Israël bientôt capable d’effectuer des centaines de milliers de tests par jour
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Israël bientôt capable d’effectuer des centaines de milliers de tests par jour

Une équipe de scientifiques de l'Université hébraïque aurait élaboré un processus rationalisé pour les tests de masse ; le Technion annonce un nouveau kit de dépistage à domicile

Des travailleurs médicaux du Magen David Adom sur un site dedépistage du coronavirus au camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 16 avril 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Des travailleurs médicaux du Magen David Adom sur un site dedépistage du coronavirus au camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 16 avril 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

D’ici quelques semaines, Israël disposera de la technologie nécessaire pour permettre à des centaines de milliers de personnes chaque jour de subir un test de dépistage du coronavirus, selon une chercheuse de l’Université hébraïque qui met au point de nouveaux protocoles de laboratoire.

Le Dr Naomi Habib a annoncé que son équipe était en train de mettre au point une méthode qui permettra d’examiner simultanément des lots de 40 000 échantillons de test à l’aide d’un appareil de séquençage. « Cela peut ouvrir la possibilité d’effectuer des tests de masse dans le monde entier », a-t-elle déclaré.

« Je crois fermement que l’Université hébraïque disposera bientôt de la technologie nécessaire pour effectuer des tests basés sur le séquençage qui nous permettra de tester des centaines de milliers de personnes par jour », a-t-elle indiqué au Times of Israël.

Le record d’Israël, établi lundi, n’est que de 13 342 tests en une journée.

Le Dr Habib s’est dite confiante que d’autres équipes dans le monde feront des percées similaires, en disant qu’avec sa méthode en cours d’élaboration ainsi que celles des autres, les gens peuvent être optimistes que les tests à grande échelle aideront à ramener le monde à la normale. Elle s’attend à ce que le test soit utilisé de diverses manières, notamment par des contrôles ponctuels dans la population générale pour identifier les zones à haut risque et prévenir un scénario de deuxième vague qui inquiète de plus en plus les responsables de la santé.

Mais elle a souligné que même si les données scientifiques seront bientôt disponibles, elles ne serviront à rien si les responsables politiques n’engagent pas de fonds pour les mettre en œuvre. « Les scientifiques fourniront la technologie, et nous avons besoin que les décideurs politiques suivent », a-t-elle rappelé.

Il y a deux principaux processus de laboratoire nécessaires pour traiter les échantillons de coronavirus, et le laboratoire du Dr Habib travaille à les simplifier tous les deux. Les appareils de séquençage sont destinés à la deuxième étape d’analyse, lorsque l’acide ribonucléique (ARN) qui a été extrait des échantillons à tester et qui détient la clé des résultats des tests, est examiné.

Mais avant que l’ARN puisse être analysé, il doit être extrait des échantillons testés. L’équipe de l’Université hébraïque a également trouvé une solution qui, selon elle, peut décupler la capacité des laboratoires à effectuer l’extraction. Elle utilise de minuscules billes magnétiques au lieu de produits chimiques pour extraire l’ARN.

Cette solution magnétique a été principalement motivée par le fait que les difficultés à obtenir les composés ralentissait les opérations de test d’Israël, et l’équipe de Naomi Habib voulait la rendre résistante aux pénuries internationales.

Naomi Habib, professeur au centre Edmond et Lily Safra de sciences cognitives de l’Université Hébraïque. (Crédit : Moshe Wolcowitz)

La solution magnétique doit être mise en œuvre dans un laboratoire de l’Université hébraïque qui traite les tests pour l’hôpital Hadassah, et le Dr Habib a indiqué que le ministère de la Santé avait exprimé son intérêt pour la déployer au niveau national.

La norme dans les laboratoires est actuellement de placer chaque échantillon d’ARN, après extraction, dans un tube à essai séparé pour l’analyse. La méthode du Dr Habib consiste à combiner les échantillons en lots qui peuvent être examinés à l’aide d’un appareil de séquençage – et elle a dit qu’il ne faudra qu’un centième des composés chimiques utilisés dans les procédés actuels.

Le Dr Habib, professeure au Centre Edmond et Lily Safra de neurologie de l’Université hébraïque, a souligné que la technologie de séquençage n’est pas nouvelle, mais qu’elle « doit être adaptée aux défis uniques des échantillons cliniques de coronavirus ». Son équipe travaille sur des détails « terre-à-terre » qui permettront de déployer la technologie existante pour tester les coronavirus par lots.

Elle a expliqué : « Une machine de séquençage peut lire simultanément les échantillons de 40 000 personnes si vous la préparez de la bonne manière. La technologie est là et nous trouvons une méthode pour combiner les échantillons tout en les gardant sensibles. »

L’idée d’évaluer les tests en utilisant le séquençage est de plus en plus discutée dans les milieux scientifiques. Moshe Dessau, un expert en virologie de l’université Bar Ilan qui n’est pas lié à l’équipe de l’université Hébraïque, a indiqué au Times of Israël que même s’il ne sait pas combien d’échantillons pourraient être examinés en même temps, l’idée est bonne.

« Si vous avez la preuve que vous pouvez détecter le virus à partir d’une petite quantité d’ARN, le séquençage peut être un bon moyen de détecter le virus », selon lui.

L’optimisme du Dr Habib est dû au fait qu’Israël est encore loin de l’objectif de 30 000 tests quotidiens fixé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et à la pression croissante pour une augmentation importante des tests. Mercredi, le professeur Dan Ben-David, analyste des politiques publiques, a appelé Israël à devenir le premier pays au monde à tester l’ensemble de la population.

Le Dr Habib a affirmé qu’avant même l’introduction des méthodes de séquençage, le travail de son équipe est capable d’augmenter la capacité de test d’Israël grâce à son protocole de rationalisation du processus d’extraction de l’ARN.

Elle a fait savoir que le ministère de la Santé « est intéressé par l’intégration de notre technologie [d’extraction d’ARN] dans un test unifié qui sera appliqué dans tout le pays ». Elle a affirmé que les autorités « cherchaient désespérément une solution et se réjouissaient de notre solution ». Une source travaillant au ministère a indiqué au Times of Israël que le ministère était au courant de la méthode d’extraction du Dr Habib, mais a refusé de commenter la possibilité de le déployer.

L’extraction de l’ARN prend du temps et a généralement reposé jusqu’à présent sur des kits de test ou des réactifs spécialement produits. Mais depuis des années, Naomi Habib et un autre professeur, Nir Friedman, utilisent de minuscules billes magnétiques pour extraire l’ARN pour leurs recherches – comme l’ont fait d’autres universitaires ailleurs – et disent avoir mis au point le processus pour les tests de coronavirus.

Elle a indiqué qu’en se basant sur les évaluations du laboratoire de l’Université hébraïque qui mettra d’abord en œuvre son protocole magnétique, cela permettra d’augmenter de quatre à dix fois le nombre d’échantillons d’ARN pouvant être extraits quotidiennement, « et d’économiser une somme d’argent incroyable ».

Dans un autre domaine, le Technion a annoncé jeudi qu’il produisait un test à domicile qui peut diagnostiquer le coronavirus en une heure. « Nous avons développé un protocole pour un test qui ne nécessite qu’un échantillon de salive, des réactifs et une coupe thermique », a décrit la professeure Naama Geva-Zatorsky de la faculté de médecine Ruth et Bruce Rappaport du Technion.

Dr. Naama Geva-Zatorsky (Crédit : Julien Chatelin, CAPA Pictures)
Dr. Naama Geva-Zatorsky (Photo credit: Julien Chatelin, CAPA Pictures)

« Il suffit d’immerger l’échantillon de salive dans un tube à essai qui contient le matériau réactif, puis dans la tasse thermique avec de l’eau chaude. Si la couleur de la réaction change, cela indique la présence du coronavirus. Le résultat est obtenu dans l’heure qui suit et ne nécessite pas d’analyse en laboratoire ».

Mme Geva-Zatorsky a rapporté que son équipe a mis au point un kit de test fonctionnel et tente maintenant d’améliorer sa sensibilité. Elle a précisé que le test n’est pas destiné à remplacer les tests conventionnels évalués en laboratoire, mais qu’il pourra être utilisé à l’entrée des hôpitaux, sur les lieux de travail, dans les maisons de retraite, les aéroports et dans les établissements à accès direct.

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