La Grande Synagogue de la Victoire rend hommage aux victimes de Paris
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La Grande Synagogue de la Victoire rend hommage aux victimes de Paris

Dimanche soir s’est tenu un service exceptionnel en mémoire aux victimes et en soutien aux blessés des attentats survenus le 13 novembre

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia prie en hommage aux victimes d'une série d'attaques meurtrières à la Grande synagogue de la Victoire, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)
Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia prie en hommage aux victimes d'une série d'attaques meurtrières à la Grande synagogue de la Victoire, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)

Témoignage des heures sombres que vit la capitale française, la rue de la victoire était hautement protégée hier soir avec une présence policière accrue aux abords du lieu de culte juif ainsi qu’à l’intérieur de l’enceinte.

La synagogue qui était déjà presque pleine à 20 heures lorsque la cérémonie a commencé, a continué à se remplir dans l’heure qui a suivi pour au final accueillir quelque 200 persones.

Des anonymes et des personnalités étaient rassemblés pour honorer les victimes du terrorisme.

Étaient notamment présents l’imam de Drancy, Hassan Chalghoumi, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Valérie Pécresse, le Préfet de la région francilienne Jean-François Carenco, ainsi que des représentants de la mairie de Paris et de la maire du 9e arrondissement.

Il y avait aussi le président du CRIF, Roger Cukierman, et celui de l’UEJF, Sacha Reingewirtz, chef de l’Union des étudiants juifs de France, ainsi que l’ambassadrice d’Israël en France, Aliza Bin Noun.

Eva Sandler arrives at the funeral of her family in Jerusalem. PM Netanyahu visited Sandler to pay his respects (photo credit: Miriam Alster/FLASH90)
Eva Sandler arrive aux funérailles de sa famille à Jerusalem, en mars 2012 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Maintenant, les Français ordinaires commencent à comprendre comment nous, les Juifs, avons vécu au cours des dernières années, et la réalité en Israël, » a déclaré à JTA Samuel Sandler, le père de Jonathan Sandler, qui a été tué en 2012 avec deux de ses fils et un autre enfant au cours d’un attentat islamiste perpétré dans une école juive à Toulouse par Mohamed Merah.

Léna, Jessica et Benjamin, trois adolescents, s’étaient également donnés rendez-vous pour participer à cette cérémonie exceptionnelle. Ils sont venus pour « représenter le mouvement des scouts israélites de France », malgré certains avis venant de l’association leur conseillant de ne pas se déplacer pour des raisons de sécurité.

Pourtant ils expliquent qu’ils n’ont pas hésité. Pour eux le message du rassemblement et du soutien était plus important.

C’est aussi le cas de Michèle, 62 ans, qui est venue avec son mari pour dire « je suis juive, je suis parisienne et je n’ai pas peur ». Elle précise qu’elle habite en banlieue et qu’elle est venue malgré tout en transports en commun.

Le rabbin Moshe Sebbag (d) et l'imam de la mosquée de Drancy, Hassan Chalghoumi (g) arrivent à la Grande synagogue de la Victoire avant de rendre hommage aux victimes d'une série d'attaques meurtrières, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)
Le rabbin Moshe Sebbag (d) et l’imam de la mosquée de Drancy, Hassan Chalghoumi (g) arrivent à la Grande synagogue de la Victoire avant de rendre hommage aux victimes d’une série d’attaques meurtrières, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)

A la sortie, Michèle confie qu’elle a particulièrement apprécié le chant de la Marseillaise qui résonnait dans la synagogue.

Le Rabbin Joel Jonas, Aumônier israélite en chef des Armées a récité la prière pour la République, juste avant la clôture de la cérémonie accompagnée par le son du Choffar et une minute de silence.

Claude, lui, est venu « en tant que citoyen français ». Pour lui, la religion est du « domaine du privé ».

« Je viens pour défendre les valeurs de la République. Je n’ai pas peur, je me sens en totale sécurité dans mon pays, » dit-il.

Ne pas avoir peur est le message qui revient le plus souvent dans les témoignages. Isabelle qui est venue pour se recueillir pour les victimes et montrer un front uni pour la France, abonde également dans ce sens.

Elle raconte qu’elle a appris la nouvelle des attentats alors qu’elle était au restaurant et est rentrée immédiatement pour écouter les informations « comme tout le monde ». Elle reconnaît qu’elle sera probablement un peu plus « prudente » que d’habitude, et évitera notamment les rassemblements massifs mais elle fait « confiance aux autorités ».

« La vie continue » dit-elle, « c’est ce message qui doit passer ».

« La vie continue »

Jacques Canet, président de la synagogue, rappelle dans son discours introductif les attentats de janvier dernier et fait le « même constat que le 11 janvier ». Il décrit ce 13 novembre comme « une soirée d’horreur totale ».

Puis la prière du soir (Arvit) débute. Le silence règne dans la synagogue, des yeux rougissent, l’émotion de l’assemblée est palpable.

Le vice-président du Consistoire Jack-Yves Bohbot prend la parole pour relayer celle du président Joël Mergui actuellement à Jérusalem, qui a assisté lui à un rassemblement organisé par le consulat de France à Jérusalem.

MESSAGE DEPUIS JÉRUSALEM POUR LA CÉRÉMONIE À LA VICTOIRE La France est en deuil.Le monde libre est en deuil.Comme…

Posted by Joël Mergui on Sunday, 15 November 2015

« La France est en deuil » dit-il. « Le monde libre est en deuil et comme leurs concitoyens, les juifs français sont en deuil ». Il conclut avec une note d’espoir : « Malgré la douleur immense (…) je sais que la France et les Français ne baisseront pas les bras devant ce péril barbare ».

Le Grand Rabbin de Paris, Michel Guggenheim, intervient pour réciter une prière pour l’élévation des âmes des victimes et aussi pour espérer qu’ « aux pleurs succèderont la joie et le rire », avant la lecture des prières en français pour les victimes par le Rabbin Moshé Sebbag et pour les blessés par le Rabbin Moshé Lewin.

C’est Haïm Korsia, le Grand Rabbin de France qui fera la dernière intervention avant la prière pour la République. Pour lui, le rassemblement rue de la Victoire est un « moment de partage, de simple présence qui est vitale ».

Il rappelle qu’ « un deuil n’est pas un moment d’inaction, c’est un temps où on réfléchit au-delà des réactions immédiates ».

« Nous prions pour rester solidaires, pour rester un » dit-il. « Nous apprenons malheureusement ce que d’autres ont appris avant nous. A New York, comme en Israël, les sociétés ont su se relever. »

« Nous apprenons malheureusement ce que d’autres ont appris avant nous. A New York, comme en Israël, les sociétés ont su se relever. »

Haim Korsia

Il engage les Français à vivre dans leurs « actes quotidiens » la liberté, l’égalité et la fraternité.

« Chacun doit se sentir responsable de l’autre. C’est la réponse à la barbarie. Dès que quelqu’un est touché c’est l’ensemble des citoyens qui seront concernés ».

Dans une conférence de presse donnée immédiatement après l’office, le Grand Rabbin poursuit son propos.

« Quand la France est touchée tous les Français sont touchés. Dès qu’un homme et une femme sont touchés c’est un frein à l’humanité. (…) On ne peut pas se sentir distant de quelqu’un sous prétexte qu’il n’aurait pas la même nationalité que nous, pas le même sexe ou qu’il ne soit pas de la même religion ».

Répondant à une question sur la « mission des gens de foi » il déclare que ces derniers ont une « véritable responsabilité ».

« J’ai eu des messages de prêtres, pasteurs, imams qui me demandent de faire des choses ensemble, de manifester que nous sommes ensemble et que nous ne sommes pas dans une segmentation de la société, » raconte t-il.

« La France c’est pas chacun chez soi, c’est tous ensemble dans notre diversité, » résume-t-il.

« La République est laïque pas parce qu’elle veut abraser complètement les religions, mais parce qu’elle leur permet de vivre ensemble avec ceux qui ne croient pas en Dieu mais qui espèrent en l’Homme ».

Pour Korsia, le message principal est la « solidarité et l’unité nationale ».

« On détruit avec la haine gratuite, donc la seule façon de s’opposer à cette haine gratuite c’est de l’amour gratuit, » conclut Korsia.

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia arrive avant un hommage aux victimes d'une série d'attaques meurtrières à la Grande synagogue de la Victoire, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)
Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia arrive avant un hommage aux victimes d’une série d’attaques meurtrières à la Grande synagogue de la Victoire, le 15 novembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / LOIC VENANCE)

L’Église de Notre-Dame dans le 4e arrondissement, dont les visites sont actuellement interrompues, a sonné le glas dimanche, à 18 heures 15. Fait très exceptionnel pour rendre à son tour hommage aux victimes des attentats du 13 novembre, à Paris et à Saint-Denis.

Les cloches ont sonné pendant quelques secondes, puis une messe de recueillement présidée par André Vingt-Trois, archevêque de Paris a eu lieu à l’intérieur de la Cathédrale.

Posted by Cathédrale Notre-Dame de Paris on Sunday, 15 November 2015


Les cloches de Notre-Dame de Paris sonnent le glas

La Mosquée de Paris n’a pas organisé de cérémonie et Dalil Boubakeur, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris s’est contenté de condamner les attentats sur son site et sa page Facebook.

Hier soir à Tel Aviv, l’ambassadeur de France en Israël avait appelé les Israéliens à manifester sur la Place Rabin leur soutien auprès des victimes des attentats de Paris et du terrorisme dans son ensemble.

Rassemblement à Tel Aviv le 14 novembre 2015 sur la place Rabin (Crédit : Alexi Rosenfeld)
Rassemblement à Tel Aviv le 14 novembre 2015 sur la place Rabin (Crédit : Alexi Rosenfeld)

« Nous voulons aussi exprimer notre profonde gratitude aux dirigeants israéliens de premier plan qui ont assisté à la cérémonie, ont montré leur soutien au peuple français et réaffirmé par leurs discours émouvants les forts liens qui existent entre nos deux pays : Shimon Peres, l’ancien président d’Israël ; Silvan Shalom, le Premier ministre adjoint et le ministre de l’Intérieur et Isaac Herzog, le dirigeant de l’Union sioniste. »

Représentant la coalition au pouvoir en Israël lors du rassemblement, le ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, a dit à l’ambassadeur français et à d’autres dignitaires rassemblés qu’ « Israël est avec vous et nous allons vous aider. Nous allons vaincre ceux qui veulent détruire nos valeurs ».

Shimon Peres a déclaré aux journalistes qu’il a une place dans son cœur pour la France parce que, dans les premiers jours de l’Etat, dans les années suivant sa fondation en 1948, la France a fourni à Israël des armes.

« D’autres pays ont voté pour nous, mais ils [les Français] nous ont donné des fusils. Ils étaient les seuls qui nous ont permis de défendre nos vies. Beaucoup de gens ne connaissent pas cette histoire ».

Les attentats de Paris ont fait 129 morts et plus de 350 blessés.

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