Île de la Paix: Des Israéliens espèrent encore combler le fossé avec la Jordanie
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Reportage

Île de la Paix: Des Israéliens espèrent encore combler le fossé avec la Jordanie

22 ans après le massacre de 7 écolières israéliennes par des soldats jordaniens, la population locale pense que la diplomatie peut encore sauver l'accès à l'enclave frontalière

  • Une centrale hydroélectrique des années 1930 à Naharayim sur le Jourdain, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
    Une centrale hydroélectrique des années 1930 à Naharayim sur le Jourdain, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
  • La tour de garde jordanienne à l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. Le soldat qui a tué les écolières de Beit Shemesh est descendu de cette tour de garde. (Luke Tress/Times of Israel)
    La tour de garde jordanienne à l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. Le soldat qui a tué les écolières de Beit Shemesh est descendu de cette tour de garde. (Luke Tress/Times of Israel)
  • Le pont traversant l'île de la Paix entre Israël et la Jordanie, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
    Le pont traversant l'île de la Paix entre Israël et la Jordanie, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
  • Des touristes israéliens se tiennent devant une affiche du roi Abdallah II de Jordanie sur l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
    Des touristes israéliens se tiennent devant une affiche du roi Abdallah II de Jordanie sur l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
  • Le site commémoratif du massacre de l'île de la Paix de 1997 à la frontière israélo-jordanienne. (CC-BY SA J. Miller/Wikipedia)
    Le site commémoratif du massacre de l'île de la Paix de 1997 à la frontière israélo-jordanienne. (CC-BY SA J. Miller/Wikipedia)
  • Vue de Naharayim et de l'île de la Paix, à la frontière israélo-jordanienne, le 26 janvier 2019. (Amanda Borschel-Dan)
    Vue de Naharayim et de l'île de la Paix, à la frontière israélo-jordanienne, le 26 janvier 2019. (Amanda Borschel-Dan)
  • Les vestiges d'un pont ottoman et d'une centrale électrique des années 1930 sur le Jourdain près de l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
    Les vestiges d'un pont ottoman et d'une centrale électrique des années 1930 sur le Jourdain près de l'île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
  • Le pont Yarmouk, à Naharayim, île de la Paix. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le pont Yarmouk, à Naharayim, île de la Paix. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’île de la Paix, une petite poche de terre à la frontière israélo-jordanienne formée par le confluent du Yarmouk et du Jourdain, porte bien son nom, du moins sur le plan esthétique. Des rivières, naturelles ou artificielles, la bordent de tous côtés. En hiver, les pluies apportent une explosion de verdure. Les vents soufflent sur les tiges de blé et le drapeau géant jordanien tandis que les oiseaux se perchent gracieusement sur les berges et, au loin, les voitures parcourent à toute vitesse la route 90.

A Naharayim – « double fleuve » en hébreu – qui alimentait en hydroélectricité toute la partie nord d’Israël avant la création de l’Etat, le pays a été stupéfait par un acte d’une violence insensée il y a 22 ans mercredi, et le site est maintenant le centre d’une bagarre diplomatique entre Israël et la Jordanie.

Autrefois symbole de paix entre Israël et la Jordanie, l’enclave est devenue depuis le 13 mars 1997 un symbole de la division entre les deux pays, d’autant plus qu’Amman a décidé l’année dernière d’annuler un accord de location de petites parcelles de terre à la frontière aux agriculteurs israéliens.

L’île de la paix est l’une des deux parcelles de terre agricole que la Jordanie loue à Israël dans le cadre de l’accord de paix de 1994 entre la Jordanie et Israël. Conformément à l’accord de paix, la Jordanie a accepté des baux de 25 ans pour deux zones – Naharayim dans le nord et Tzofar dans le sud. Ces terres ont été considérées comme appartenant à la Jordanie, mais les agriculteurs israéliens les cultivent depuis les années 1950. Dans le cadre de l’accord de paix, les agriculteurs israéliens peuvent continuer à travailler leurs terres en coopération avec les autorités jordaniennes. Le contrat de location était automatiquement renouvelable, à moins que l’une ou l’autre des parties n’eut eu donné un préavis d’un an pour mettre fin à l’entente et entamé des négociations.

Les vestiges d’un pont ottoman et d’une centrale électrique des années 1930 sur le Jourdain près de l’île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Le 21 octobre 2018, jour anniversaire de l’assassinat d’Itzhak Rabin, le roi Abdallah II de Jordanie a annoncé son intention de se retirer du bail foncier, qui expire en octobre 2019. Ce n’était pas un hasard : Rabin était le Premier ministre israélien qui a signé l’accord de paix avec le père du roi actuel en 1994.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rapidement annoncé qu’Israël entamerait des négociations pour prolonger le bail foncier, mais l’annonce d’Abdallah II a permis de mettre en évidence un grave décalage entre les attentes israéliennes et jordaniennes sur ce qui arrivera à ces petits terrains.

Les politiciens, les experts et les agriculteurs israéliens des deux enclaves en question sont persuadés qu’un accord sera conclu, qui pourrait inclure des gestes israéliens comme fournir plus d’eau à la Jordanie, accélérer le processus du projet mer Rouge/mer Morte ou des initiatives économiques.

Mais les politiciens et les experts jordaniens disent qu’Israël comprend mal le mécontentement profond et la colère de la population et du gouvernement, et ils sont catégoriques sur le fait que la Jordanie sera intransigeante et ne renouvellera pas le bail.

Plus la Jordanie résiste, plus la décision gagne en popularité dans le pays et plus son pouvoir de négociation est élevé. Entre-temps, la question demeure de savoir combien Israël est prêt à payer pour conserver deux petites parcelles de terres agricoles moyennement rentables.

Une rivière de plus à traverser

La terre au centre de la tempête est minuscule : Naharayim représente environ 1 000 dounams (100 hectares), et l’enclave de Tzofar représente environ 1 200 dounams (120 hectares) de champs et de serres. Ensemble, ce sont environ 2,2 kilomètres carrés de terres que les agriculteurs israéliens labourent depuis 1949.

« Ils n’arrivaient pas à décider, à l’aide de documents historiques, à qui appartenait réellement la terre, alors ils ont plutôt opté pour un compromis », explique Avner Ron, un agriculteur du kibboutz voisin d’Ashdot Yaakov Ihud. Ron, aujourd’hui en semi-retraite, cultive toujours du blé sur l’île de la Paix et propose des visites guidées de la région aux visiteurs, en coopération avec l’armée jordanienne. Il a dit qu’une dizaine d’agriculteurs du kibboutz produisaient des récoltes sur l’île de la Paix, bien que beaucoup, comme lui, soient en train de prendre leur retraite.

Avner Ron, agriculteur et guide touristique à l’île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

A Naharayim, les agriculteurs israéliens ont des cartes d’identité spéciales qui leur permettent de passer le poste de contrôle militaire jordanien et d’accéder à leurs terres agricoles. Ils cultivaient autrefois des arbres fruitiers, des bananeraies et des oliveraies. « Ce n’était pas vraiment rentable », dit Ron. « C’était difficile d’accès, il y avait beaucoup de sangliers sauvages, et nous avions des problèmes d’eau ». Au cours des dernières années, la plupart des agriculteurs de la région se sont tournés vers la culture du blé, qui exige moins de main-d’œuvre et une infrastructure minimale.

En revanche, les agriculteurs du Moshav Tzofar, la parcelle de terre du sud également touchée par le bail, cultivent des poivrons et des fleurs dans des serres sous un climat désertique beaucoup plus rude. Les serres ont coûté des centaines de milliers de shekels, et beaucoup disent que s’ils sont forcés de quitter leur terre, ils vont faire faillite et peut-être même quitter la région.

Alors que les responsables israéliens étaient au courant depuis plusieurs mois des rumeurs jordaniennes concernant l’annulation de l’accord foncier, l’annonce d’Abdallah – et en particulier le ton vif de sa déclaration – a été une surprise.

« Nous exerçons notre pleine souveraineté sur nos terres », a déclaré le roi Abdallah dans son annonce d’octobre. « Notre priorité dans ces circonstances régionales est de protéger nos intérêts et de faire tout ce qui est nécessaire pour la Jordanie et les Jordaniens ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) salue le roi Abdallah II de Jordanie à son arrivée au Palais royal, dans la capitale Amman, le 8 août 2018. (AFP/Pool/Khalil Mazraawi)

« La Jordanie ne va pas revenir sur sa décision », a déclaré Daoud Kuttab, un analyste palestinien vivant à Amman qui écrit pour Al-Monitor et qui dirige une station de radio locale. « La Jordanie n’a aucun intérêt politique à aider Israël, et elle a le droit légal de conserver ses biens souverains ». Kuttab a déclaré qu’il ne voyait « aucune circonstance qui permettrait à la Jordanie de faire un compromis sur cette question ».

« C’est l’un des rares cas en Jordanie où le peuple, le gouvernement, le roi et le Parlement sont tous à l’unisson sur cette question », a ajouté Kuttab. « C’est pourquoi il est beaucoup plus difficile pour la Jordanie de revenir sur cette décision ».

Kuttab a déclaré qu’avec le peu d’espoir de relancer le processus de paix moribond entre Israël et les Palestiniens, la Jordanie n’a aucune raison de faire des concessions à Israël. Il a ajouté que si les responsables du gouvernement israélien avaient pris des mesures au début de l’année dernière, lorsque la question a été débattue pour la première fois au Parlement jordanien, il aurait été plus facile de trouver un compromis. C’était avant que plusieurs manifestations de masse en Jordanie n’exhortent le gouvernement à « réaffirmer la souveraineté jordanienne » sur la région et avant que 80 législateurs ne signent une lettre au gouvernement dans laquelle ils préconisent l’annulation du bail.

Mais l’annonce faite par le roi Abdallah en octobre a marqué un tournant qui a considérablement affaibli le pouvoir de négociation d’Israël. « Une fois la décision prise, il est impossible de se rétracter », dit Kuttab. « Je ne crois pas qu’il y ait assez de cran pour quelque chose comme [revenir sur cette décision]. La Jordanie a ses propres problèmes économiques et internes ».

Ce n’est pas une question de terre, c’est le symbole.

En Israël, les analystes s’accordent à dire que la terre elle-même est la plus petite partie du conflit. La vraie question est de savoir ce que l’annonce d’Abdallah signifie en termes de détérioration des relations israélo-jordaniennes.

« La Jordanie connaît de nombreux problèmes internes », a déclaré le Dr Ronni Shaked, chef du département Moyen Orient de l’Institut Truman de l’Université hébraïque.

« Le nombre de résidents en Jordanie a doublé en raison de la guerre en Irak, de la guerre avec l’Etat islamique et de la guerre avec la Syrie. Amman est devenue une énorme métropole. La Jordanie a perdu son identité. La population est devenue plus radicalisée, plus islamique et plus anti-israélienne ».

La tour de garde jordanienne à l’île de la Paix, le 29 janvier 2019. Le soldat qui a tué les étudiants à Beit Shemesh est descendu de cette tour de garde. (Luke Tress/Times of Israel)

« En termes d’agriculture et d’économie, je ne comprends pas vraiment pourquoi cette région est si importante », a dit M. Shaked. « Du point de vue de la sécurité, il n’y a aucun danger. Économiquement, je ne suis pas sûr que ce soit si significatif ».

Mais Israël n’abandonnera jamais de gaité de cœur ces deux kilomètres carrés de terres agricoles. « C’est un symbole », dit Shaked. « Dans notre climat politique actuel, les dirigeants aiment de plus en plus la terre ».

Ce n’est qu’en janvier 2018 que les pays se sont réconciliés après la dégradation des relations suite à la mort par balle de deux Jordaniens en juillet 2017 par un garde de sécurité israélien à l’ambassade à Amman.

Israël a déclaré que le garde avait ouvert le feu en état de légitime défense après qu’un des hommes a tenté de le poignarder, mais Jérusalem a finalement présenté ses excuses pour la mort des deux Jordaniens, ainsi que pour le meurtre d’un juge jordanien lors d’un autre incident en 2014.

Suite à l’annonce d’Abdallah II en octobre, Netanyahu a déclaré que le traité de paix israélo-jordanien était néanmoins « un accord de paix véritable ».

« Nous entamerons des négociations avec la Jordanie en vue de prolonger l’accord existant », a-t-il dit au sujet des clauses du bail foncier, « mais l’accord dans son ensemble est important et cher aux deux pays, dans une perspective globale ».

Pour sa part, la Jordanie a déclaré que cette décision n’affecterait pas l’accord de paix conclu il y a plusieurs décennies, cherchant à apaiser les craintes à Jérusalem de voir les relations se dégrader.

Le pont traversant l’île de la Paix entre Israël et la Jordanie, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Le porte-parole du Premier ministre a refusé de commenter les négociations en cours sur le bail foncier. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré que le seul point sur la table est le mécanisme d’annulation de l’accord.

Néanmoins, les analystes israéliens sont confiants qu’Israël sera finalement capable de trouver quelque chose pour adoucir suffisamment l’accord pour que la Jordanie revienne sur sa position. « Nous devons faire en sorte que le roi ait l’impression qu’il a gagné quelque chose », dit Shaked. « Peut-être que ce sera économique, peut-être que ce sera au sujet de l’eau ».

La colline des fleurs coupées

Naharayim, l’île de la Paix est peut-être mieux connue des deux côtés de la frontière comme le site d’un massacre en 1997 qui a choqué les deux pays et presque détruit l’accord de paix conclu depuis trois ans entre Israël et la Jordanie.

Le 13 mars 1997, le soldat jordanien Ahmed Daqamseh est descendu calmement de la tour de garde et a tiré à bout portant sur un groupe d’écolières de Beit Shemesh qui se trouvaient dans la région lors d’une sortie scolaire. Daqamseh a tué sept élèves et en a blessé cinq autres, ainsi que leur enseignante.

Orna Shimoni devant le mémorial de fleurs qu’elle a planté pour les victimes du massacre de Beit Shemesh sur l’île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Orna Shimoni, une résidente du kibboutz voisin Ashdot Yaakov Meuhad, qui faisait visiter la région de Naharayim toutes les deux semaines aux écoliers, venait de quitter le groupe quelques minutes avant le massacre.

Le soldat jordanien Ahmed Daqamseh, saluant sa famille de derrière les barreaux, lors de son audience devant un tribunal militaire à Amman, le 25 juin 1997. (AFP PHOTO / JAMAL NASRALLAH)

« J’ai vu la fusillade et j’ai commencé à courir vers le bunker de l’armée », se souvient Shimoni, debout juste à l’extérieur de l’île de la Paix par un matin d’hiver ensoleillé au début de cette année.

« Il y avait des cris et je ne pouvais rien voir, tout explosait autour de moi. J’ai levé la tête et j’ai vu des filles descendre la colline, tout le monde appelait sa mère en criant ».

Shimoni a couru vers un avant-poste de la police israélienne et a saisi une radio en criant : « Il y a eu un massacre, envoyez un hélicoptère ! » Il a fallu 10 minutes aux ambulances pour arriver.

Ahmed Daqamseh, un ancien soldat jordanien qui a tué 7 écolières israéliennes, interviewé par Al-Jazira à sa sortie de prison, le 12 mars 2017. (Capture d’écran Al-Jazeera/MEMRI)

Au lendemain de la fusillade, les émotions étaient vives entre Israël et la Jordanie.

Le roi Hussein a effectué un rare déplacement en Israël et a rendu visite à chacune des familles endeuillées à leur domicile.

Il s’agenouilla devant eux et dit aux familles : « Votre fille est comme ma fille. Votre perte est la mienne ».

Le geste du roi Hussein a été profondément apprécié par les Israéliens. Daqamseh a été condamné à 20 ans de prison et une équipe médicale jordanienne lui a donné un diagnostic de trouble de la personnalité anti-sociale. Mais le 12 mars 2017, Daqamseh a été libéré de prison et a reçu un accueil héroïque dans sa maison d’Ibdir, ce qui a été condamné par certains Israéliens.

Le 16 mars 1997, le roi Hussein de Jordanie serre la main des membres de la famille Badayev à Beit Shemesh qui étaient en deuil après le meurtre de leur fille Shiri par un soldat jordanien. (AP PHOTO/GPO/HO, File)

Après le massacre, l’île de Naharayim a été rebaptisée l’île de la Paix. Depuis 1998, Shimoni entretient un mémorial à la mémoire des sept filles tuées, appelé « La colline des fleurs coupées ». Des sentiers aux courbes délicates inspirées des branches d’arbres mènent à de petits monticules le long d’une colline, où elle a composé les noms des filles avec des fleurs de saison qu’elle remplace trois fois l’an. Le mémorial de Shimoni se trouve à l’extérieur de l’île de la Paix, près de la route qui mène au checkpoint jordanien, sur une terre qui ne sera pas remise à la Jordanie.

Le site commémoratif du massacre de l’île de la Paix de 1997 à la frontière israélo-jordanienne. (CC-BY SA J. Miller/Wikipedia)

Néanmoins, Shimoni a été choqué d’apprendre, l’automne dernier, que la Jordanie n’avait pas l’intention de renouveler le bail. « J’ai un lien émotionnel avec ces 1 000 dounams », dit-elle.

« De la douleur et du chagrin, nous pouvons garder vivant l’espoir et la mémoire des filles », a déclaré Shimoni. Elle a ajouté que des représentants de l’armée jordanienne viennent encore chaque année au mémorial pour les filles de Beit Shemesh, bien qu’ils viennent en tant que citoyens privés et non en tant que représentants officiels de la Jordanie.

Shimoni a déclaré que la coopération concernant l’avenir du site devrait se faire « dans un esprit de paix ».

« Nous ne devrions pas nous battre pour cela, ce devrait être un travail discret entre Israël et la Jordanie », dit-elle. « Si nous faisons savoir que nos relations sont bonnes, c’est mauvais pour Abdallah ».

Shimoni était optimiste quant à la possibilité que les deux gouvernements finissent par trouver une solution pour maintenir le statu quo. « Ils trouveront un moyen », dit-elle.

Une île historique et touristique

Avner Ron, l’agriculteur dont les champs se trouvent à l’intérieur de l’île de la Paix, croit aussi que les négociations finiront par trouver une solution qui permettra aux Israéliens de continuer à cultiver les terres.

« Jusqu’en octobre, nous serons là », dit Ron. « Tout dépend du roi. Peut-être qu’après les élections [d’Israël du 9 avril], il y aura des négociations ».

Même si l’agriculture ne se poursuit pas sur le site, Ron espère que les deux pays parviendront à un accord pour encourager le tourisme dans cette poche tranquille le long de la frontière. Il envisage des concerts dans les amphithéâtres naturels créés par les méandres des rivières, et veut apporter un message de paix – et d’opportunité économique – à l’endroit où deux rivières et deux pays se rencontrent.

Une centrale hydroélectrique des années 1930 à Naharayim sur le Jourdain, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Au centre de son plan touristique se trouve l’ancienne centrale hydroélectrique qui devait autrefois alimenter les rêves d’un État moderne.

Dans les années 1920, Pinhas Rutenberg, plus tard connu sous le nom de vieil homme de Naharayim et père de l’électricité israélienne, a désigné Naharayim, près de la rive sud de la mer de Galilée, à l’endroit où la rivière Yarmouk se jette dans le Jourdain, comme le meilleur endroit pour un barrage hydro-électrique.

La construction de l’usine a commencé en 1927, et Rutenberg a conçu un système de barrages et de canaux qui amènent le Jourdain à plusieurs kilomètres de son cours naturel vers une chute abrupte dans la rivière Yarmouk. Ce canal artificiel a créé une parcelle de terre entre les chemins naturels des rivières, aujourd’hui connue sous le nom d’île de la Paix.

Une importante crue en 1931 a retardé la production d’électricité, mais en 1932, la centrale a commencé à fonctionner, fournissant finalement de l’électricité dans la majeure partie du nord du pays. Pendant la guerre d’indépendance de 1948, les forces irakiennes ont détruit les turbines et l’usine est restée inutilisée depuis.

La centrale hydroélectrique se trouve sur les terres jordaniennes, mais les changements climatiques et la dérivation de l’eau pour l’agriculture ont affaibli le débit des rivières au point où l’hydroélectricité ne serait plus possible.

« Les gens des Ashdot [kibboutz] ont un lien affectif avec cette usine, leurs grands-parents y ont travaillé », a dit Ron.

Les visiteurs peuvent également voir les ruines de nombreux ponts anciens sur les fleuves Jourdain et Yarmouk, y compris les voies ferrées qui menaient de Haïfa à Damas et qui ont été détruites pendant la guerre d’indépendance. Aujourd’hui, les restes tordus de la voie ferrée sont encore visibles au-dessus du Jourdain.

Des touristes israéliens se tiennent devant une affiche du roi Abdallah II de Jordanie sur l’île de la Paix, le 29 janvier 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Il ne sera pas difficile d’encourager les Israéliens à venir en visite, car beaucoup d’entre eux apprécient déjà le frisson tranquille que procure le passage d’un poste de contrôle militaire étranger pour faire quelques heures de marche. Le 26 janvier, l’île de la Paix a fait la une des journaux nationaux lorsque l’armée jordanienne aurait refusé l’entrée à des centaines d’Israéliens lors d’une randonnée annuelle pour Tou Bichvat, la fête juive qui met les arbres à l’honneur.

Ron a dit que les Jordaniens interdisaient souvent l’entrée pour de courtes périodes de temps en raison d’exercices ou de visites militaires programmés, mais que les visiteurs pouvaient entrer sur l’île de la Paix plus tard dans la journée.

Il a qualifié cette affaire de « fausses nouvelles » créées par des politiciens israéliens locaux qui tentaient d’attirer l’attention des médias avant les négociations sur le bail, et a insisté sur le fait que l’incident n’indiquait pas une détérioration des relations avec l’armée jordanienne et qu’il ne permettait pas de prévoir les résultats attendus après octobre 2019.

Vue de Naharayim et de l’île de la Paix, à la frontière israélo-jordanienne, le 26 janvier 2019. (Amanda Borschel-Dan)

Des années de vie à la frontière entre deux pays dans une coopération difficile mais persistante lui ont appris que le travail le plus important se fait parfois discrètement, à l’abri des projecteurs du gouvernement et des médias, lorsque deux groupes ayant des intérêts communs trouvent un moyen de travailler ensemble.

« Il pourrait y avoir un accord informel », a-t-il dit, alors qu’il se tenait sur un pont qui relie les deux pays avec le Jourdain qui coule en dessous. « C’est ce que j’espère ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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