Hommage à Shimon Peres à la Grande synagogue de la Victoire à Paris
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Reportage

Hommage à Shimon Peres à la Grande synagogue de la Victoire à Paris

Ce jeudi 29 septembre, les fidèles de la Victoire, accompagnés notamment de François Fillon, Harlem Désir, Najat Vallaud-Belkacem, Aliza Bin-Noun et Haïm Korsia, ont salué la mémoire du dernier père fondateur d’Israël.

Journaliste

Patrick Klugman, Harlem Désir, François Fillon et Pierre Lellouche, lors de l’hommage rendu à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire ce 29 septembre 2016. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)
Patrick Klugman, Harlem Désir, François Fillon et Pierre Lellouche, lors de l’hommage rendu à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire ce 29 septembre 2016. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

À 93 ans, Shimon Peres s’en est allé. Ce mercredi 28 septembre, Israël se réveillait sous le choc, perdant son dernier père fondateur, hospitalisé deux semaines plus tôt suite à un accident vasculaire cérébral.

Longtemps mal-aimé de la classe politique israélienne, on se souviendra pourtant de l’ancien président, dix-huit fois ministre ou trois fois Premier ministre, comme étant l’un des grands artisans des accords d’Oslo, synonymes d’espoir et de paix dans le conflit israélo-palestinien.

Honoré du prix Nobel de la paix 1994 en compagnie de Yitzhak Rabin, assassiné un an plus tard, et de Yasser Arafat, mort en 2004, il avait fondé le Centre Peres pour la paix, dont le but consiste à promouvoir la coexistence entre juifs et Arabes.

Outre ses efforts pour la paix, on se souviendra aussi de Peres comme étant l’élément clé du programme nucléaire israélien, développé dans les années 1950 grâce à un accord secret avec la France, pays avec lequel il a su tisser d’étroits liens.

Amoureux de l’Hexagone et francophone, il est « l’initiateur et le grand moteur du développement des relations entre Israël et la France jusqu’en 1967 », déclarait récemment Daniel Shek, ancien ambassadeur d’Israël à Paris.

« Il avait une énorme affection et admiration pour la France, il admirait la culture, la philosophie, la vision du monde des intellectuels français, le respect des Français pour leur langue, pour les mots, pour la littérature, se souvient Shek. Chaque prétexte était bon pour passer un moment en France. Quand il était ministre des Affaires étrangères, nous avions une plaisanterie : quand il devait se rendre à Chypre, il disait toujours que le chemin le plus court passait par Paris. »

Bill Clinton se recueille sur le cercueil de Shimon Peres, le 29 septembre 2016 sur le parvis de la Knesset (Crédit : bureau de Yizhak Harari / Knesset porte-parole)
Bill Clinton se recueille sur le cercueil de Shimon Peres, le 29 septembre 2016 sur le parvis de la Knesset (Crédit : bureau de Yizhak Harari / Knesset porte-parole)

Bénéficiant d’une certaine popularité en France et à l’étranger, c’est donc naturellement que, ce jeudi 29 septembre, alors que Bill Clinton et une foule d’Israéliens se recueillaient devant sa dépouille à Jérusalem, plusieurs figures politiques et responsables communautaires français ont salué sa mémoire.

Organisée à la grande synagogue de la Victoire, la cérémonie a rassemblé plus d’une centaine de personnes.

Premier intervenant de la soirée, Jack-Yves Bohbot, vice-président du Consistoire central, qui représentait l’institution et son président Joël Mergui, actuellement en déplacement en Israël aux côtés de François Hollande et de Nicolas Sarkozy pour les obsèques de Peres.

« Avec la disparition de Shimon Peres, Israël perd un de ses hommes d’Etat les plus illustres, la paix un de ses plus ardents défenseurs et la France un ami fidèle », écrivait plus tôt sur Facebook le président de la République française.

« Shimon Peres était un homme exceptionnel, dont l’intelligence et la sagesse n’avaient d’égal que sa simplicité et sa profonde humanité », a quant à lui réagi Nicolas Sarkozy dans un communiqué.

Aliza Bin Noun, ambassadrice d'Israël en France à l'hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)
Aliza Bin Noun, ambassadrice d’Israël en France à l’hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Suite au discours du représentant du Consistoire, Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France, a pris la parole.

Revenant sur le parcours de l’homme politique et l’héritage qu’il a laissé derrière lui, elle a conclu son intervention par une citation de l’écrivain israélien Amos Oz, qui a pris la plume pour saluer Peres dans le Yediot Aharanot.

« Rêveur affirmé, tout à la fois naïf et malin, mais ses rêves se réalisaient bien plus souvent que les doutes de beaucoup d’autres », avançait l’écrivain qui a rendu hommage à Peres lors de ses funérailles et qui l’a félicité pour avoir eu la capacité de changer au cours de sa longue vie.

« Tout au long de sa vie, il a cherché à rapprocher les hommes […] en conjuguant ceux qu’ils étaient chacun et chacune », a quant à lui affirmé le grand rabbin de France Haïm Korsia.

« [Il était] un grand homme politique et un grand homme d’État qui a toujours respecté l’ensemble des courants qui traversent la société israélienne, et Dieu sait s’il y en a. Il a essayé de produire de l’unité avec, toujours ancré en lui, les valeurs du judaïsme. Rappelez-vous ! [Yitzhak] Rabin et lui, pour décrire le moment des accords d’Oslo, sur la pelouse de la Maison blanche, ils citent l’un et l’autre un passage de la Bible. C’est-à-dire que, au delà de l’instant qu’il vivait, il revenait aux valeurs juives qui étaient les siennes. Il y a quelques années, il avait raconté à l’ancien grand rabbin d’Israël – il était allé le voir dans sa souccah – une histoire incroyable. À l’âge de 4 ans, avec son grand-père, qui ensuite va disparaître dans la Shoah, il est allé voir le Hofetz Haïm, grand maître de la ville de Radoun [en Pologne]. Le Hofetz Haïm lui a fait une bénédiction et lui a promis une longue vie et de grandes réalisations. Il a toujours considéré que c’était cette bénédiction qui l’accompagnait. Écoutez ce qui est incroyable : il est décédé exactement le même jour [du calendrier hébreu] que le Hofetz Haïm. Il est décédé le même jour [le 24 Eloul] que ce grand maître, comme si, finalement, porté par la confiance qu’il avait quelque chose à bâtir pour le peuple juif et à travers le peuple juif pour l’ensemble de l’humanité, ayant accompli sa mission, il pouvait rendre grâce et rendre hommage à ceux qui l’avaient toujours porté. »

Haïm Korsia, grand rabbin de France à l'hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)
Haïm Korsia, grand rabbin de France à l’hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Haïm Korsia a conclu sa prise de parole par une réflexion du Talmud sur le concept de paix, avant de la comparer au cas de Peres.

« On parle de Shimon Peres comme d’un homme de paix. Le fait qu’il soit un homme de paix n’est pas le plus important. [Le plus important,] c’est plutôt qu’il a fait le chemin vers la paix. Qu’il a été capable de ne jamais abdiquer lorsque les chemins semblaient faillir et qu’il a toujours considéré que l’essentiel était d’avoir l’objectif de la paix. »

Parmi les autres responsables religieux et communautaires présents, on pouvait retrouver Michel Gugenheim, grand rabbin de Paris, Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié et de la Fondation du judaïsme français, Gil Taïeb, vice-président du CRIF, ou encore le rabbin Moché Lewin, directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens.

Plusieurs responsables politiques participaient eux aussi à la cérémonie, et notamment Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes et ancien premier secrétaire du Parti socialiste.

Interrogé par le Times of Israël, il confie : « Je n’étais pas encore élu, je n’avais pas de responsabilités politiques, mais c’était en tant que président de l’association SOS Racisme que [Peres] nous avait reçu en Israël avec une délégation. Il était déjà évidemment ministre. Il nous avait parlé de la paix, mais aussi de l’Europe. Son rêve, pour le Proche-Orient, était de s’inspirer de ce qui avait donné la réconciliation franco-allemande. Il voulait reproduire à l’échelle d’Israël, des pays arabes et des Palestiniens ce même idéal de paix et de réconciliation. Ce rêve l’a animé toute sa vie, tout en étant aussi un homme d’État qui a dû assumer des responsabilités, comme ça a été le cas dès sa plus grande jeunesse pour défendre le droit à l’existence d’Israël et sa sécurité. […] Il a été un symbole pour le monde entier. »

« Pour moi, il est et restera une source d’inspiration. »

Harlem Désir

« Pour moi, il est et restera une source d’inspiration. Il était en plus un socialiste, un travailliste et une personnalité qui rassemblait au-delà des frontières politiques mais qui comptait beaucoup pour le jeune militant que j’étais et pour le responsable politique que je suis aujourd’hui. […] Shimon Peres nous a appris à ne jamais nous décourager, à ne jamais renoncer, à rechercher la paix, à aider les nouvelles générations à bâtir un meilleur avenir. »

Un peu plus tôt sur Twitter, Désir avait écrit : « Shimon Peres était un géant de la paix, je n’oublierai jamais les rencontres avec lui en Israël et à Paris. Son combat nous inspire. »

Durant la cérémonie, assis aux côtés de l’ancien militant anti-raciste, on pouvait retrouver Patrick Klugman, ancien président de l’Union des étudiants juifs de France et adjoint aux relations internationales et à la francophonie à la mairie de Paris.

« C’était un ami de Paris et de la France et un personnage de légende. Au-delà d’avoir été président d’Israël et prix Nobel de la paix, c’était un homme comme il n’en existe nulle part ailleurs et peut-être pouvons-nous craindre comme il n’en existera plus. Il avait une vision pour une région et pour l’humanité, et avait toujours un regard pour la jeunesse, quelque soit son âge. Il doit être, pour nous, une source d’inspiration. »

Le premier rang, lors de l’hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)
Le premier rang, lors de l’hommage à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire, le 29 septembre 2016 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

François Fillon, député de Paris et ancien ministre et Premier ministre, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Pierre Lellouche, député de Paris, et Pierre Aidenbaum, maire du 3e arrondissement de Paris, étaient eux aussi présents.

Outre François Hollande et Nicolas Sarkozy, plusieurs autres personnalités avaient prévu de voyager en direction d’Israël et à bord de l’avion présidentiel français ce jeudi soir, et notamment la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, et l’écrivain Jacques Attali. Anne Hidalgo, maire de Paris, et Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, étaient eux-aussi présents à Jérusalem ce vendredi matin pour les obsèques de Peres.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l'ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l’ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)

À cette occasion, ils ont retrouvé de nombreux autres leaders, dignitaires et amis de l’ancien père fondateur d’Israël. Ainsi, le président américain Barack Obama, le secrétaire d’État John Kerry, le Premier ministre canadien Justin Trudeau, l’ancien Premier ministre Tony Blair, le prince Charles, le président allemand Joachim Gauck, le roi Felipe VI d’Espagne et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas étaient eux aussi présents.

Ce dernier, qui a envoyé une lettre de condoléances aux proches du responsable israélien, le décrivait comme celui ayant « mené des efforts soutenus et ininterrompus pour parvenir à la paix depuis Oslo et jusqu’à son dernier souffle ».

Les funérailles se sont déroulées au cimetière du mont Herzl dans la partie réservée aux grands hommes de la nation. Shimon Peres repose désormais aux côtés des anciens Premiers ministres Yitzhak Rabin et Yitzhak Shamir.

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