L’attentat qui a visé Hamdallah aggrave la division palestinienne
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L’attentat qui a visé Hamdallah aggrave la division palestinienne

Certains voient la tentative d'assassinat comme un clou dans le cercueil de la tentative de réconciliation, alors qu'éclate une guerre verbale entre le Hamas et l'AP

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Des membres des forces de sécurité du Hamas inspectent le cratère laissé sur le site d'une explosion qui a visé le convoi du Premier ministre palestinien lors de sa visite dans la bande de Gaza le 13 mars 2018. (AFP/MAHMUD HAMS)
Des membres des forces de sécurité du Hamas inspectent le cratère laissé sur le site d'une explosion qui a visé le convoi du Premier ministre palestinien lors de sa visite dans la bande de Gaza le 13 mars 2018. (AFP/MAHMUD HAMS)

L’explosion qui a visé le convoi du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah, dans la bande de Gaza a aggravé la crise entre l’AP et le Hamas et a mis en lumière le degré élevé de méfiance et d’animosité entre les deux parties.

Certains Palestiniens ont décrit l’incident comme « le dernier clou du cercueil de la réconciliation et de l’unité palestiniennes ».

Ils ont déclaré que l’explosion de mardi leur rappelait les accusations portées par les responsables de l’AP, qui ont affirmé que le Hamas avait prévu d’assassiner le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de la même manière il y a plus de 10 ans.

D’autres Palestiniens, cependant, ont déclaré qu’il était prématuré d’évaluer les dommages que l’explosion avait causés aux efforts visant à mettre fin à la lutte de pouvoir entre le Hamas et la faction dirigeante du Fatah de l’AP. Ils ont exprimé l’espoir que cet incident inciterait les Égyptiens à intensifier leurs efforts pour mettre fin à la rivalité entre le Hamas et le Fatah.

« Nous sommes maintenant revenus à la case départ », a fait remarquer un membre du Conseil révolutionnaire du Fatah en Cisjordanie.

« C’est une crise très grave, et il faudra du temps pour guérir les plaies. C’est maintenant aux deux parties de décider si elles veulent ou non intensifier leurs efforts pour calmer la situation. Nous espérons que l’Égypte n’abandonnera pas ses efforts de médiation. »

L’explosion, qui a été dénoncée par l’AP comme une « tentative d’assassinat lâche » du Hamas, est perçue comme un coup sévère porté aux efforts continus de l’Egypte pour persuader les deux parties rivales de mettre en œuvre l’accord de « réconciliation » qu’elles ont signé au Caire à la fin de l’année dernière.

L’incident s’est produit mardi, alors que de hauts responsables égyptiens de la sécurité se rendaient dans la bande de Gaza pour tenter à nouveau de sortir de l’impasse et ouvrir la voie à la mise en œuvre de l’accord de « réconciliation ». Au cours des deux derniers mois, les Égyptiens ont travaillé d’arrache-pied pour empêcher la faillite de l’accord de « réconciliation » qu’ils ont aidé à obtenir à la fin de l’année dernière.

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, deuxième à droite, escorté de ses gardes du corps, est accueilli par les forces de police du Hamas, à gauche, à son arrivée à Gaza le 13 mars 2018. (AFP Photo/Mahmud Hams)

Mais il est aujourd’hui difficile de savoir comment les Egyptiens pourraient poursuivre leurs efforts, surtout après la guerre verbale qui a éclaté entre le Hamas et l’AP après l’explosion.

L’AP et sa faction du Fatah ont réagi à l’explosion avec une rapidité sans précédent, en tenant le Hamas entièrement responsable de l’attentat perpétré contre le Premier ministre et chef du renseignement général de l’AP, Majed Faraj.

Sur les instructions des dirigeants du Fatah, des membres de la faction sont descendus dans les rues de certaines villes de Cisjordanie pour condamner le Hamas pour la « tentative meurtrière » de tuer Hamdallah et Faraj.

Les dirigeants de l’AP ont également utilisé l’incident pour exiger que le Hamas « habilite » le gouvernement de Hamdallah en lui permettant d’assurer la sécurité et le contrôle civil sur toute la bande de Gaza.

L’attaque verbale de l’AP contre le Hamas vise également à envoyer un message à la population palestinienne, à savoir que le groupe terroriste qui dirige la bande de Gaza n’est pas intéressé à mettre fin au différend avec le Fatah.

Une photo prise le 13 mars 2018 montre l’une des voitures du convoi du Premier ministre palestinien qui a été frappé par une explosion qui a été remorquée jusqu’au passage d’Erez, dans la bande de Gaza. (AFP /MOHAMMED ABED)

Les dirigeants et les porte-parole du Hamas, pour leur part, ont dit douter de l’explosion « suspecte ». Certains sont même allés jusqu’à laisser entendre que l’explosion aurait pu être organisée par l’AP pour accuser le Hamas et le forcer à renoncer au contrôle de la bande de Gaza.

Le Hamas dit que la rapidité avec laquelle l’AP a réagi à l’explosion a soulevé de « gros doutes ». Quelques minutes après l’explosion, l’AP a déclaré le Hamas « entièrement responsable » de la tentative d’assassinat. Plusieurs sites d’information affiliés à l’AP ont d’abord signalé que le convoi de Hamdallah était la cible de trois voitures piégées et que plusieurs personnes avaient été blessées.

Selon les rapports, le convoi aurait également été attaqué par des tirs d’armes à feu.

Le Hamas insiste sur le fait que personne n’a été blessé dans l’explosion et qu’aucun coup de feu n’a été tiré sur les véhicules, alors que le Premier ministre de l’AP a déclaré que sept des gardes du corps qui l’accompagnaient étaient soignés dans plusieurs hôpitaux de Ramallah.

Selon des sources de sécurité du Hamas, l’explosion a été causée par un petit engin explosif qui a explosé « loin » du convoi du Hamdallah.

D’après les sources, cela montre que l’explosion ne visait pas à blesser qui que ce soit, mais à causer des dégâts mineurs.

Bien que deux des véhicules aient été légèrement endommagés, le convoi a poursuivi sa route vers la cérémonie au cours de laquelle Hamdallah a inauguré une station d’épuration des eaux usées dans le nord de la bande de Gaza.

Le Hamas, qui a fermement nié tout lien avec l’explosion, a affirmé que les déclarations de l’Autorité palestinienne accusant le groupe terroriste « avaient été préparées à l’avance ».

Le Hamas « condamne les déclarations toutes faites de l’Autorité palestinienne immédiatement après l’explosion », a déclaré le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum.

Sa déclaration reflète le point de vue de certains responsables du Hamas et de leurs partisans, qui parlent maintenant ouvertement de la tentative d’assassinat comme d’un stratagème fallacieux concocté par l’AP elle-même pour forcer le Hamas à abandonner son contrôle sur la bande de Gaza.

Cette théorie a été renforcée par l’appel lancé par Hamdallah au Hamas – peu de temps après son retour à Ramallah – pour qu’il cède le contrôle sécuritaire de la bande de Gaza au gouvernement de l’AP.

Sami Abu Zuhri, porte-parole du Hamas. (Crédit : YouTube/MEMRI)

Sami Abu Zuhri, un autre porte-parole du Hamas, a indiqué que la déclaration du Hamdallah soulevait de « grands doutes » quant au mobile de l’explosion. « Cet appel prouve que les objectifs de l’explosion sont plus importants que sa taille », a-t-il ajouté.

D’autres partisans du Hamas ont déclaré qu’ils avaient de bonnes raisons de croire que la tentative d’assassinat était « calculée et planifiée ».

Ils ont indiqué que leurs doutes étaient fondés sur le fait que l’engin explosif n’avait été dirigé que contre les deux derniers véhicules du convoi, qui transportaient les gardes du corps de Hamdallah.

Plusieurs analystes politiques proches de Hamdallah ont fait remarquer que le fait que ce dernier ait choisi de poursuivre sa visite et qu’il n’ait pas quitté la bande de Gaza immédiatement après l’explosion leur semblait également suspect.

Certains dirigeants du Hamas, y compris Ismail Haniyeh, semblaient être plus modérés dans leurs réponses. Haniyeh a téléphoné à Hamdallah après l’explosion et les deux hommes ont convenu d’ « accuser Israël et ses collaborateurs » d’être derrière l’explosion, selon une déclaration publiée par le bureau du chef du Hamas.

Mais Yusef al Mahmoud, porte-parole du gouvernement de l’AP, a nié par la suite que Hamdallah avait reçu un appel téléphonique de la part de Haniyeh.

Le Hamas et le Fatah se sont à nouveau engagés sur la voie de la confrontation, et le fossé entre les deux parties semble maintenant plus large que jamais.

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