Des présidents d’universités prônent la liberté d’expression pour le Prix Israël
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Des présidents d’universités prônent la liberté d’expression pour le Prix Israël

Suite au blocage du Prix par le ministre de l'Education à un candidat pro-BDS, des responsables universitaires accusent de "porter atteinte à la liberté d'expression et de pensée"

Le ministre de l'Éducation Yoav Gallant lors d'une cérémonie de passage de témoin à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre de l'Éducation Yoav Gallant lors d'une cérémonie de passage de témoin à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les présidents des universités israéliennes ont publié vendredi une lettre commune critiquant la décision du gouvernement de priver un universitaire du prix le plus prestigieux du pays en raison de ses opinions politiques, estimant que cette décision « porte gravement atteinte à la liberté d’expression et de pensée ».

Jeudi, la Cour suprême d’Israël a confirmé la décision du ministre de l’Education Yoav Gallant d’empêcher temporairement Oded Goldreich de recevoir le Prix Israël de mathématiques et d’informatique de cette année, en raison d’allégations selon lesquelles il soutient le mouvement international de boycott (BDS) dirigé par les Palestiniens et visant Israël, allégations qu’il nie.

« Refuser un prix à une personne en raison de ses convictions politiques contredit le principe de base du Prix Israël et nuit gravement à la liberté d’expression et de pensée », indique la lettre. « Votre décision crée la difficile impression que seuls ceux qui ‘suivent la ligne’ seront récompensés, et que toute personne qui ose exprimer une opinion politique en dehors du consensus sera punie. »

La lettre précise que les présidents n’approuvent pas les opinions politiques de M. Goldreich mais qu’il doit pouvoir les exprimer « sans crainte ».

La lettre était adressée à M. Gallant, membre du parti Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a défendu sa décision de refuser de valider le prix – ce qui est habituellement une formalité.

M. Gallant a tweeté vendredi que le soutien présumé de M. Goldreich au mouvement de boycott « crache au visage de l’État d’Israël » et pourrait violer les lois interdisant ce type d’activité. Il a ajouté que les autorités avaient besoin de temps pour déterminer si le rejet du mouvement de boycott par Goldreich était « sincère ».

« Une personne pour qui l’État d’Israël et ses lois ne sont pas chers à son cœur n’est pas digne du Prix Israël », a déclaré M. Gallant.

Oded Goldreich (CC BY-SA 3.0) / Wikipédia)

Le mois dernier, M. Goldreich et des centaines d’autres universitaires ont signé une pétition demandant à l’Union européenne de cesser de financer l’université d’Ariel, qui a été créée dans une implantation du même nom en Cisjordanie. Les universitaires ont déclaré que cela légitimait les activités de colonisation, qui sont considérées par les Palestiniens et une grande partie de la communauté internationale comme un obstacle à la paix.

M. Goldreich, professeur d’informatique à l’Institut Weizmann d’Israël, a déclaré qu’il ne soutenait pas le mouvement de boycott contre Israël, mais qu’il s’opposait à la construction d’implantations.

Dans sa décision de jeudi, le tribunal a donné à M. Gallant 30 jours pour prendre une décision concernant l’attribution du prix à M. Goldreich, l’empêchant ainsi de recevoir cette reconnaissance lors de la cérémonie de la semaine prochaine. Le tribunal a déclaré qu’il pourrait recevoir le prix à une date ultérieure.

Le mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël, connu sous le nom de BDS, s’inspire de la campagne contre l’apartheid en Afrique du Sud. Israël considère le BDS comme une attaque contre son existence même, soulignant les opinions extrêmes de certains partisans et le refus du mouvement d’approuver une solution à deux États.

Selon un reportage télévisé du mois dernier, M. Gallant a demandé au comité de sélection du lauréat de reconsidérer sa décision d’accorder le prix à M. Goldreich en raison de sa signature d’une lettre de 2019 appelant le Parlement allemand à ne pas adopter de loi dénonçant le BDS comme étant antisémite. Selon le reportage de la Douzième chaîne, Goldreich aurait également qualifié les soldats israéliens de « criminels de guerre. »

Le comité des mathématiques et de l’informatique du prix a déclaré jeudi qu’il était consterné que le prix se soit transformé en « un terrain de jeu politique, et que le règlement du prix ne soit pas respecté par le ministre de l’Education ». Il a demandé à la Cour suprême de justice de veiller à ce que M. Goldreich reçoive le prix.

La Cour suprême a déjà rejeté des pétitions contre l’attribution du prix à certains candidats, notamment l’année dernière lorsqu’il a été décerné au rabbin Yaakov Ariel, qui a fait des commentaires désobligeants sur les personnes LGBT.

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