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Analyse

Entre l’Arabie saoudite et Israël: une normalisation en vue ?

Selon une chercheuse du Carnegie Endowment for International Peace, la normalisation serait vue d'un bon œil par l'opinion publique en Occident

Un membre de la garde d'honneur est couvert par le drapeau de l'Arabie saoudite, à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen, Archive)
Un membre de la garde d'honneur est couvert par le drapeau de l'Arabie saoudite, à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen, Archive)

L’administration américaine a dit mercredi œuvrer à un rapprochement entre des pays arabes et Israël, en promettant des « choses intéressantes » lors de la visite du président Joe Biden mi-juillet en Israël puis en Arabie saoudite.

Les regards se tournent vers le royaume, où le prince héritier Mohammed ben Salmane multiplie les signes d’ouverture envers l’Etat hébreu, sans que cela présage une normalisation imminente des relations, estiment les experts.

Les signes de rapprochement

En mars dernier, dans un entretien au journal américain The Atlantic, le prince et dirigeant de facto du pays a parlé d’Israël comme d’un « allié potentiel », soulignant des intérêts communs entre les deux Etats.

En septembre 2020, l’Arabie saoudite, chef de file des monarchies du Golfe, n’avait pas manifesté d’opposition lorsque les Emirats arabes unis étaient devenus le premier pays du Golfe – le troisième dans le monde arabe après l’Egypte et la Jordanie – à reconnaître Israël dans le cadre des « accords d’Abraham », suivis par Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

Le royaume saoudien avait alors indiqué qu’il ouvrait son espace aérien à tous les vols de et vers les Emirats arabes unis, y compris aux avions israéliens.

Le mois prochain, le président Biden arrivera dans la ville saoudienne de Jeddah par un vol direct en provenance d’Israël, une première présentée comme une avancée historique par la Maison Blanche.

Autre signe d’évolution, sur les réseaux sociaux, soumis à une surveillance stricte, des internautes saoudiens défendent désormais l’idée d’une paix avec Israël, du jamais vu en Arabie saoudite.

Au début du mois, le journal saoudien Arab News a réalisé un entretien avec le ministre israélien de la Coopération régionale, Essaoui Frej, qui a souligné que Ryad serait au « centre » de toute solution du conflit israélo-palestinien.

Quel intérêt à normaliser ?

Pour la chercheuse Yasmine Farouk, du Carnegie Endowment for International Peace, la normalisation des relations avec Israël serait vue d’un bon œil par l’opinion publique en Occident.

Cela « ouvrirait des portes au prince héritier et l’Occident accordera à l’Arabie saoudite un rôle plus grand non seulement sur le plan régional mais international ».

Pour Israël, cela ne lui « ouvrirait pas seulement la porte de l’Arabie, mais celle de tous les pays (arabes et musulmans) qui pourraient déjà avoir engagé des discussions secrètes mais n’ont pas encore normalisé » leurs relations avec l’Etat hébreu.

Sollicités par l’AFP, des responsable saoudiens n’ont pas souhaité s’exprimer sur cette question jugée « sensible ».

Un diplomate résidant à Ryad souligne, sous couvert de l’anonymat, que « les deux pays ont un ennemi commun qui est l’Iran ».

L’Arabie veut pouvoir davantage compter sur Israël pour s’opposer à la réactivation de l’accord nucléaire entre la République islamique et les Occidentaux, que « les deux pays considèrent comme une menace pour leur sécurité ».

Quel timing ?

L’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, aujourd’hui chercheur au cercle de réflexion Atlantic Council, a dit récemment à l’AFP qu’il s’attendait à une « feuille de route » en vue d’une normalisation entre l’Arabie saoudite et l’Etat hébreu.

Yasmine Farouk estime de son côté qu’il y aura peut-être une « certaine forme de relations » mais, selon la chercheuse, il est peu probable que, sous le règne du roi Salmane, le pays aille aussi loin que les Emirats arabes unis ou Bahreïn.

Le souverain, âgé de 86 ans, a toujours affirmé que le royaume ne normaliserait ses relations avec Israël qu’après la création d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale, une perspective qui, en l’état actuel des choses, semble lointaine.

Pour Kristian Ulrichsen, de l’Institut Baker de l’Université Rice, l’établissement de relations diplomatiques et politiques entre les deux pays n’aura lieu que lorsque Mohammed Ben Salmane deviendra roi.

En attendant, l’approche consiste à répandre « l’idée que les deux pays ne sont pas des ennemis et qu’ils partagent des intérêts régionaux et géopolitiques. »

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