Jersey City: Pourquoi la responsable qui avait injurié les Juifs est toujours là
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Jersey City: Pourquoi la responsable qui avait injurié les Juifs est toujours là

Joan Terrell-Paige, qui avait qualifié les Juifs locaux de "brutes" et exprimé sa sympathie aux tireurs, a reçu le soutien de leaders et de résidents locaux

Joan Terrell-Paige, membre du bureau de l'Education à Jersey City, a exprimé de la sympathie envers les tireurs de l'épicerie casher (Crédit :  Jersey City Public Schools)
Joan Terrell-Paige, membre du bureau de l'Education à Jersey City, a exprimé de la sympathie envers les tireurs de l'épicerie casher (Crédit : Jersey City Public Schools)

NEW YORK (JTA) — Dans les jours qui avaient suivi la réponse apportée par une responsable locale à la tuerie de tuerie de Jersey City – elle avait qualifié les Juifs locaux de « brutes » et avait fait part de sa sympathie aux tireurs incriminés – des pressions en faveur de sa démission s’étaient rapidement accrues.

Le maire de Jersey City, Steven Fulop, lui avait demandé de quitter ses fonctions. Cela avait également été le cas du gouverneur du New Jersey, Phil Murphy. Le président du bureau de l’Education, Sudhan Thomas, avait expliqué aux journalistes qu’il présenterait une résolution, au cours de la prochaine réunion de son instance, la sanctionnant et réclamant son départ volontaire.

Trois semaines plus tard, Joan Terrell-Paige, membre du bureau de l’Education, est encore à son poste – et il ne semble pas que cela soit sur le point de changer.

Le maintien de Terrell-Paige est issu d’un mélange de soutien apporté par le voisinage et de circonstances. Des politiciens locaux et des résidents ont pris sa défense tandis que ses opposants sont restés impuissants, incapables de l’exclure en tant qu’officielle élue. Lors de sa dernière rencontre, la semaine dernière, le bureau n’a pris aucune initiative pour la limoger. Son mandat s’achèvera à la fin de l’année.

« Le maire Fulop et le gouverneur ont été les premiers à appeler à sa démission après ses propos antisémites sur le massacre du 10 décembre », a indiqué le bureau du maire dans une déclaration faite lundi à JTA.

« Tandis que ni le gouverneur, ni le maire n’ont la capacité juridique de la forcer à démissionner, le maire a bien l’intention de continuer à faire en sorte que la communauté réclame son départ », a poursuivi le bureau.

Les propos de Terrell-Paige avaient été tenus cinq jours après la tuerie du 10 décembre, au cours de laquelle deux tireurs étaient entrés dans un supermarché casher et avaient abattu quatre personnes – Mindel Ferencz, 32 ans, Moshe Deutsch, 24 ans, Douglas Miguel Rodriguez, 49 ans et un policier du nom de Joe Seals. En réponse à un article publié dans Insider NJ et intitulé « La foi et l’espoir pour combattre la haine », Terrell-Paige avait écrit que les résidents juifs de Jersey City harcelaient et intimidaient leurs voisins afro-américains, menaçant de faire venir dans le quartier dealers de drogue et prostituées.

Elle avait fait référence à une affaire judiciaire, en 2009, dans laquelle un Juif, Solomon Dwek, avait plaidé coupable pour avoir pris part avec des rabbins à un plan impliquant la vente illégale de reins.

« Où étaient cette foi et cet espoir lorsque les propriétaires afro-américains de maisons étaient intimidés, menacés et harcelés par les brutes JE VEUX ACHETER VOTRE MAISON de la communauté juive ? », avait ainsi écrit Terrell-Paige, selon une capture d’écran de son post qui a circulé sur les réseaux sociaux. « Ils venaient sans rougir chez les propriétaires afro-américains et brandissaient des sacs d’argent ».

Se référant aux tireurs, elle avait demandé : « Avons-nous suffisamment de courage pour explorer la réponse de leur message ? Avons-nous suffisamment de courage pour stopper l’assaut contre les communautés afro-américaines des Etats-Unis ? »

Le maire de Jersey City, Steven Fulop (à droite), et le directeur de la Sécurité publique, James Shea, s’adressent aux journalistes le 11 décembre 2019 devant la supérette casher ciblée par une fusillade. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

Terrell-Paige avait écrit qu’elle s’exprimait à titre privé et non en tant que responsable élue et elle avait ultérieurement supprimé sa publication. Elle n’a pas répondu aux multiples appels et courriels lui demandant un commentaire.

Les appels à sa démission étaient rapidement arrivés et le gouverneur avait écrit sur Twitter que « nous ne laisserons pas l’antisémitisme et la haine se développer dans nos communautés sans résister ». Thomas, le président du bureau de l’Education, avait fait savoir qu’il présenterait une résolution exigeant la démission de Terrell-Paige lors d’une réunion qui était prévue le 19 décembre.

Mais Thomas avait alors annoncé que la rencontre prévue serait annulée pour des raisons « de sécurité ».

Environ 50 enfants devaient prendre part à la rencontre et Thomas avait déclaré que cette annulation avait été décidée « dans leur intérêt ». Les partisans comme les opposants de Terrell-Paige avaient bien l’intention de venir et de faire part de leurs inquiétudes respectives, selon le Hudson County View, un journal local.

Et pendant ce temps, les soutiens avaient commencé à se rallier derrière Terrell-Paige.

« Plutôt que de demander à la hâte sa démission, c’était le moment idéal pour nos élus locaux de s’entretenir avec madame Terrell, de clarifier ses propos et de se préparer à montrer de l’empathie », avait commenté John Flora, candidat Démocrate au congrès, selon Insider NJ.

La Caucus démocrate afro-américain de Hudson County avait clamé que Terrell-Paige avait, à juste titre, attiré l’attention sur des questions importantes.

« Tandis que nous ne sommes pas d’accord sur la manière dont ont été formulés les propos de madame Terrell-Paige, nous pensons que sa déclaration a contribué à accroître la sensibilisation sur des questions qui doivent être prises en compte et qui doivent être au cœur de conversations plus larges entre les deux communautés qui coexistent déjà dans l’harmonie et qui sont appelées à continuer à le faire », a écrit le caucus dans une publication Facebook.

Et lorsque la réunion du bureau de l’Education avait finalement eu lieu en date du 2 janvier, cela avait été sous l’égide d’un nouveau président.

Thomas avait été écarté du bureau après avoir été mis en examen pour pots-de-vin et le nouveau dirigeant de l’instance, Lorenzo Richardson, n’aura ni montré la volonté de sanctionner Terrell-Paige, ni présenté de résolution à cet effet. Dans un échange de courriels avec JTA, lundi, il a décliné à deux reprises de dire s’il prévoyait de le faire à l’avenir.

La réunion aura été l’occasion d’une longue discussion sur les propos de Terrell-Paige – la plus grande partie en sa défense.

Selon une vidéo de la rencontre diffusée par le Hudson County View, des intervenants se sont succédés, rejetant toute accusation d’antisémitisme de la part de la responsable. L’un d’entre eux, Darren Martin, a qualifié Terrell-Paige de « Rosa Parks de son temps ».

« Elle a des antécédents impeccables au sein de cette communauté », a dit Martin. « Cette étiquette d’antisémite qui lui a été collée est une co*…e et elle ne va pas démissionner ».

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