La révélation de l’attaque de drone reflète la menace immédiate qu’est l’Iran
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Analyse

La révélation de l’attaque de drone reflète la menace immédiate qu’est l’Iran

Netanyahu a promis d'empêcher l'Iran d'établir une présence militaire en Syrie – mais Moscou pourrait rendre ce défi auquel fait face Israël toujours plus complexe

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l'espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence de Munich sur la sécurité organisée à l'hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l'Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d'écran)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l'espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence de Munich sur la sécurité organisée à l'hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l'Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d'écran)

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a longtemps mis en garde contre le danger que représenterait pour Israël l’armement nucléaire de l’Iran dans quelques années. Depuis vendredi soir, les Israéliens envisagent mieux le danger que représente à l’heure actuelle un Iran non nucléaire qui cherche à s’imposer en Syrie.

Deux mois après qu’un hélicoptère israélien Apache a abattu 30 secondes après sa traversée dans l’espace aérien israélien un drone iranien envoyé depuis la Syrie, les censeurs militaires israéliens ont finalement autorisé les médias locaux à rapporter que le drone ne faisait pas que capturer des images de surveillance mais qu’il était également muni d’explosifs et se préparait à attaquer et endommager une cible non spécifiée en Israël.

La révélation – qui était accompagnée de la publication d’images de l’armée de l’air israélienne illustrant l’Apache abattant le drone iranien – survient alors qu’une puissante attaque a été menée avant l’aube lundi et aurait causé d’importants dégâts sur la base aérienne T-4 que construisait l’Iran dans le centre de la Syrie, et à partir de laquelle ce drone a été lancé le 10 février.

Alors que Jérusalem est resté silencieux, le raid de lundi a été attribué à Israël de toutes parts – par la Russie, la Syrie, l’Iran et certains responsables américains. Au moins sept militaires iraniens auraient été tués dans le raid. L’Iran a menacé de représailles. Un haut conseiller iranien du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a averti que l’Iran pourrait détruire Haïfa et Tel Aviv.

Le président russe Vladimir Poutine a demandé à Netanyahu de ne pas causer une déstabilisation de la situation en Syrie. Ainsi, si quelqu’un se demandait toujours pourquoi Israël prendrait le risque de répercussions suite à un raid comme celui de lundi, les révélations de vendredi en ont fourni la réponse :

L’Iran est maintenant suffisamment confiant pour s’attaquer directement à Israël. L’attaque du drone en février a été la première confrontation directe de l’Iran avec Israël, après plusieurs années pendant lesquelles la République islamique s’est attaquée à Israël seulement par l’intermédiaire d’organisations terroristes libanaises et palestiniennes depuis le Liban, la Cisjordanie et Gaza. Cette récente attaque a coûté cher à Israël, qui a perdu un F-16 lors de raids de représailles plus tard la même journée.

La Tiyas, ou T-4, une base aérienne, à proximité de la ville syrienne de Palmyre, qu’Israël prétend être utilisée par l’Iran et sa Force al-Qods (Capture d’écran / Wikimapia)

Concernant la base T-4, en Syrie, des sources militaires ont indiqué vendredi que l’Iran y avait construit une base aérienne entièrement fonctionnelle, sur laquelle ne manquait plus que des avions de combat. Il se serait agi du centre opérationnel de l’Iran pour ses drones d’attaque. On y trouvait des systèmes de défense antimissile sol-air et toutes sortes d’autres protections.

Et ce n’est là qu’une partie du processus stratégique progressif de l’Iran qui s’installe dans cette zone de combat à proximité de la frontière nord d’Israël.

Les retombées

Si les Israéliens ont désormais pu mieux comprendre pourquoi leurs leaders et leurs dirigeants sécuritaires avaient vu un impératif d’agir lundi, les répercussions potentielles, longuement discutées par les principaux commentateurs israéliens vendredi soir, pourraient être particulièrement déconcertantes.

Très surs d’eux et briefés par les responsables militaires, les commentateurs Alon Ben-David, de la Dixième chaine, et son homologue Roni Daniel de Hadashot, ont tous deux utilisé des formulations similaires afin d’encourager les Israéliens à ne pas prendre trop au sérieux la menace de jeudi émise par l’adjoint de Khamenei, Ali Shirazi, selon laquelle l’Iran raserait Tel Aviv et Haïfa si Israël ne cessait pas ses « jeux enfantins ».

« Calmez-vous », a exhorté Ben-David. « Ils n’oseraient pas, et ils n’en ont pas la capacité. »

Faisant écho à Roni Daniel, il a ricané : « D’accord, ils nous menacent. Et alors. Peuvent-ils le faire ? »

Les deux analystes ont néanmoins reconnu que l’Iran chercherait à venger les graves dégâts survenus lors de l’attaque de lundi – vraisemblablement en ciblant des soldats israéliens depuis la Syrie. La Dixième chaine a également rapporté qu’il y avait une certaine inquiétude en Israël, selon laquelle l’Iran, comme il l’a fait jusqu’à présent, chercherait à se servir de ses contacts terroristes afin d’attaquer des cibles israéliennes ou juives dans la diaspora.

Avec les inquiétudes liées aux répercussions de l’attaque de lundi, la capacité d’Israël à maintenir la suprématie de ses forces aériennes dans le ciel libanais et syrien est de plus en plus remise en question – une suprématie essentielle face à des attaques telles que celle attribuée à Israël lundi.

« Cette présence iranienne est quelque chose qu’Israël ne peut pas accepter et doit systématiquement attaquer », a déclaré Daniel de Hadashot vendredi soir, alors que d’autres journalistes en studio ont confirmé que l’administration sécuritaire et les principaux ministres étaient tous d’accord sur le fait que l’attaque de lundi était nécessaire et représentait l’une des décisions opérationnelles les plus importantes approuvées par Netanyahu en tant que Premier ministre, comme l’a dit l’un d’entre eux.

Mais les capacités militaires importantes de la Russie en Syrie menacent de compliquer à l’avenir de telles missions. Les Iraniens « font du lobbying » afin que Poutine réduise la liberté d’opération de l’armée de l’air israélienne, a rapporté Ehud Yaari, analyste de Hadashot pour le Moyen-Orient.

« S’ils peuvent persuader Poutine de concentrer les capacités des systèmes de défense aérienne de la Russie en Syrie sur l’armée de l’air israélienne, nous serons dans une situation complètement différente », a-t-il averti.

La question de l’Iran, a ajouté Yaari, « ne devrait pas être traitée avec mépris ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (au centre), le président russe Vladimir Poutine (à droite) et le président iranien Hassan Rouhani (à gauche) posent pour une photo avant le sommet tripartite Turquie-Russie-Iran à Ankara, en Turquie, le 4 avril 2018 (AFP / Pool / Tolga Bozoglu)

Néanmoins, la priorité absolue de l’Iran à l’heure actuelle n’est pas de s’engager dans un conflit sérieux avec Israël depuis la Syrie. Ses responsables ne se précipitent pas pour renforcer leurs effectifs du côté syrien du Golan. Ils cherchent plutôt à établir progressivement une infrastructure militaire robuste sur le territoire syrien en adoptant une vision à plus long terme.

Depuis vendredi soir, les Israéliens ont davantage conscience de la complexité du défi que cela représente. L’Iran, qui exige régulièrement la disparition d’Israël et qui, depuis des années, finance, arme et entraîne des groupes terroristes dont le but est d’attaquer Israël, a maintenant montré qu’il était suffisamment confiant pour s’en prendre directement à Israël.

Dans le même temps, l’Iran a renforcé sa présence en Syrie – et les analyses militaires de la télévision israélienne ont indiqué vendredi que Poutine n’avait pas l’intention d’abandonner son allié : le responsable russe ne souhaitant pas déployer de larges forces en Syrie et préférant laisser une grande partie du fardeau aux milices dirigées par l’Iran.

La capacité d’Israël à empêcher cette présence stratégique iranienne de l’autre côté de la frontière pourrait aussi être limitée si Poutine utilisait les capacités de défense aérienne de la Russie au service des Iraniens.

Roni Daniel a affirmé aux téléspectateurs de sa chaine que « Poutine n’est pas notre ami », tandis que Ben-David expliquait que la Russie, s’étant jadis présentée comme alliée d’Israël, « se montrait maintenant du côté de l’ennemi ».

La menace nucléaire iranienne pourrait encore mettre quelques bonnes années avant de se confirmer. Mais depuis vendredi, avec la révélation concernant cette alliance Syrie-Russie-Iran, les Israéliens savent qu’il existe désormais une menace militaire iranienne réelle et directe, en ce moment, juste de l’autre côté de la frontière. En effet, il y a deux mois, comme on le leur a confirmé, cette menace a commencé à devenir réalité.

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