Durement touchés par la crise, les restaurants attendent impatiemment leur tour
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Durement touchés par la crise, les restaurants attendent impatiemment leur tour

Soutenus par le maire, les propriétaires et responsables de restaurants de Tel Aviv affirment qu'ils peuvent servir les clients en toute sécurité

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Lilach Sapir, propriétaire du Bar peacock de Tel Aviv, s'exprime aux journalistes alors qu'elle demande la réouverture des restaurants dans le cadre de l'assouplissement des mesures restrictives prises contre le COVID-19, le 6 mai 2020. (Simona Weinglass/Times of Israël)
Lilach Sapir, propriétaire du Bar peacock de Tel Aviv, s'exprime aux journalistes alors qu'elle demande la réouverture des restaurants dans le cadre de l'assouplissement des mesures restrictives prises contre le COVID-19, le 6 mai 2020. (Simona Weinglass/Times of Israël)

Mercredi matin, un groupe d’environ 20 journalistes s’est rassemblé devant le Peacock Bar, situé au centre de Tel Aviv, pour une conférence de presse organisée par la municipalité et l’Association des restaurants d’Israël.

Alors que l’économie d’Israël rouvre progressivement après plus d’un mois de confinement dû au coronavirus, la scène était inhabituelle puisqu’il s’agissait de la première vraie conférence de presse avec plusieurs journalistes depuis plusieurs mois. L’objectif de l’événement était de présenter un plan pour la réouverture des restaurants de la ville, dès le 15 mai. Ron Huldai, le maire de la ville, a dit vouloir « redonner de la vie aux rues ».

Pour l’occasion, Lilach Sapir, la propriétaire du Peacock Bar, avait créé une « simulation » de la manière dont les restaurants pourraient rouvrir. Les tables et les chaises étaient soigneusement séparées de 1,5 mètre, et du désinfectant pour les mains était bien en évidence sur chaque table.

Juste à côté, Lilach Sapir avait rempli une poubelle de menus jetables en papier, et des grandes plantes avaient été placées sur des tabourets de bar.

« Nous avons placé des plantes sur les tabourets pour que les clients puissent encore avoir l’expérience du bar, mais en toute sécurité, explique Lilach Sapir. Seules les familles seront autorisées à manger ensemble. Les serveurs désinfecteront les tables et les chaises après chaque client ».

Des tables empilées dans le centre commercial Dizengoff presque vide à Tel Aviv avant son ouverture au public dans deux jours, alors que l’on assouplit les mesures prises pour limiter la propagation du coronavirus le 5 mai 2020. (Miriam Alster/FLASH90)

La gérante a indiqué que les restaurateurs avaient bien volontiers accepté les restrictions pour la santé publique, mais, maintenant que le coronavirus est « sous contrôle », elle appelle le gouvernement à leur permettre de rouvrir.

« Les deux derniers mois ont été très durs pour le secteur de la restauration ». Avec les complications bureaucratiques qui ont ralenti la distribution des aides, ajoute-t-elle, « nous n’avons pas encore eu la moindre somme d’argent du gouvernement. La plupart des employés sont jeunes, et leurs allocations chômage vont se terminer dans les deux prochains jours. Nous pouvons remettre au travail 50 000 personnes à Tel Aviv aujourd’hui si nous rouvrons les restaurants ».

Israël a commencé à rouvrir de nombreux secteurs de l’économie. Les restaurants sont maintenant autorisés à livrer de la nourriture, et les clients peuvent venir récupérer des plats à emporter. Le gouvernement doit encore donner une date pour la reprise de l’activité normale des restaurants, en plus de la date de mi-juin comme objectif général de réouverture complète de l’économie.

Selon la proposition de Tel Aviv, qui nécessite l’accord du gouvernement, les restaurants pourront ouvrir le 15 mai, s’ils assurent le respect de règles de distanciation sociale nécessaire entre les tables. La municipalité a déjà dit aux propriétaires de restaurants qu’ils peuvent faire une demande de permis pour mettre plus de tables sur les trottoirs, et même à proximité des parcs et des places, si cela peut les aider à respecter les régulations.

Yoav David, l’architecte en chef de Tel Aviv, place les tables à 1,5 mètre de distance avant une conférence de presse le 6 mai 2020 où la Mairie de Tel Aviv a présenté son plan pour la réouverture de restaurants. (Simona Weinglass/Times of Israël)

En assouplissant les restrictions plus tôt cette semaine, et en autorisant la reprise des services de vente à emporter et de livraison des restaurants, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu qu’Israël pourrait avoir à réimposer des mesures plus strictes, s’il y a plus de 100 nouveaux cas du coronavirus par jour, un doublement des cas en l’espace de 10 jours, ou plus de 250 personnes cas graves dans les hôpitaux.

Le taux de chômage a grimpé en flèche à cause de l’épidémie de coronavirus. Il est passé de 4 % au début mars à plus de 25 % au début avril, alors que de nombreux commerces ont dû fermer leurs portes et que la population était confinée chez elle.

En conséquence, le nombre de chômeurs a dépassé le million pour la première fois dans l’histoire du pays, avec de nombreux employés en congé sans solde.

« On se noie »

En temps normal, les Israéliens dépensent environ 20 milliards de shekels (5,2 milliards d’euros) par an dans les restaurants et cafés. Beaucoup de ces restaurants, et c’est particulièrement vrai à Tel Aviv, sont des petites affaires familiales.

L’Association des restaurants d’Israël a récemment indiqué que 10 % des restaurants en Israël ne rouvriront probablement pas leur portes quand la crise du coronavirus sera terminée à cause de problèmes de liquidités.

Ron Bazak, un responsable de restaurant récemment licencié, était assis devant le Peacock Bar. Il portait un t-shirt où l’on pouvait lire « Travailleurs indépendants : la majorité se noie ».

Il est l’ancien responsable de Sahki Sahki, un restaurant gastronomique de la rue Tchernichovski. Il a été licencié peu après que le gouvernement a ordonné la fermeture de tous les restaurants le 15 mars.

Ron Bazak, ancien responsable d’un restaurant, a participé à une conférence de presse au Peacock Bar le 6 mai 2020 et a expliqué que son secteur avait un futur incertain. (Simona Weinglass/Times of Israël)

« Les deux derniers mois ont été durs, a-t-il dit. Nous attendons, nous attendons de voir quelles seront les nouvelles directives du gouvernement. Entre temps, les restaurants doivent payer leurs factures et leur loyer. Je ne sais pas quel type de travail sera disponible pour moi dans ce contexte et quels seront les salaires ».

Sa sœur, Maayan Bazak, dirige un bar à vin adjacent et affilié au Peacock Bar.

« Nous avons ouvert le bar à la fin décembre, puis le 15 mars, on nous a dit que nous ne pouvions plus servir de vin, raconte-t-elle. Alors nous avons transformé l’endroit en cave à vins ».

Elle dit n’avoir aucune idée de la date à laquelle les restaurants seront rouverts, mais que Tel Aviv n’était plus la même ville sans eux.

« Nous choisissons de vivre dans une ville comme Tel Aviv pour son atmosphère – pour sa vie nocturne et sa culture. Une fois que tout cela est fermé, vous retirez son âme à l’endroit ; il pourrait s’agir de n’importe quelle autre ville ».

Maayan Bazak, responsable du bar à vin Peacock Bar à Tel Aviv, a déclaré que les établissements comme le sien sont du baume au coeur, le 6 mai 2020. (Simona Weinglass/Times of Israël)

Maayan Bazak explique que son établissement sert les familles en début de soirée, puis les amateurs de théâtre et de musique classique qui sortent du théâtre Habima voisin plus tard dans la soirée, et enfin les noctambules. Elle a décrit les restaurants et les bars de la ville comme une « oasis ».

« Nous sommes un refuge, un lieu où l’on se repose l’esprit, où l’on fait la fête et où l’on profite de la journée jusqu’au dernier moment. Je pense que maintenant les gens se rendent compte à quel point la vie sociale est importante. Nous sommes en charge de votre âme, de votre esprit et de votre bien-être ».

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, s’est adressé aux journalistes avec une visière de protection en plastique devant le visage et en maintenant une distance de sécurité de deux mètres.

« Il y a 60 000 personnes qui travaillent dans des restaurants à Tel Aviv, a-t-il dit. Nous voudrions les voir revenir au travail ».

Ron Huldai a annoncé qu’une fois que les restaurants seront ouverts, il s’attaquera à l’épineuse question de la réouverture des plages et des boîtes de nuit.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai participe à une conférence de presse au Peacock Bar, le 6 mai 2020. (Simona Weinglass/Times of Israel)

« Nous voulons montrer que cela peut se faire et développer la confiance », a-t-il expliqué.

« Quand pourrons-nous danser ? », a demandé un journaliste, en faisant probablement référence à l’ouverture des boîtes de nuit.

« Nous pouvons danser dès maintenant », lui a répondu le maire en commençant à chanter une vieille chanson israélienne. Ron Huldai a également pris un verre au bar.

Dans une lettre adressée à Netanyahu, l’édile a écrit que les restaurants sont des « acteurs importants » dans l’économie et la vie sociale de la ville.

« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider, notamment par des exemptions de taxes et d’autres moyens, mais tout cela n’est pas suffisant. Sauver l’industrie [de la restauration] et ses centaines de milliers d’employés est du ressort du gouvernement », pouvait-on lire dans la lettre citée par la Treizième chaîne.

Yoav David, l’architecte en chef de Tel Aviv, a expliqué au Times of Israël le plan de réouverture de la municipalité. Dans un premier temps, seules les personnes d’un même foyer seraient autorisées à manger ensemble.

À la question de savoir comment cette mesure pourrait être appliquée, il a reconnu que c’était difficile, mais possible.

Roey Herzog, à l’entrée de son restaurant végan à Tel Aviv, le 6 mai 2020. (Simona Weinglass/Times of Israel)

« Les boîtes de nuit et les bars seront la phase suivante », a-t-il dit, « tout comme les plages et les restaurants de plage », a expliqué Yoav David, en soulignant que les boîtes de nuit sont plus problématiques puisque les gens ne se rendent pas dans ce type d’établissements en famille.

Juste à côté, au restaurant vegan Herzog de la rue Ibn Gavirol, le propriétaire Roey Herzog vend des plats à emporter et prend des commandes pour des livraisons. Il s’est plaint au Times of Israël que son activité avait chuté de 90 %.

Quand on lui a demandé s’il avait reçu de l’argent du gouvernement, il a répondu : « Au total, j’ai reçu 3 000 shekels (790 euros) ».

Il a dit être content que la municipalité puisse autoriser l’installation de plus de tables sur le trottoir si cette idée était acceptée. « Je peux mettre des tables dehors ? a-t-il interrogé avec enthousiasme. Quand pensez-vous qu’ils vont nous autoriser à le faire ? ».

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