Le peuple a parlé, il veut vivre dans l’Israël de Benjamin Netanyahu
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Opinion

Le peuple a parlé, il veut vivre dans l’Israël de Benjamin Netanyahu

Les Israéliens ont voté en connaissance de cause ; ils veulent un 5e mandat pour Netanyahu ; les partis de droite et ultra-orthodoxes n'ont jamais été autant plébiscités

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue ses sympathisants après la clôture du scrutin des élections générales israéliennes à Tel Aviv, Israël, le mercredi 10 avril 2019. (AP Photo/Ariel Schalit)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue ses sympathisants après la clôture du scrutin des élections générales israéliennes à Tel Aviv, Israël, le mercredi 10 avril 2019. (AP Photo/Ariel Schalit)

Le peuple a parlé. Et une semaine après les élections, alors que le président est en pleine consultation avec nos responsables politiques nouvellement élus en vue de la formation de notre prochain gouvernement, il vaut la peine d’examiner de plus près ce que les gens ont réellement dit.

Ils savaient que Benjamin Netanyahu faisait face à des accusations judiciaires dans trois affaires, à moins qu’il puisse convaincre le procureur général de son innocence. Ils savaient qu’il avait fustigé l’opposition, les médias, les policiers et les procureurs pour avoir prétendument tenté de le piéger dans le cadre d’une vendetta politique visant à le chasser. Ils savaient que, s’il était réélu, il pourrait essayer d’utiliser la législation existante ou nouvelle pour échapper aux poursuites, et qu’il chercherait probablement à rester Premier ministre même s’il devait être poursuivi. Et que, s’il était réélu, il ferait valoir que le public lui avait donné mandat de contrebalancer les recommandations des procureurs pour qu’il soit jugé.

Ils savaient. Et 26,45 % des électeurs israéliens ont choisi le Likud – un grand nombre pour Israël, 1 139 079 sur les 4 306 520 bulletins de vote valides déposés dans le pays. (Ces chiffres, ainsi que d’autres, sont basés sur les résultats totaux « définitifs » annoncés par la commission centrale électorale à minuit le 11 avril ; ils ont fluctué légèrement depuis lors et doivent être rendus officiels le 16 avril).

Le peuple a parlé. Pas tous les gens. Mais plus que nécessaire.

Ils savaient qu’ils disposaient d’une alternative claire aux quatre années supplémentaires d’un Israël dirigé par Netanyahu, incarné par un parti dirigé par trois anciens chefs d’état-major de Tsahal – un ensemble sans précédent de compétences en sécurité, dans un pays où les considérations de sécurité occupent toujours le premier rang dans les votes. Ils ont vu Netanyahu dépeindre ce parti, Kakhol lavan de Benny Gantz, comme un groupe de gauchistes faibles. Même s’il comprenait l’ancien ministre de la Défense du Likud, Moshe Yaalon, dont les positions publiques sont plus bellicistes que celles de Netanyahu, et même si Netanyahu a prolongé le mandat de Gantz en 2013 pour une année supplémentaire, ce qui illustre le plus clairement possible sa confiance dans le leadership sécuritaire de Gantz.

Les responsables du parti politique Kakhol lavan de Benny Gantz (2 à gauche), Boogie Yaalon, Gabi Ashkenazi et Yair Lapid tiennent une conférence de presse au quartier général du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019. (Flash90)

Ils ont vu le Likud de Netanyahu dépeindre Gantz comme mentalement instable. Ils ont vu Netanyahu tenter de tirer un profit politique d’une étrange histoire concernant le piratage du téléphone de Gantz par l’Iran – une histoire dans laquelle Gantz et ses collègues n’ont pas fourni une explication claire et nette de ce qui s’était produit. Ils ont vu Gantz osciller entre une attitude d’homme d’État, une approche de haut niveau pour battre Netanyahu et un échange d’insultes et d’accusations de bas fond.

Ils ont vu Netanyahu négocier un accord qui légitimait le parti kahaniste Otzma Yehudit dans le cadre d’une nouvelle Union des partis de droite qui serait partenaire de Netanyahu dans toute nouvelle coalition dirigée par le Likud. Ils ont vu Bezalel Smotrich de l’Union des partis de droite déclarer qu’il était déterminé à devenir ministre de l’Éducation. Ils ont vu Ayelet Shaked de HaYamin HaHadash jurer de limiter le pouvoir de la Cour suprême si elle restait ministre de la Justice.

Ils ont observé. Et ils ont fait leur choix. Très peu d’électeurs de la droite du spectre politique ont apporté leur soutien à Gantz et aux autres généraux. Bien que Kakhol lavan a également dépassé le million de voix – 1 124 805 – une grande partie de son soutien venait du centre et des travaillistes décimés, ce n’était pas suffisant pour contrecarrer la cinquième victoire électorale de Netanyahu.

Le peuple a parlé. Pas tous les gens. Mais plus que nécessaire.

Ils ont admis les autres implications probables et possibles d’une autre victoire de Netanyahu. Il a promis dans les derniers jours de la campagne d’étendre la souveraineté israélienne à toutes les implantations de Cisjordanie – une décision qui, si elle était prise, aurait des conséquences majeures pour ce qu’on appelait autrefois le processus de paix. Il était clair que ses partenaires de coalition les plus fiables seraient les deux partis ultra-orthodoxes, le Shas et Yahadout HaTorah – au nom desquels il a, à contrecœur, gelé l’accord de compromis du mur Occidental, et dont les principaux points à l’ordre du jour sont de faire respecter le Shabbat par Israël et de minimiser le nombre de jeunes hommes ultra-orthodoxes requis pour partager les droits et responsabilités du service militaire et national.

Évidemment, suffisamment d’électeurs israéliens partagent cet ordre du jour ou ne s’en laissent pas décourager. Assez pour donner à Netanyahu un autre mandat.

Le peuple a parlé.

Les habitants des localités de la région de Gaza dans le sud d’Israël se plaignent depuis des années de la politique de Netanyahu à l’égard du Hamas. Ils ont protesté contre le fait que le gouvernement les avait transformés en cibles pour roquettes. Sderot, la ville la plus bombardée de toutes, a voté à 43,52 % pour le Likud de Netanyahu. (Le deuxième parti le plus populaire était Yisrael Beytenu à 10,14 %). Netivot, à l’est de Gaza, a plébiscité le Likud à 32,46 % (deuxième derrière le Shas à 33,35 %), Ashkelon, au nord, a voté à 42,61 % pour le Likud (suivi par Kakhol lavan à 15,62 %). En revanche, les kibboutzim et les moshavim de la périphérie de Gaza ont généralement voté massivement pour Kakhol lavan.

Le peuple a parlé.

Tôt le jour des élections, des informations ont commencé à circuler selon lesquelles des militants payés par le Likud auraient apporté des caméras cachées dans les bureaux de vote des secteurs arabes. Certaines des personnes impliquées ont depuis lors reconnu qu’elles agissaient effectivement au nom du Likud ; une agence de relations publiques a revendiqué sa responsabilité, affirmant qu’elle avait été engagée par le Likud ; l’avocat du parti du Likud, le jour même, a affirmé que l’opération était ouverte et légale, et nécessaire pour assurer « l’intégrité » du vote dans les districts apparemment sujets à la fraude électorale ; Netanyahu lui-même s’est fait le défenseur de l’utilisation de caméras dans le même but. (Il va sans dire que la commission centrale électorale a ses propres procédures non partisanes pour prévenir la fraude électorale.) En fait, le juge chargé de superviser les élections a jugé que le déploiement des caméras était illicite et que le matériel devait être retiré.

Les électeurs israéliens ont suivi et lu tous ces développements en temps réel.

Certains analystes ont laissé entendre que les caméras ont fait baisser la participation arabe – ce n’est pas facile de se montrer pour accomplir son devoir démocratique, en tant que membres d’une minorité diffamée par le Premier ministre lors des dernières élections, après avoir appris aux informations que ses militants allaient vous filmer à l’œuvre. La participation arabe semble avoir baissé la semaine dernière (52 % selon les estimations) par rapport à 2015 (63,7 % selon les estimations). Et si la Liste arabe unie a remporté 13 sièges lors de la dernière Knesset, ses partis constitutifs, qui se présentent désormais en deux listes distinctes, n’en ont obtenu que 10 cette fois.

Mais si le stratagème des caméras a fonctionné à l’avantage de Netanyahu, peut-être en faisant perdre un siège ou trois à ses rivaux politiques, et peut-être en renforçant le soutien à un Likud qui semble s’attaquer aux Arabes, il y avait un facteur mathématique plus spectaculaire du côté droit du spectre qui jouait contre lui. Entre HaYamin HaHadash de Naftali Bennett et Ayelet Shaked (138 491 voix, soit 3,22 % du total national) et Zehut de Moshe Feiglin (117 670 voix, soit 2,73 % du total national), 6 % des voix de la droite se sont envolées, ce qui représente six ou sept sièges supplémentaires pour une coalition dirigée par Netanyahu. Et pourtant, Netanyahu a encore un chemin tout tracé, bien que complexe, vers une coalition de 65 membres (réconciliant les partis ultra-orthodoxes avec Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, férocement laïc).

Plus de 57 % des votes comptabilisés sont allés aux partis de droite et ultra-orthodoxes (Likud, Shas, Yahadout HaTorah, Yisrael Beytenu, Union des partis de droite, Koulanou, HaYamin HaHadash, Zehut et Gesher). Il s’agit de la proportion la plus élevée de l’histoire d’Israël. Seuls 34 % sont allés aux partis sionistes centristes et de gauche (Kakhol lavan, Parti travailliste et Meretz).

Les deux partis ultra-orthodoxes, il convient de le noter, avaient souligné à plusieurs reprises au cours de la période précédant le jour du scrutin qu’ils n’envisageraient que de rejoindre une coalition dirigée par Netanyahu. Même lorsque les bureaux de vote ont fermé et que, pendant un bref instant, Gantz revendiquait la victoire sur la base d’un sondage de sortie des urnes inexact et prévisible, Yahadout HaTorah s’est empressée de dire qu’elle irait siéger dans l’opposition avec Netanyahu plutôt que de s’associer à Gantz.

Menachem Begin, (au centre), s’adresse à ses partisans au siège de son parti à Tel Aviv, le 18 mai 1977, alors qu’ils célèbrent l’élection du Likud au gouvernement après 29 ans de pouvoir du Parti travailliste israélien. (AP Photo)

A titre de comparaison, les élections de 2015 ont donné plus de 56 % des voix pour les partis de droite et ultra-orthodoxes (Likud, Koulanou, HaBayit HaYehudi, Shas, Yisrael Beytenu et Yahad). En 2013, ce chiffre était de 48 % (Likud, HaBayit HaYehudi, Shas, Union des partis de droite, Otzma LeYisrael). En 2009, il était de 54 % (Likud, Yisrael Beytenu, Shas, Union des partis de droite, Union nationale et HaBayit HaYehudi).

Si l’on remonte à 1977, lorsque le Likud de Menachem Begin a pris le pouvoir pour la première fois, la proportion comparable était d’environ 53 % – et cela incluait le Parti nationaliste religieux alors relativement centriste, qui s’était associé aux gouvernements à majorité travailliste lors des trois décennies précédentes.

Le peuple a parlé.

Certains ont-ils été alarmés par les avertissements de Gantz selon lesquels Netanyahu est en train de transformer Israël en Turquie – devenant notre leader indéfectible, marginalisant progressivement l’opposition, prenant le contrôle de plus en plus des médias, soumettant les policiers, les procureurs et les tribunaux à son bon vouloir ? Sans aucun doute, beaucoup l’ont été. Mais pas assez pour le déloger.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu montre un bulletin de vote pour son parti le Likud dans une vidéo tournée sur une plage de Netanya le jour du scrutin, le 9 avril 2019. (Capture d’écran : YouTube)

Les gens ont vu Gantz filmé par une caméra dans sa voiture, vers la fin de la journée électorale, l’air épuisé. Ils ont vu Netanyahu, transpirant dans son costume sur la plage de Netanya, implorant les sympathisants potentiels de sortir de la mer et de voter Likud.

Les gens ont tout vu, ont intériorisé ce qu’ils ont choisi d’intérioriser et ont pris leur décision. Pour autant que nous le sachions, aucune force malfaisante n’a faussé ces élections. Le public n’était pas sous-informé ni désabusé. Le taux de participation a été de 67,9 % (contre 61,4 % aux élections présidentielles américaines de 2016, ou 66,1 % aux élections législatives britanniques de 2015).

Le peuple veut vivre dans l’Israël de Benjamin Netanyahu.

Le peuple a parlé. Pas tous les gens. Mais plus que nécessaire.

Les Israéliens ont choisi. Les Israéliens en subiront les conséquences.

Note : Les chiffres des élections de 2019 cités ici sont tirés du décompte des voix annoncé par la commission centrale électorale à minuit le 11 avril ; ils ont fluctué légèrement depuis lors et doivent être rendus officiels le 16 avril prochain.

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