Israël en guerre - Jour 194

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Fureur et frustration aux rassemblements pour les otages ; appels à des élections

Renonçant à la musique et aux experts, les organisateurs des manifestations hebdomadaires, sur la Place des Otages, ont donné le micro à 40 familles en colère ; les manifestants anti-gouvernement sont retournés rue Kaplan

  • Des manifestants anti-gouvernementaux se rassemblent à une entrée du siège de Tsahal au ministère de la Défense de Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Rony Shapiro / Israel Pro-Democracy Protest Movement)
    Des manifestants anti-gouvernementaux se rassemblent à une entrée du siège de Tsahal au ministère de la Défense de Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Rony Shapiro / Israel Pro-Democracy Protest Movement)
  • Varda Alexander, deuxième et à droite, et sa famille parlent de son petit-fils, Idan, lors d'un rassemblement pour le retour des otages de Gaza à Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Adar Eyal/The Families and Missing Families Forum)
    Varda Alexander, deuxième et à droite, et sa famille parlent de son petit-fils, Idan, lors d'un rassemblement pour le retour des otages de Gaza à Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Adar Eyal/The Families and Missing Families Forum)
  • Des manifestants à Beer Sheva réclament des élections, le 17 février 2024. (Crédit : Tanya Zion-Waldoks / Israel Pro-Democracy Protest Movement)
    Des manifestants à Beer Sheva réclament des élections, le 17 février 2024. (Crédit : Tanya Zion-Waldoks / Israel Pro-Democracy Protest Movement)
  • Des manifestants dénonçant le Premier ministre Benjamin Netanyahu appellent à de nouvelles élections lors d'un rassemblement hebdomadaire contre son gouvernement à Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)
    Des manifestants dénonçant le Premier ministre Benjamin Netanyahu appellent à de nouvelles élections lors d'un rassemblement hebdomadaire contre son gouvernement à Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)
  • La famille d'Itai Chen s'exprime lors d'un rassemblement aux abords de la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 17 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
    La famille d'Itai Chen s'exprime lors d'un rassemblement aux abords de la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 17 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
  • Des manifestants se rassemblent devant la résidence du président de Jérusalem pour demander un accord sur les otages, le 17 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
    Des manifestants se rassemblent devant la résidence du président de Jérusalem pour demander un accord sur les otages, le 17 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Lors du rassemblement hebdomadaire en faveur du retour des otages actuellement détenus à Gaza qui a été organisé à Tel Aviv, samedi dans la soirée, les organisateurs ont pour la toute première fois tendu le micro aux plus de 40 familles dont les proches sont aujourd’hui retenus en captivité et ce, pendant toute la durée de l’événement.

A l’occasion de ce 19e rassemblement consécutif à avoir eu lieu sur la dite « Place des Otages » de Tel Aviv, après Shabbat, il n’y a eu ni intermèdes musicaux, ni discours d’experts de l’establishment de la sécurité, comme cela avait été le cas lors des manifestations précédentes.

Ce sont les familles des otages seulement qui ont été appelées à s’exprimer devant les personnes qui s’étaient réunies, partageant leurs souffrances et leur sentiment profond de frustration à l’égard du gouvernement. Elles ont supplié ce dernier de négocier avec le Hamas un accord qui permettrait à leurs êtres chers de revenir enfin sur le sol israélien.

Sans filtre, ces voix ont donné un aperçu de la pluralité des opinions qui prévalent parmi les familles qui demandent un accord – certaines estimant que ces libérations doivent intervenir quel que soit le prix à payer, d’autres faisant part de leur désaccord avec ce principe – et les manières variées qui permettent aux proches d’affronter la colère et l’incertitude qui se sont emparées d’eux il y a 134 jours, quand des terroristes avaient envahi Israël en date du 7 octobre, tuant environ 1200 personnes et enlevant 253 personnes de tous les âges.

Yifat Zeiler, une cousine de Yarden Bibas, un otage, a parlé dans son discours « à ceux qui ne sont pas ici, sur cette place, parce qu’ils ont peur d’y venir et de verser des larmes avec nous… Nous avons besoin de vous », a-t-elle dit. Elle a ajouté qu’il n’y avait pas « d’esprit partisan » dans « notre lutte », une déclaration d’intention qui a été répétée par de multiples intervenants lors du rassemblement de samedi.

Yarden Bibas, son épouse Shiri et leurs deux enfants, Kfir et Ariel, sont devenus des figures emblématiques du mouvement en faveur de la libération des 134 otages qui se trouveraient encore à Gaza après avoir été kidnappés sur le sol israélien, le 7 octobre. L’armée a confirmé la mort de 30 d’entre eux, citant de nouveaux renseignements et des informations obtenues par les soldats qui se trouvent actuellement sur le terrain, à Gaza.

Varda Alexander, la grand-mère d’Edan Alexander, militaire en captivité à Gaza, qui avait grandi aux États-Unis et qui s’était engagé dans l’armée comme soldat seul, a invoqué la sagesse du roi Salomon, demandant au Premier ministre Benjamin Netanyahu et aux ministres de son cabinet de s’en inspirer.

Des manifestants à Beer Sheva réclament des élections, le 17 février 2024. (Crédit : Tanya Zion-Waldoks / Israel Pro-Democracy Protest Movement)

« Salomon a demandé à Dieu un cœur qui sait écouter, un cœur qui sait entendre le peuple. Je vous le demande à vous qui êtes le Premier ministre, et je le demande aux ministres du cabinet : Écoutez le cœur du peuple », a-t-elle dit.

Et pourtant, d’autres intervenants ont présenté une ligne plus partisane – cela a notamment été le cas de Shlomo Alfasa Goren, un proche de Maya Goren, enlevée au kibboutz Nir Oz et dont la dépouille est actuellement entre les mains du Hamas.

« Vous, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et les gouvernements successifs, vous nous avez abandonnés depuis des années. Vous avez abandonné les survivants de la Shoah, notamment mes parents de 93 ans, les systèmes de santé et de travail social, la cellule de crise de Kiryat Shmona, la défense qui était établie et que vous avez privée de tout financement et les résidents de Sderot et d’Ofakim. Vous nous avez abandonnés, abandonnés, abandonnés », a-t-il crié.

Essor des manifestations anti-gouvernementales

Une mise en accusation de la part de Goren qui a été inhabituelle pour ce rassemblement, Place des Otages – mais qui a pourtant été au cœur des multiples mouvements de protestation qui ont eu lieu dans tout le pays et qui dénoncent depuis déjà plusieurs semaines d’affilée le Premier ministre et son gouvernement, le samedi soir.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 17 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

A peu-près au même moment que le rassemblement de la Place des Otages, samedi soir, qui était organisé par le Forum des familles d’otages et de portés-disparus, les manifestants anti-gouvernementaux se sont réunis dans une cinquantaine de localités du pays. Des milliers de personnes se sont notamment retrouvées aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem et aux abords de sa résidence privée de Césarée.

A Tel Aviv, des milliers d’Israéliens ont bravé l’interdiction de la police en se regroupant rue Kaplan, à proximité ostensible du mouvement de protestation en faveur de la libération des otages, pour condamner le gouvernement. Ils ont bloqué la route, allumant au moins un grand feu – des heurts avec les policiers ont par ailleurs été signalés. Il y a eu aussi des blocages au carrefour de Raanana, sur la route côtière et en face des maisons de membres de la coalition, notamment du député Yuli Edelstein et d’Amir Ohana, le président de la Knesset, et devant l’habitation du ministre du cabinet Ofir Akunis.

Les forces de l’ordre ont fait savoir qu’au moins dix personnes participant aux diverses manifestations avaient été arrêtées dans la soirée.

Lors du rassemblement organisé sur la Place des Otages, de multiples intervenants ont protesté contre la décision prise par Netanyahu de ne pas envoyer une délégation au Caire pour les discussions qui sont actuellement en cours avec le Hamas par le biais d’intermédiaires.

Des manifestants anti-gouvernementaux se rassemblent à une entrée du siège de Tsahal au ministère de la Défense de Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Rony Shapiro / Israel Pro-Democracy Protest Movement)

Netanyahu a indiqué qu’aucune avancée ne pourrait être faite sans le cadre de ces pourparlers si le groupe terroriste ne revenait pas sur ses demandes « délirantes ». Le Hamas réclame notamment des initiatives en vue d’un cessez-le-feu permanent ; un retrait des troupes de Gaza ; la reconstruction de l’enclave et la remise en liberté d’environ 1 500 prisonniers palestiniens, avec parmi eux de nombreux terroristes condamnés pour meurtre et de hauts-responsables de factions palestiniennes, en échange de la libération des otages encore retenus contre leur gré sans la bande de Gaza.

Israël a indiqué que de telles demandes étaient d’emblée rédhibitoires.

Une décision qui a suscité l’indignation des familles des otages et qui aurait aussi attisé la colère de Benny Gantz et Gadi Eisenkot, membres du cabinet de guerre issus du parti HaMahane HaMamlahti.

Alfasa Goren a indiqué samedi que « aucun prix n’est trop élevé pour les otages, aucun prix n’est trop élevé pour que nous ne les enterrions pas. Nous demandons au cabinet de ne pas rater la chance de faire revenir les otages par le biais de l’initiative du Caire ».

« Ce sont les vies de 134 personnes qui sont entre vos mains », a-t-elle dit.

Mais Haim Rubinstein, porte-parole du Forum, a expliqué que l’organisation, en tant que telle, ne pensait pas qu’un accord devait se conclure à n’importe quel prix. « Les demandes du Hamas peuvent être trop ambitieuses et nous n’appelons pas à la conclusion d’un accord, quel qu’en soit le prix – nous comprenons. Mais les négociations viennent seulement de commencer ; entrez dès maintenant dans la salle de négociations », a dit Rubinstein, qui a indiqué que ce rassemblement spécial, organisé dans la soirée, avait été baptisé « le rassemblement des pleurs ».

De multiples intervenants ont évoqué un accord qui pourrait se conclure indépendamment du prix à payer ; d’autres ont fait part de leur désaccord, disant qu’ils voulaient simplement voir le gouvernement poursuivre les négociations.

Or Gat, dont la sœur Carmel a été enlevée au kibboutz Beeri, a figuré parmi ces proches qui ont précisé ce qu’ils voulaient dire de manière exacte en appelant à la conclusion d’un accord « à n’importe quel prix ». En commençant son allocution, il a d’abord présenté ses excuses à l’absente pour « l’abandon » dont elle a été victime.

Il lui a aussi demandé son pardon « parce que tu as dû voir maman mourir d’une balle dans la tête », faisant référence à feu sa mère, Kinneret Gat.

« Le prix à payer, ce sont les prisonniers sécuritaires et la fin des combats. Tout le monde le sait », a-t-il dit.

Avivit Yablonka, à droite, parle au sujet de son frère Hannan lors d’un rassemblement en faveur de la libération des otages à Tel Aviv, le 17 février 2024. (Crédit : Adar Eyal/The Families and Missing Families Forum)

Contrairement à Gat et à d’autres familles représentées par le Forum des Otages et des portés-disparus, certains proches de captifs qui se sont rassemblés au sein du Forum Tikvah, à la droite de l’échiquier politique, s’opposent à l’idée de faire d’importantes concessions au Hamas en ce qui concerne la libération de leurs proches. Ils disent que ces libérations devront se faire par la force et sans avoir de conséquence sur l’objectif poursuivi par la guerre qui, selon le gouvernement, est de démanteler le groupe terroriste.

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, deux députés d’extrême-droite, se sont publiquement opposés à ce qui s’apparente, selon eux, à un accord « irréfléchi » concernant la remise en liberté des otages encore détenus à Gaza. Ben Gvir a menacé de quitter le gouvernement si un tel accord devait être finalisé, ce qui renverserait la coalition au pouvoir.

Ce positionnement adopté, le mois dernier, par Ben Gvir et Smotrich, tous les deux d’extrême-droite, a politisé de manière considérable le débat sur la question des otages. Un changement d’état d’esprit qui s’est reflété dans certaines allocutions des intervenants qui ont pris la parole à la tribune sur la Place des Otages, samedi.

Ela Metzger, la belle-fille de l’otage Yoram Metzger, a indiqué que Netanyahu « semble être dans l’impasse en ce qui concerne un accord parce que c’est en sa faveur : le public va s’endormir, l’émotion va retomber. Il s’avère que des otages morts, ce serait plus confortable pour Netanyahu », a-t-elle accusé.

Un Palestinien constate les destructions après une frappe israélienne dans le camp de Maghazi, dans le centre de Gaza, le 16 février 2024. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Netanyahu a juré qu’il ferait « tout son possible » pour rapatrier les captifs.

Lors d’une conférence de presse, samedi soir, il y a indiqué que « ne pas combattre à Rafah, cela signifierait perdre la guerre », ajoutant qu’un accord sur les otages « n’est pas très proche ».

Gil Dikman, un proche de Carmel Gat, a accusé Netanyahu d’avoir prévu une conférence de presse dans la soirée de samedi « en particulier pour noyer » le rassemblement.

Certains intervenants ont salué au moins quelques aspects de la gestion de la guerre de la part du Premier ministre.

Dvora Idan, dont le fils Tsahi Idan a été enlevé par le Hamas au kibboutz Nahal Oz par les terroristes qui ont aussi assassiné sa fille aînée, Maayan Idan, 18 ans, a expliqué que Netanyahu a fait « des avancées spectaculaires » dans le cadre de la guerre à Gaza, depuis quatre mois.

Mais, a-t-elle ajouté, « il y a quelque chose de plus important encore qui doit venir boucler la boucle de toutes ces réussites : C’est le rapatriement des otages, et maintenant ».

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