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Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays

A l'étranger, des rassemblements de solidarité, auxquels a participé la diaspora iranienne, se sont tenus samedi dans plus de 150 villes du monde

Une femme brandit une pancarte représentant une photo de Mahsa Amini, 22 ans, une Iranienne décédée alors qu'elle était détenue par les autorités iraniennes, lors d'une manifestation de solidarité dans la ville de Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 25 septembre 2022. (Crédit : Delil SOULEIMAN/AFP)
Une femme brandit une pancarte représentant une photo de Mahsa Amini, 22 ans, une Iranienne décédée alors qu'elle était détenue par les autorités iraniennes, lors d'une manifestation de solidarité dans la ville de Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 25 septembre 2022. (Crédit : Delil SOULEIMAN/AFP)

Des manifestations ont eu lieu samedi dans plusieurs universités en Iran pour dénoncer la répression meurtrière du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini arrêtée par la police des mœurs, il y a 16 jours.

Des rassemblements ont par ailleurs été organisés à travers le monde en solidarité avec le mouvement, dont la répression a fait au moins 83 morts depuis le décès de la Kurde iranienne le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Le pouvoir, qui dément toute implication des forces de l’ordre dans la mort de la jeune femme de 22 ans, a fait arrêter des centaines de manifestants, qualifiés d' »émeutiers ».

« Des étudiants ont manifesté samedi dans des universités pour dénoncer les agissements de la police envers les protestataires », a affirmé l’agence de presse iranienne Fars, sans préciser où ont eu lieu ces manifestations, ni leur ampleur.

L’agence a toutefois indiqué que des rassemblements « ont aussi été organisés sur la place Enghelab (« Révolution » en persan, ndlr) près de l’Université de Téhéran, dans le centre de la capitale, où des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants dont certains ont été arrêtés ».

Selon des témoins, de nombreux policiers anti-émeutes avaient pris position plus tôt à différents carrefours de Téhéran.

« Noyée dans le sang »

Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos vérifiées par l’AFP ont circulé samedi montrant des rassemblements dans des universités, notamment à Téhéran et dans la ville sainte de Machhad (nord-est), deuxième ville du pays.

Sur ces images, on peut voir des dizaines de manifestants chantant et scandant des slogans favorables au mouvement de contestation.

« La ville est noyée dans le sang, mais nos professeurs gardent le silence! », ont scandé des manifestants devant l’université de Karaj, à l’ouest de Téhéran, selon une vidéo diffusée par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Vendredi soir, des Iraniens ont manifesté à Saqez, ville du Kurdistan d’où était originaire Mahsa Amini, selon une vidéo d’IHR.

« Femmes, vie, liberté », ont lancé des hommes et des femmes en pleine rue en reprenant un slogan phare du mouvement de contestation, le plus important depuis les manifestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence et qui avaient été sévèrement réprimées.

D’après l’agence Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, tandis qu’IHR a fait état d’au moins 83 morts.

Plus de 1 200 manifestants ont été arrêtés, d’après un bilan officiel. Des militants, des avocats et des journalistes ont également été interpellés, selon des ONG.

Manifestations de solidarité

A l’étranger, des rassemblements de solidarité, auxquels a participé la diaspora iranienne, se sont tenus samedi dans plus de 150 villes, selon les organisateurs.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Montréal et dans plusieurs villes canadiennes, dont Vancouver, Toronto ainsi que dans la capitale Ottawa.

A Montréal, plusieurs femmes se sont coupées les cheveux alors qu’une foule de plus de 10 000 personnes brandissait des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Justice » et « Non à la République islamique ».

A Berlin, plus de 1 000 manifestants ont brandi des pancartes dénonçant le régime iranien, tandis qu’à Bruxelles plus de 2.000 personnes se sont rassemblées et deux Iraniennes installées en Belgique se sont rasé la tête en signe de protestation.

D’autres manifestations ont eu lieu à Rome, Madrid, Athènes, Bucarest, Londres, Lisbonne, Varsovie et Tokyo, réclamant « justice » pour Mahsa Amini et dénonçant la « dictature » en Iran.

Mais à Beyrouth, le chef du groupe terroriste armé chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, un proche allié de l’Iran, a qualifié la mort de Mahsa Amini de « vague incident » et fustigé « l’incitation » contre le régime.

De son côté, Amnesty International a dénoncé une répression « impitoyable » contre le mouvement de contestation, notant le recours à des balles réelles et billes de plomb, des passages à tabac et des violences sexuelles à l’encontre des femmes par les forces de l’ordre.

A Téhéran, l’ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Mousavi, aujourd’hui dans l’opposition, les a exhortées à cesser les violences, dans un message publié sur le compte Instagram du site Kaleme qui lui est proche.

« J’aimerais rappeler à toutes les forces de l’ordre leur serment de protéger notre terre, l’Iran, et les vies humaines, les biens, et les droits du peuple », a dit l’ancien responsable, en résidence surveillée depuis 2011. « Le sang des oppressés est plus fort que la violence des tyrans. »

Les autorités iraniennes accusent, elles, les manifestants de semer le « chaos » et des forces à l’étranger, parmi lesquelles les Etats-Unis, leur ennemi juré, d’être derrière les rassemblements.

Elles ont annoncé vendredi l’arrestation de « neuf ressortissants d’Allemagne, de Pologne, d’Italie, de France, des Pays-Bas, de Suède, etc ». Selon Téhéran, ils ont été interpellés « sur les lieux d’émeutes ou y ont été mêlés ».

Samedi, dans un autre dossier, l’ONU a annoncé qu’un Américano-iranien de 85 ans, Baquer Namazi, bloqué en Iran après y avoir été détenu, avait été autorisé à quitter le pays pour des raisons médicales, tandis que son fils Siamak a été libéré après sept ans de détention.

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