Le grand rabbinat est de retour : Quid du pluralisme religieux en 2015 ?
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Le grand rabbinat est de retour : Quid du pluralisme religieux en 2015 ?

Neuf mois après le retour des haredim au gouvernement, peu d'espoir pour les courants non-orthodoxes en Israël

Les grands rabbins ashkénaze David Lau, à gauche, et  séfarade Yitzhak Yossef, en novembre 2013. (Crédit : Flash90)
Les grands rabbins ashkénaze David Lau, à gauche, et séfarade Yitzhak Yossef, en novembre 2013. (Crédit : Flash90)

JTA – Il y a deux ans, les défenseurs israéliens du pluralisme religieux avaient parlé d’une « fenêtre d’opportunité » pour faire avancer leur cause. Pour la première fois en une décennie, la coalition gouvernementale ne comprenait pas de partis ultra-orthodoxes. Le deuxième plus grand parti à la Knesset, Yesh Atid, faisait avancer une série de lois visant à changer le statu quo contrôlé par les orthodoxes. Même les religieux sionistes du parti HaBayit HaYehudi semblaient ouverts au changement.

Maintenant, on peut dire avec certitude que la fenêtre est fermée. Si 2013 et 2014 ont connu des progrès limités sur les réformes religieuses en Israël, du service militaire aux conversions, 2015 a été l’année où l’establishement haredi du pays s’est réaffirmé. Des dirigeants ultra-orthodoxes sont rentrés au gouvernement, sont revenus sur les réformes et ont envoyé des signaux d’avertissement aux dirigeants qui remetteraient en question le statu quo.

2014 a fini sur une bonne note pour les militants de pluralisme religieux : À la fin du mois de novembre, le gouvernement a promulgué de nouveaux règlements qui ont permis à des dizaines de rabbins locaux orthodoxes d’effectuer des conversions au judaïsme – enlevant dans les faits au grand-rabbinat orthodoxe d’Israël son monopole sur les conversions.

Quelques jours plus tard, le gouvernement est tombé, des élections ont été annoncées et les relations entre la religion et l’État sont tombées l’ordre du jour d’Israël. La campagne a tourné autour des questions de l’économie et de la sécurité, pas du mariage et de la conversion. Et tant la gauche que la droite ont dit clairement que les partis ultra-orthodoxes feraient partie de leur coalition – signant un arrêt de mort pour les réformes de 2013 et 2014.

Les partis ultra-orthodoxes ont perdu cinq sièges aux élections du 17 mars, mais peu importe : le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait besoin d’eux dans sa coalition, et a accepté leur demande de revenir au statu quo d’avant-2013.

Dans les mois qui ont suivi, la loi sur la conscription des hommes ultra-orthodoxes a été mise hors d’état de nuire; la réforme sur la conversion a été abrogée, et les réformes en cours sur la casheroute, les enterrements, l’éducation haredi et le processus de nomination des rabbins sont au point mort. Les subventions gouvernementales aux yeshivot haredi ont augmenté.

Les chefs de file du Likud, Benjamin Netanyahu, et de Yahadout HaTorah, Yaakov Litzman, se serrent la main, le 29 avril 2015. (Crédit : Autorisation, Likud)
Les chefs de file du Likud, Benjamin Netanyahu, et de Yahadout HaTorah, Yaakov Litzman, se serrent la main, le 29 avril 2015. (Crédit : Autorisation, Likud)

Neuf mois après les élections, l’espoir d’un changement législatif est maigre. Parlant à JTA en décembre, le président du HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, a prédit que le recours probable de toute future coalition aux haredim rendrait les réformes impossibles.

Le gouvernement a également changé de ton : Bennett, le précédent ministre des Affaires religieuses, s’opposait à des changements majeurs de politique, mais parlait d’unité du peuple juif et de créer un espace pour les Juifs non-orthodoxes. L’actuel ministre des Affaires religieuses David Azoulay, du parti ultra-orthodoxe Shas, a provoqué un tollé en juillet pour avoir dit que les Juifs libéraux ne sont pas juifs.

Azoulay n’est pas seul. En novembre, le député de Yahadout HaTorah Yisrael Eichler a accusé les Juifs libéraux d’attaquer le judaïsme et Israël. Le même mois, son collègue de Yahadout HaTorah Moshe Gafni a déclaré : « Les Juifs libéraux poignardent la sainte Torah dans le dos. »

Même les dirigeants orthodoxes modernes ne sont pas à l’abri des accusations. Le grand rabbin d’Efrat né aux Etats-Unis Shlomo Riskin, qui préconise une politique progressiste au sein de l’orthodoxie, a été convoqué en mai devant le Grand Rabbinat pour une audience inhabituelle pour examiner le renouvellement de son mandat. Suite à la pression du public, le rabbinat a renouvelé son mandat.

Naftali Bennett lors de son intervention au forum Saban le 6 décembre 2014 (Capture d'écran YouTube)
Naftali Bennett lors de son intervention au forum Saban le 6 décembre 2014 (Capture d’écran YouTube)

Et en décembre, le grand-rabbin d’Israël David Lau a fustigé Bennett pour avoir visité et vanté une école masorti à New York – bien que Lau lui-même avait visité une école similaire plus tôt dans l’année.

Bennett s’est attiré, quant à lui, sa propre part de critiques, au sujet d’un projet visant à renforcer les liens entre les Juifs de la diaspora et Israël. Le gouvernement israélien et l’Agence juive pour Israël avaient initié avec beaucoup de fanfare l’année dernière l’Initiative conjointe du gouvernement d’Israël et de la communauté juive mondiale. Mais cet été, l’Agence Juive s’est retirée du projet, accusant le ministère des Affaires de la Diaspora de Bennett de s’approprier le projet, afin de promouvoir ses propres objectifs. Son avenir reste incertain.

Même les Femmes du Mur, qui avaient enregistré des succès au cours des dernières années, ont subi un récent revers. Le groupe, qui organise des prières mensuelles dans la section des femmes du mur Occidental, a obtenu le droit de prier tranquillement il y a deux ans, et a commencé cette année à introduire un rouleau de la Torah dans leurs offices.

En novembre, Netanyahu lui-même s’était engagé publiquement à trouver un compromis pour permettre des prières non-orthodoxes sur le site.

Mais en décembre, Netanyahu a affirmé qu’il n’y aurait pas de changement imminent au statu quo contrôlé par les haredim au mur.

Les membres des Femmes du Mur faisant les prières du Rosh Hodesh au mur Occidental le 4 décembre 2013 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)
Les membres des Femmes du Mur faisant les prières du Rosh Hodesh au mur Occidental le 4 décembre 2013 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)

Il y a eu cette année quelques bonnes nouvelles pour les militants du pluralisme.

Le président israélien Reuven Rivlin, qui avait par le passé tourné en dérision le judaïsme libéral, a commencé à étreindre cette année ce courant, en organisant une soirée d’étude pluraliste et en tendant la main aux dirigeants libéraux.

Des rabbins orthodoxes modernes ont mis en place en août un tribunal de conversion independant du grand-rabbinat. Et dans la dernière semaine de l’année, l’armée israélienne a annoncé qu’elle allait permettre aux soldats d’être enterrés dans des cérémonies non-orthodoxes.

Peut-être le plus important, la plupart des Israéliens continuent à vouloir des réformes significatives en matière de religion. Dans un sondage de septembre, comme dans les précédents sondages, la grande majorité des Juifs israéliens sont en faveur de changements aux lois liées au mariage et aux conversions. Le gouvernement d’Israël, cependant, n’est pas encore de cet avis.

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