Élections : des experts veulent nommer un coordinateur anti-ingérences
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Élections : des experts veulent nommer un coordinateur anti-ingérences

Après un exercice de simulation de lutte contre des menaces potentielles, des universitaires appellent le juge Melcer à désigner un superviseur des activités malveillantes

Le juge Hanan Melcer, président de la Commission électorale centrale et Orly Ades, directrice générale de la commission, le 21 février 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le juge Hanan Melcer, président de la Commission électorale centrale et Orly Ades, directrice générale de la commission, le 21 février 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que des craintes d’ingérences planent sur les élections israéliennes et que les limites de responsabilités quant aux cyber-attaques et à la désinformation sont floues, de grands universitaires ont appelé le président de la Commission électorale centrale à nommer un responsable pour coordonner les actions contre les activités malveillantes.

Ces experts des secteurs de l’informatique, de la technologie, du droit et de la défense ont formulé leur demande dans une lettre écrite après une session de simulation d’élections à huis-clos, tenue plus tôt ce mois-ci. Les services chargés d’Internet au sein du gouvernement, de la police et des services de sécurité du Shin Bet y ont rencontré des représentants de la Commission électorale centrale et le Conseil national de sécurité pour tenter de décider qui serait responsable de la gestion de divers scénarios d’ingérence électorale.

Les participants ont indiqué au Times of Israel que, si d’importants problèmes avaient été soulevés lors de la simulation, aucune conclusion définitive n’avait été dégagée.

Il n’est pas prévu que le groupe se réunisse de nouveau avant le scrutin du 9 avril.

Dans leur lettre adressée lundi au juge de la Cour suprême Hanan Melcer, les 12 signataires ont averti qu’ils avaient assisté à des activités en ligne contraires à l’esprit de la loi électorale concernant la propagande.

Le juge à la Cour suprême Hanan Melcer lors d’une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 7 février 2019 (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« Divers membres de la société civile – y compris des universitaires et des experts en technologie – ont récemment travaillé pour tenter d’identifier les faux profils et les réseaux de bot susceptibles de nuire à la bonne gestion des élections », indique la lettre.

Leur initiative a révélé un nombre significatif de comptes fictifs et de réseaux de bot. (Les bots sont des codes informatiques qui ressemblent à des comptes de personnes réelles et qui apparaissent soudainement en grand nombre pour soutenir ou délégitimer des cibles en ligne.)

La gestion de ces ingérences implique l’identification des opérateurs et de demander aux plateformes telles que Facebook et Twitter de les supprimer et, le cas échéant, de renvoyer les cas aux autorités ou aux agences de sécurité, poursuit la lettre.

Les signataires ont insisté sur le fait que cette tâche devait être coordonnée par une personne qualifiée, travaillant sous l’égide de la Commission électorale, afin que les éléments illicites puissent être retirés suffisamment rapidement.

Illustration : pirates informatiques/cybersecurité.(Crédit : iStock by Getty Images)

Parmi les signataires figurent des universitaires de l’Université de Haïfa, de l’Institut de technologie Haifa Technion-Israël, de l’Université hébraïque de Jérusalem, du Centre interdisciplinaire d’Herzliya et de l’Institut israélien de la démocratie, ainsi que le directeur-adjoint de l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de l’Université de Tel-Aviv, les directeurs généraux de l’Israel Internet Association et de l’ONG Eshnav, qui se consacre à la sensibilisation à l’impact d’Internet, et le hacker militant Noam Rotem.

Mercredi, le juge de la Cour suprême n’avait pas encore répondu à la lettre.

La simulation électorale qui a eu lieu plus tôt ce mois-ci a été initiée par l’Institut israélien de la démocratie, l’INSS et l’Israel Internet Association.

Plusieurs scénarios ont été présentés pour tenter de décider de la responsabilité à imputer aux organes concernés.

Une des situations simulées a permis de découvrir un piratage massif de sondages électoraux et de révéler que des estimations de vote ont été artificiellement faussées depuis des mois.

Une autre simulation a révélé que l’Iran utilisait de faux profils de réseaux sociaux pour propager des mensonges sur les Arabes israéliens à l’approche du jour du scrutin.

Dans un troisième cas, de fausses rumeurs laissaient entendre que le rabbinat refusait d’enterrer un soldat israélien d’origine russe tué à la frontière gazaouie en raison de doutes sur sa judéité. Dans ce scénario, des personnes malveillantes tentaient d’aggraver les dissensions au sein de la société israélienne en incitant les immigrés d’ancienne Union soviétique à s’élever contre les partis religieux.

Amos Yadlin pendant un événement organisé par IsraPresse pour la communauté francophone au Menachem Begin Heritage Center, à Jérusalem, le 22 février 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Des cyber-experts de la police, du Shin Bet, du cabinet du Premier ministre et le procureur général ont rejoint l’ancienne présidente de la Cour suprême, Dorit Beinisch (jouant le rôle du président de la Commission électorale centrale), Amos Yadlin (chef de l’INSS et ancien chef du renseignement de Tsahal), Jordana Cutler, responsable de Facebook en Israël, le patron d’une société de relations publiques et plusieurs cyber-spécialistes de la société civile.

Tehilla Schwartz-Altschuler de l’Institut israélien de la démocratie, tout en refusant de commenter le rassemblement auquel elle est supposée avoir participé, a confié au Times of Israel qu’il est difficile d’attribuer la responsabilité aux différentes agences impliquées dans la cyber-protection, car la réalité est complexe.

Il est difficile de dissocier ingérence étrangère et tentatives locales de désinformation, a-t-elle déclaré à titre d’exemple, parce que les mêmes techniques ont été utilisées sur les mêmes plateformes en ligne. En outre, il n’existe pas de cadre juridique permettant de réglementer ce qui est autorisé ou non en ligne, et il est également difficile de tracer les limites entre la liberté d’expression et l’inacceptable.

Tehilla Shwartz Altshuler, chercheur à l’Institut israélien pour la démocratie (Autorisation)

La protection contre la désinformation découle principalement de la loi sur les élections de 1959, qui a été rédigée avant l’avènement de l’Internet et traite principalement de la publicité sur les panneaux publicitaires, à la radio, dans les avions et les bateaux.

Depuis, des amendements ont étendu la loi à la télévision, aux stations de radio régionales et aux sondages électoraux publiés, mais pas encore à Internet.

En novembre, une commission présidée par Beinisch et chargée de réviser la loi sur les élections et les campagnes électorales, a présenté un texte visant non seulement à étendre la loi aux contenus en ligne, mais également à donner à la Commission électorale centrale davantage de pouvoirs juridiques pour empêcher les manipulations en ligne.

Mais pour des raisons qui restent obscures, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a bloqué le projet de loi reflétant ces recommandations avant même d’arriver en première lecture à la Knesset.

L’ancienne présidente de la Cour suprême Dorit Beinisch à la résidence du président à Jérusalem, le 21 novembre 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’essentiel du travail, qui consiste à identifier les faux profils et les comptes automatisés à l’approche des élections, a été confié à des chercheurs, des entreprises du secteur de la haute technologie et à l’équipe de diplomatie algorithmique du ministère des Affaires étrangères.

Mardi, le cyber-chercheur Roni Sochovsky a révélé sur Twitter qu’il avait découvert des faiblesses dans un site en hébreu récemment lancé par le ministère de l’Intérieur, qui invite les Israéliens à saisir leur numéro d’identité et la date à laquelle leur carte d’identité a été émise pour savoir où se trouve leur bureau de vote le plus proche.

Sochovsky a constaté que le site ne disposait pas d’une protection adéquate et que des détails sur tous les Israéliens susceptibles de voter pouvaient être exposés.

Plus tôt ce mois-ci, une faille de sécurité a été découverte dans un système informatisé créé pour compter les votes des primaires du Likud. L’accès au site a été supprimé après la découverte de la brèche.

Sean Evins, de Facebook, explique le fonctionnement des publicités politiques transparentes dans les bureaux de Facebook Israel, à Tel Aviv, le 26 février 2019 (Crédit : Facebook)

Mardi, Facebook a annoncé que son outil de transparence des annonces politiques, qui obligera les promoteurs d’annonces à s’identifier publiquement, ne sera déployé qu’à la mi-mars, à peine trois semaines avant les élections.

Lors de la conférence de presse, Sean Evins, responsable de la communication de Facebook pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, a déclaré qu’en raison de problèmes d’autorisation, l’entreprise n’avait utilisé aucun vérificateur de faits pour signaler un contenu problématique lié aux élections israéliennes, comme cela a été fait pour des élections ailleurs dans le monde.

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