fin du cycle annuel de lectures publiques de la Torah et le début d’un nouveau cycle.

Shalev-Khalifa sélectionne ce qu’elle veut récupérer en plaçant à côté un petit drapeau rouge. Les objets sont photographiés in situ et reçoivent une localisation GPS et un numéro de catalogue.

Le jour où cette journaliste a visité le kibboutz Kfar Aza, le directeur des trésors nationaux de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), le Dr. Miki Saban, effectuait cette tâche à titre bénévole.

Miki Saban, directeur des trésors nationaux de l’Autorité israélienne des Antiquités, inscrivant un numéro de catalogue pour un objet récupéré, au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Shalev-Khalifa a passé des dizaines d’années à collecter des objets susceptibles de nous renseigner sur des événements du passé. L’un de ses projets, à Yad Ben-Zvi, est « Land and Artifact » (« Terre et Artefact »), une base de données d’objets liés à l’histoire d’Israël provenant de centaines de petits musées, d’expositions et de collections privées.

C’est donc tout naturellement que le ministère du Patrimoine, qui finance « Land and Artifact », a demandé à Shalev-Khalifa et à sa collaboratrice Dina Grossman, dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, de se rendre au sud des communautés de la frontière de Gaza (principalement des kibboutzim), afin de rassembler des objets qui feront la lumière sur les terribles événements survenus ce jour-là.

L’équipe principale de Yad Ben-Zvi a été renforcée par des dizaines d’experts des musées chargés d’enregistrer correctement les objets dans une base de données et de les conserver.

Habitués à travailler en intérieur, ils sont actuellement assis à des tables de camping ad hoc sur le terrain, où tout ce dont ils ont besoin, c’est d’un ordinateur portable et d’un accès à Internet.

Rivka Calderon, à droite, ancienne directrice de l’enregistrement des artefacts au musée d’Eretz Israël, téléchargeant des informations sur des objets dans une base de données, aux côtés de Ruth Eitam Packtowitz de l’équipe « Land and Artifact », au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Des volontaires masculins de la section israélienne de l’organisation internationale des Casques bleus les aident à extraire avec précaution les objets les plus lourds.

Les preuves de ce qui s’est passé

Shalev-Khalifa est dans l’urgence.

Les kibboutzim tels que Kfar Aza attirent des visiteurs – parfois des bus entiers – et elle craint que d’importants objets soient emportés en guise de souvenirs. Lorsque les travaux de rénovation commenceront sur les ruines, les scènes de crime seront perturbées.

Vestiges de la maison de la famille Hermesh au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les rappels de la guerre n’étaient jamais loin lors de la visite de la journaliste. Des tirs d’artillerie de l’armée israélienne ont retenti à proximité, Kfar Aza n’étant situé qu’à deux kilomètres de la frontière de Gaza. La veille au soir, l’un des fils de Dina Grossman a été blessé à Gaza et transporté d’urgence à l’hôpital pour y subir une intervention chirurgicale. Heureusement, il s’en sortira.

À ce jour, l’équipe a analysé des objets provenant de sept kibboutzim. Il reste encore cinq localités, dont Kfar Aza, et un moshav à couvrir.

Ils ont débuté à Kfar Aza la semaine dernière, dans la cellule de crise de l’équipe de sécurité du kibboutz, dont de nombreux membres ont été abattus, et sur les vestiges de la maison de l’ancien membre de la Knesset et chef du Conseil régional, Shaï Hermesh.

Hermesh et son épouse ont survécu. Leur fils Omer a été assassiné ailleurs dans le kibboutz. Tsahal a ensuite fait exploser la maison familiale, des terroristes du Hamas s’y étant installés.

Un siège d’enfant dans une voiture qui a été attaquée par des terroristes du Hamas le 7 octobre, l’une des centaines de voitures stockées sur le terrain du moshav Tekuma, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Grossman et Shalev-Khalifa ont également parcouru les effets personnels encore présents dans les centaines de voitures qui ont été touchées par des tirs, incendiées ou gravement endommagées lors de l’assaut du groupe terroriste palestinien du Hamas. Les voitures, une remorque et, dans une section séparée, les camions et les motos utilisés par les terroristes du Hamas sont alignés dans un macabre alignement sur un terrain appartenant au moshav Tekuma, que les terroristes, heureusement, n’ont pas atteint.

Il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre ce qui s’est passé. Ici, une voiture dont le pare-brise avant est criblé d’impacts de balles. Là, la vitre arrière a été traversée par une balle, a volé en éclats et est suspendue. Dans certains cas, les impacts de balles ont traversé la portière côté conducteur. Des morceaux de plastique ont fondu aux endroits où il y a eu un incendie.

Là où des restes humains ont été trouvés, les véhicules portent des étiquettes du  service de sauvetage ZAKA, l’organisme bénévole qui extrait les restes humains après les catastrophes. Lors de la première visite de Shalev-Khalifa et Grossman, il y a deux semaines, les membres de ZAKA étaient encore en train de tamiser la terre dans l’espoir de pouvoir identifier une victime grâce à l’ADN.

Les deux femmes ont trouvé un abondant matériel de camping et des dizaines de chaises longues appartenant à ceux qui ont tenté d’échapper au Festival Supernova à proximité du kibboutz Reïm, lorsque l’extase du lever du soleil pour lequel ils étaient venus s’est transformée en enfer. Plus de 360 personnes y ont été assassinées.

Du matériel de camping à côté d’une voiture qui a été attaquée par des terroristes du Hamas le 7 octobre,l’une des centaines de voitures stockées sur le terrain du moshav Tekuma, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Pourquoi a-t-elle eu besoin de rassembler autant de chaises longues ? Parce que la quantité témoigne de ce qui s’est passé, a-t-elle expliqué.

L’équipe, a-t-elle poursuivi, prélevait encore tout ce qui avait un potentiel, un peu comme le faisaient les premiers archéologues victoriens, qui emportaient tout et apprenaient peu à peu ce qu’ils voulaient mettre en avant. « Nous ne voulons rien manquer », a-t-elle précisé.

Les parents et les proches de ceux qui sont morts dans les voitures et qui voulaient visiter le parking avaient déjà récupéré ce qu’ils voulaient. Cette journaliste s’y est rendue juste avant que les Casques bleus n’y entrent au nom de Shalev-Khalifa.

De nombreux effets personnels étaient encore visibles : des chaussures, une seule botte militaire, des bouteilles d’eau, des sièges-auto et tout un équipement de camping.

Un réfrigérateur et divers objets personnels dans une caravane qui a été attaquée par des terroristes du Hamas le 7 octobre, l’un des centaines de véhicules stockés sur un terrain du moshav Tekuma près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Des objets d’un autre genre ont été trouvés dans un énorme tas de marchandises provenant du kibboutz Nir Oz, que l’armée n’a pu atteindre que lorsque les mitrailleuses du Hamas se sont tues et que les habitants de Gaza ont fait des allers-retours en taxi de part et d’autre de la frontière pour piller tout ce qu’ils ont pu trouver.

Lorsque l’armée est enfin arrivée, elle a tiré sur les pillards, qui ont laissé tomber les marchandises en tombant ou en se mettant à courir.

Les bulldozers de Tsahal ont ensuite récupéré tout ce qu’ils ont pu.
Le crâne de l’âne provenait de ce tas – encore muni de sa bride. Shalev-Khalifa suppose que l’animal transportait une charrette pleine d’objets volés vers Gaza et aurait été abattu par les soldats.

Un travail de collaboration

Le travail de Yad Ben-Zvi s’inscrit dans le cadre d’une tentative à grande échelle et sur plusieurs fronts, menée par de nombreuses institutions pour documenter ce qui s’est passé le 7 octobre, et qui consiste également à recueillir des témoignages (USC Shoah Foundation) et en collectant des preuves visuelles sur Internet (Bibliothèque nationale).

L’armée a été la première à se rendre dans les kibboutzim pour débusquer les derniers terroristes et vérifier que tout était sécurisé. ZAKA a suivi, pour effectuer la sinistre tâche d’enlever les cadavres et de rechercher de l’ADN là où aucune partie du corps n’a pu être trouvée.

Le ministère de la Défense a ensuite envoyé des équipes dans les maisons pour aider les familles à emballer et à déplacer leurs biens vers les hôtels ou autres installations où elles avaient été évacuées.

Des volontaires du Casque bleu aidant à déplacer des objets lourds, ici le tambour d’une machine à laver, au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Avant que Shalev-Khalifa ne démarre, le ministère du Patrimoine a contacté les architectes qui avaient créé les plans directeurs des kibboutzim et leur a demandé d’effectuer des études pour assurer une certaine continuité lorsque les maisons et les bâtiments publics seront rénovés ou remplacés.

L’IAA a effectué des travaux de photogrammétrie – un processus par lequel de multiples images sont combinées pour créer des modèles numériques tridimensionnels de choses physiques à l’extérieur et à l’intérieur des bâtiments endommagés – Google Street View par exemple.

Shalev-Khalifa n’a que du bien à dire des professionnels du ministère du Patrimoine et de l’administration de Tekuma – qui signifie « renaissance » en hébreu – mise en place par le gouvernement pour gérer la réhabilitation de la zone frontalière de Gaza.

Tekuma a permis à l’équipe de se coordonner avec Tsahal, le ministère de la Défense et les autorités locales, a expliqué Shalev-Khalifa. « Dès sa mise en place, Tekuma a fonctionné de manière fantastique, en s’occupant de tout. Nous travaillons avec une jeune femme capitaine qui organise nos réunions parce qu’elle est en contact avec toutes les personnes qui sont revenues dans les communautés. »

Une œuvre d’art criblée de balles et partiellement détruite par des tireurs du Hamas le 7 octobre, dans un hall utilisé pour stocker des objets liés au massacre, au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière de Gaza, le 2 janvier 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Ce projet ne se contente pas de documenter ce qui s’est passé à l’aide d’objets.

Shalev-Khalifa explique que l’initiative a aidé les personnes dont les maisons ont été endommagées – qui ne sont pas toutes revenues depuis le 7 octobre – à lâcher prise, à passer à autre chose ou à faire des travaux de rénovation, en sachant que les preuves de ce qui s’est passé seront préservées.

L’équipe travaille en étroite collaboration avec chaque kibboutz, qui alloue un espace d’archivage où les artefacts peuvent être temporairement stockés.

L’étape suivante consistera à conserver les objets puis à les rendre à leurs propriétaires ou à les donner au kibboutz concerné.

« Quand je fais une exposition, je fais des choix. Ici, je rassemble le plus de choses possibles. Je ne sais pas à quoi elles serviront », a souligné Shalev-Khalifa, en faisant remarquer avec ironie qu’avec autant de preuves, les historiens du 7 octobre auront du pain sur la planche.

« Je serai contente de ne plus être dans les environs », a-t-elle ironisé.

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