Le maire de Jérusalem a un plan pour calmer sa ville
Rechercher
Exclusif

Le maire de Jérusalem a un plan pour calmer sa ville

Dans une interview exclusive, Nir Barkat explique comment il ramènera le calme dans une capitale secouée par la violence

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, sur les lieux d'une attaque au couteau à une station de tramway, à Jérusalem, le 8 octobre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, sur les lieux d'une attaque au couteau à une station de tramway, à Jérusalem, le 8 octobre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jérusalem est sur la brèche. Son maire armé, Nir Barkat, l’est aussi mais il reste également optimiste.

Dans la dernière semaine, il y a eu trois attaques au couteau dans la capitale. Deux Israéliens ont été tués et plusieurs autres ont été blessés, dont un enfant de 2 ans. Plusieurs tentatives d’attaques terroristes ont été contrecarrées. Et trop de « fausses alertes » ont surgi sur les médias sociaux, ce qui soulève un sentiment d’agitation et de malaise parmi les habitants de la ville.

Le maire Barkat est arrivé sur les lieux d’une de ces attaques terroristes.

Par moments, il avait même sa propre arme de poing, un Glock modifié. Pourtant, il est certain qu’Israël prévaudra. « Cela ne fait aucun doute dans mon esprit que nous allons surmonter cela », a-t-il affirmé au Times of Israel dans son bureau au sixième étage du bâtiment de la municipalité dans le centre de Jérusalem.

Une capture d'écran de de la Première chaîne montre le maire de Jérusalem, Nir Barkat, avec un pistolet. La légende dit : "le maire de Jérusalem porte, sans licence, une arme, malgré ses dénégations". (Crédit : Capture d'écran Première chaîne)
Une capture d’écran de de la Première chaîne montre le maire de Jérusalem, Nir Barkat, avec un pistolet. La légende dit : « le maire de Jérusalem porte, sans licence, une arme, malgré ses dénégations ». (Crédit : Capture d’écran Première chaîne)

Son plan : « Combattre les méchants. Et être très, très gentil – autant que vous le pouvez l’être – avec la majorité de la population qui cherche la paix et la tranquillité ».

Pour atteindre ce deuxième but, il a encouragé les habitants de la ville qui ont un permis d’armes à feu légal de suivre son exemple et de porter leurs armes sur eux. Et ceci à la fois pour arrêter les attaques terroristes si la situation se présente et aussi – même si cela semble paradoxal – de donner aux résidents un sentiment de sécurité.

Les ambulances de Magen David Adom et des policiers sur les lieux d'un attentat terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem, le mercredi 7 octobre 2015. (Crédit : Autorisation Magen David Adom)
Les ambulances de Magen David Adom et des policiers sur les lieux d’un attentat terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem, le mercredi 7 octobre 2015. (Crédit : Autorisation Magen David Adom)

« En Israël, si vous voyez quelqu’un avec une arme et que vous resentez un sentiment de sécurité et non pas un sentiment d’insécurité comme c’est le cas en Amérique », a-t-il dit.

Mais même en Israël, certains ont exprimé des inquiétudes au sujet des recommandations de Barkat. Une population plus lourdement armée et craintive peut accidentellement tirer sur des personnes innocentes, font valoir les critiques, et un simple malentendu pourrait entraîner des décès inutiles.

La dernière semaine, il y a également eu deux incidents où un terroriste a attaqué quelqu’un qui portait une arme et qui ont réussi à s’en emparer. Dans les deux cas, la police a réussi à tirer sur le terroriste avant que quiconque ne puisse être tué avec leurs armes à feu nouvellement acquises.

Mais le danger existe toujours. Un terroriste pourrait commencer son attaque avec un couteau, mais se retrouver avec un pistolet.

Pourquoi porter des armes ?

Le maire, cependant, fait confiance en la formation militaire que la plupart des Israéliens reçoivent. « Ici, nous avons des soldats formés au combat, qui, quand ils terminent leur service militaire, sont encore réservistes », a expliqué Barkat.

« Ils sont bien formés, et certains d’entre eux ont des licences civiles pour porter des armes ».

Ce ne sont pas des novices à la guerre, ce sont des « professionnels », a-t-il insisté.

« Je demande aux professionnels de porter leurs armes à feu, parce que vous ne savez pas où une attaque terroriste peut se produire ».

« Au cours de ces dernières années, de nombreuses attaques terroristes ont été neutralisés par des ex-soldats qui portaient leurs armes légalement », a-t-il poursuivi.

« Voilà ce qui est arrivé hier », a poursuivi Barkat, se référant à l’attaque au couteau mercredi au cours de laquelle la victime a tiré sur son agresseur, « vous aviez un résident ».

En pleine phrase, Barkat s’est arrêté. Il s’est redressé. Les sirènes retentissaient.

« Qu’est-ce qui se passe à l’extérieur ? », s’est interrogé un assistant de Barkat.

Le maire a vérifié son téléphone qui vibrait pendant qu’il recevait les mises à jour de son service de sécurité.

« Je dois partir ».

Que s’est-il passé ?

« Je ne sais pas encore », dit-il en se levant.

En sortant de son bureau, il s’est tourné vers son autre assistant : « Prenez le pistolet ».

L’assistant a couru de nouveau vers le bureau du maire et a ramassé une mallette tactique en plastique noir où Barkat garde son arme.

Le glock du maire de Jérusalem, Nir Barkat  avec le kit de conversion RONI. En médaillon: le permis d'armes à feu de Barkat. (Crédit : Autorisation)
Le glock du maire de Jérusalem, Nir Barkat avec le kit de conversion RONI. En médaillon: le permis d’armes à feu de Barkat. (Crédit : Autorisation)

Avec son service de sécurité et les assistants, le maire est monté dans un ascenseur.

Notre entrevue était apparemment finie.

Mais quelques secondes plus tard, les portes se sont rouvertes, et le maire et son entourage sont réapparus.

Il y a eu une tentative d’attaque au couteau, dit-il, mais le terroriste a été pris avant qu’il ne puisse blesser personne.

Donc ça a été comme ça toute la semaine dernière ?

« Je souhaite que cela ne va pas continuer », a déclaré Barkat.

Revenant sur les raisons de son appel aux citoyens à s’armer, il a expliqué : « Cela ne fait aucun doute dans mon esprit que cela va nous aider avec la sécurité ».

Les détecteurs de métaux donnent aux gens un sentiment de sécurité

L’autre mesure de Barkat pour prévenir les attaques – les détecteurs de métaux à l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem – a été dévoilée jeudi.

« C’est préventif », a-t-il dit. C’est une façon « de ne pas lutter contre une attaque terroriste qu’une fois qu’elle soit déjà arrivée ».

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant que les travailleurs installent un détecteur de métal dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 après une série d'attaques au couteau. (Crédit : AFP Photo / Gali Tibon)
Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant que les travailleurs installent un détecteur de métal dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 après une série d’attaques au couteau. (Crédit : AFP Photo / Gali Tibon)

Cette mesure peut être étendue dans les prochains jours à des sites autour de la ville entière, et pas uniquement dans la Vieille Ville.

« Je pense que nous allons voir une distribution de détecteurs de métaux portatifs et aussi de grands, pour ajouter de la sécurité à Jérusalem en général », a-t-il dit. « Il y aura des contrôles aléatoires pour essayer d’attraper [les agresseurs] s’ils viennent ».

Mais, avec des citoyens armés supplémentaires, l’effet des détecteurs de métaux est non seulement pratique, mais il donne aussi aux citoyens un sentiment de sécurité, a fait valoir Barkat.

« C’est une bonne mesure préventive et quand les gens voient un détecteur de métaux, ils se sentent plus en sécurité », a-t-il dit.

Impliquer la direction locale et les écoles

En plus des attaques au couteau la semaine dernière, à Jérusalem-Est – notamment dans les quartiers de Shuafat et Isawiyah – fut le site de violentes protestations féroces de la jeunesse arabe contre les forces de sécurité israéliennes.

Un Palestinien de 20 ans a été tué et neuf agents de la police des frontières ont été blessés dans une émeute à Shuafat jeudi soir.

Des lanceurs de pierres palestiniens lors d'affrontements avec les forces de la sécurité israéliennes à Shuafat à Jérusalem-Est, le 5 octobre 2015 (Crédit: AFP / Ahmad Gharabli)
Des lanceurs de pierres palestiniens lors d’affrontements avec les forces de la sécurité israéliennes à Shuafat à Jérusalem-Est, le 5 octobre 2015 (Crédit: AFP / Ahmad Gharabli)

Pour faire face à cette violence, Barkat a signalé qu’il a également travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants de la communauté au sein de Jérusalem-Est. « Nous travaillons avec la direction locale, la direction de l’entreprise, les conseils communautaires », a-t-il dit.

« Hier soir, j’ai rencontré des directeurs d’écoles de Jérusalem-Est, ainsi que le chef de la police, pour discuter de comment nous pouvons diminuer la tension », a ajouté Barkat.

« Mon objectif est d’aider les directeurs à accueillir les enfants à l’école. Ils sont en sécurité dans les écoles », a déclaré Barkat. « Surtout dans les écoles secondaires des garçons, nous allons prolonger la journée d’école jusqu’à 17h, dans certains cas ».

L’ancienne génération est en faveur du rétablissement du calme relatif à Jérusalem-Est. « Ils sont responsables. Ils comprennent que personne ne gagne quoi que ce soit avec la violence », a-t-il dit.

Le problème, a poursuivi Barkat, est que les jeunes n’ont pas le même point de vue. La plupart des personnes qui prennent part à des manifestations dans les quartiers arabes ont 14 ou 15 ans.

« L’incitation [à la violence] », a déclaré le maire, « les pousse à prendre des mesures ».

Cette incitation, a-t-il poursuivi, « provient de l’Autorité palestinienne. Il vient des membres arabes de la Knesset. Il vient du Hamas via les médias sociaux ».

Bien que l’agitation se poursuive et semble avoir aucune fin, Barkat a déclaré, « je suis très optimiste ».

Juste au cas où, cependant, il porte aussi une arme à feu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...