Kafr Qassem : des milliers de personnes manifestent contre les violences policières et la criminalité
Rechercher

Kafr Qassem : des milliers de personnes manifestent contre les violences policières et la criminalité

Quelques jours après qu'un habitant a été tué au cours d'une émeute dans la ville arabe, les manifestants fulminent contre la conduite des autorités

Les manifestants à Kafr Qassem le 10 juin 2017 (Capture d'écran : Youtube)
Les manifestants à Kafr Qassem le 10 juin 2017 (Capture d'écran : Youtube)

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de la ville arabe israélienne de Kafr Qassem samedi pour dénoncer le meurtre d’un homme tué par un garde de sécurité de la police la semaine dernière, ainsi que l’échec des forces de l’ordre à contrer les crimes violents au sein de la municipalité.

Mohammed Taha, 27 ans, a été tué par balles par un garde de sécurité privé aux abords du commissariat de police de la ville, aux premières heures de la journée de mardi, alors que des émeutiers s’en prenaient au commissariat.

Les chefs locaux arabes accusent depuis longtemps la police de négliger leurs communautés et de laisser le crime se propager sans contrôle.

L’émeute de mercredi a éclaté lorsque des agents de police ont arrêté un homme qui avait été embauché par les habitants pour assurer une sécurité privée dans cette ville en proie à une forte délinquance. La police a annoncé que les émeutiers avaient incendié des véhicules lui appartenant et avaient jeté des pierres sur les agents.

Le gardien qui a tué Taha, dont le nom n’a pas été cité dans les médias, a été interrogé par la police puis autorisé à regagner son domicile. Le père de Taha, Mahmoud, a pour sa part accusé de meurtre l’homme qui a tué son fils.

Lors des funérailles de Taha, les personnes présentes, parmi lesquels plusieurs politiciens arabes israéliens, ont condamné ce qu’ils ont qualifié de « dépendance à la force meurtrière » des autorités lorsqu’il s’agit de gérer les mouvements de protestation arabes.

« Il n’y a qu’un seul collectif en Israël qui, s’il sort manifester, encourt le danger de recevoir des balles et d’être tué : les civils arabes », a déclaré le député Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie.

Tibi a expliqué que la colère à Kafr Qassem s’exprime « dans un contexte d’incompétence de la police à s’attaquer à une délinquance croissante dans la communauté et dans la société arabe en général. »

Un autre député de la Liste arabe unie, Jamal Zahalka, a accusé le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et le chef de la police israélienne Roni Alsheich d’avoir échoué à gérer le taux de crimes en hausse dans les communautés arabes.

« La police abandonne les citoyens arabes aux gangs et aux organisations criminelles et il n’y a pas d’état de droit », a indiqué Zahalka dans un communiqué.

Il a ajouté qu’Israël est parvenu à s’attaquer au crime organisé dans les villes à majorité juive, laissant les villes et les cités arabes plus vulnérables face aux activités criminelles.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant la cérémonie de Yom HaAtsmaout de la police, à Jérusalem, le 26 avril 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant la cérémonie de Yom HaAtsmaout de la police, à Jérusalem, le 26 avril 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les municipalités arabes subissent une grave discrimination, les crimes violents dans la société arabe s’élèvent à 50 % tandis que la police n’alloue que 5 % de son budget total à la lutte contre le crime dans les communautés arabes, a-t-il dit. Il n’est pas étonnant que cette disparité soit si extrême. »

Erdan a reconnu ce « problème vieux de plusieurs décennies » et a affirmé qu’il travaillait à le rectifier avec la proposition d’une augmentation budgétaire pour les villes arabes, et qu’il mènerait également une campagne de recrutement d’agents musulmans dans les municipalités. Il a noté que les données policières montraient des réductions des délits au sein de la population arabe ces dernières années.

Mais le ministre, qui s’est exprimé mardi au micro de la radio militaire, a également blâmé le manque d’application de la loi, en en attribuant la responsabilité à « certains qui, au sein de la population arabe, cherchent à terroriser ceux qui pourraient aider la police à renforcer sa présence dans les communautés. »

Le président Reuven Rivlin et Alsheich ont rencontré mercredi le maire de Kafr Qassem, Adel Badir. Les trois hommes ont discuté des moyens de ramener le calme dans la ville.

Ils ont convenu de continuer les efforts visant à renforcer l’application de la loi dans les villes et les villages arabes dans tout le pays.

Le chef de la police d'Israël, Roni Alsheich, à droite, avec le maire de Kafr Qassem Adel Badir, 2e à droite, le président Reuven Rivlin, 2e à gauche et le responsable de la sécurité local Khaled Issa à la résidence du président à Jérusalem, le 7 juin 2017 (Crédit : porte-parole du président)
Le chef de la police d’Israël, Roni Alsheich, à droite, avec le maire de Kafr Qassem Adel Badir, 2e à droite, le président Reuven Rivlin, 2e à gauche et le responsable de la sécurité local Khaled Issa à la résidence du président à Jérusalem, le 7 juin 2017 (Crédit : porte-parole du président)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...