Les appels à une hotline d’aide contre le suicide multipliés par deux
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Les appels à une hotline d’aide contre le suicide multipliés par deux

Selon la permanence téléphonique ERAN, un grand nombre des appelants n'ont pas de problème psychologique diagnostiqué ; Rivlin dit qu'il faut traiter le virus et aussi l'isolement

Les écoutants d'un centre d'appel ERAN. (Autorisation : ERAN)
Les écoutants d'un centre d'appel ERAN. (Autorisation : ERAN)

Une ligne d’urgence israélienne a déclaré avoir reçu un nombre sans précédent d’appels de la part de personnes suicidaires – notant qu’un grand nombre de ces appelants qui entrent en contact avec l’organisation n’avaient jamais présenté de problèmes psychologiques diagnostiqués avant le début de la pandémie.

Le confinement actuel a multiplié par deux le nombre habituel d’appels suicidaires reçus par ERAN, une organisation à but non-lucratif soutenue par le ministère de la Santé. Depuis le début de la crise du coronavirus, environ 5 500 Israéliens qui disaient désirer en finir avec la vie auraient téléphoné à la permanence.

« Les gens qui appellent en ayant ce type de pensées sont différents de ceux qui, dans le passé, envisageaient le suicide », explique le directeur-général de l’organisation, David Koren. « Avant, on parlait à des gens qui avaient des problèmes psychologiques identifiés mais aujourd’hui, un grand nombre d’entre eux ne proviennent pas de cette catégorie ».

Koren s’est entretenu jeudi avec le Times of Israël alors que le président Reuven Rivlin visitait l’un des centres d’appel d’ERAN pour une mise au point sur l’état de la santé psychologique au sein de l’Etat juif.

Rivlin a répondu aux révélations de Koren en faisant part de son inquiétude.

« Les crises de santé mentale traversent tous les secteurs et toutes les parties de notre société », a-t-il estimé. « Elles touchent et elles affectent tout le monde. Et aujourd’hui, elles nous affectent encore davantage. »

« Nous vivons une période d’anxiété et d’incertitude – dans la santé, dans les finances et dans la société. Et en parallèle à la pandémie de coronavirus, il y a une pandémie de solitude et d’isolement qui se développe et que nous devons prendre en charge », a-t-il poursuivi.

Des Israéliens fouillent un conteneur à poubelles rempli de chaussures à Tel Aviv après que le propriétaire désespéré d’un magasin, qui a fait faillite en raison du deuxième confinement, a vidé le contenu de sa boutique sur le trottoir, le 12 octobre 2020. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Koren a noté que les Israéliens étaient habitués à vivre sous pression, notamment pendant les guerres et pendant les périodes d’attaques terroristes, mais que la combinaison des difficultés entraînées par une pandémie – dont il est impossible de dire quand elle s’achèvera – déstabilisait les citoyens comme cela n’avait jamais été le cas auparavant et qu’il n’y avait « aucun moyen de comparer » l’impact sur la santé mentale qu’aurait l’épidémie et celui d’autres événements qui ont pu émailler le passé.

Les écoutants de la permanence, qui reçoivent des appels ou discutent en ligne dans plusieurs langues – notamment en hébreu, en anglais et en arabe – le constatent quotidiennement, a-t-il continué.

« Les appels de détresse proviennent de gens qui, tout simplement, n’envisagent plus d’avenir », a-t-il commenté. « Aucun avenir concernant leur situation économique, leur carrière, leur identité qui, selon un grand nombre d’entre eux, est en train de se dissoudre en raison des changements induits par la pandémie. »

Les psychiatres du système de santé publique israélien affirment que, si les chiffres du suicide ne sont pas disponibles pour ce qui relève de ces derniers mois – car il faut du temps aux autorités pour déterminer la cause d’un décès -, ils étaient inquiets.

Mark Weiser, chef du service de psychiatrie au sein du Centre médical Sheba. (Autorisation : Mark Weiser)

Evoquant la hausse des appels à l’ERAN, Mark Weiser, chef du service de psychiatrie du centre médical Sheba, déclare que « nous devons nous en préoccuper et porter attention à ce phénomène. Avec des taux de dépression en augmentation – ce que nous constatons nous-mêmes à l’hôpital – survient aussi un risque de suicide accru ».

« Nous constatons, au sein de l’hôpital, une hausse des dépressions et des symptômes d’anxiété chez des gens sans trouble psychiatrique grave. Certains, parmi eux, vont très mal, en particulier après avoir été isolés pendant de nombreux mois. »

Weiser ajoute que « nous avons aussi connaissance de données qui montrent qu’une crise économique grave augmente les taux de suicide au sein de la population et la pandémie a, bien évidemment, un impact économique majeur ».

Koren déclare que toutes les personnes qui appellent l’organisation ne sont pas au bord du suicide – mais que c’est néanmoins le cas d’environ trois appelants par jour en cette période de la pandémie. Ceux qui sont entrés par ailleurs en contact, finalement aidés et soutenus, ne sont pas passés à l’acte – mais cela a impliqué d’envoyer des professionnels chez eux.

Au cours de sa discussion avec Rivlin, il a noté que l’ERAN avait reçu 240 000 appels d’urgence depuis le début de la pandémie et que 60 % d’entre eux relevaient de la gestion des défis posés par le quotidien, des problèmes financiers et de l’emploi, de la santé mentale et des crises de l’identité.

David Koren, directeur-général de l’ERAN, au centre, avec le président Reuven Rivlin, à gauche, le 28 octobre 2020. (Crédit : Haim Zach/Israel Government Press Office)

Il a expliqué que le nombre de demandes concernant un traitement psychologique était en hausse depuis le début de la pandémie, ainsi que la fréquence des sessions de thérapie, établissant que 85 % de ces demandes provenaient de personnes en état de crise ou de surcharge émotionnelle.

Koren et Rivlin ont aussi évoqué une récente étude menée par le ministère de la Santé sur la base de données fournies par 108 dirigeants de centres de jour et de cliniques psychiatriques. Elles établissent que les demandes soumises aux cliniques, concernant des tendances suicidaires, avaient augmenté de 55 % et que les cliniques avaient à 80 % fait état d’une détérioration de la pathologie des personnes prises en charge à long-terme.

Koren explique au Times of Israël que « notre pays connaît des turbulences, pour différentes raisons, depuis des années. Nous sommes donc habitués à toutes les formes de traumatisme mais s’agissant de la pandémie, il est impossible de la comparer à ce que nous avons pu connaître par le passé ».

« Tout le monde a le sentiment d’être en danger face au coronavirus parce qu’on ne sait pas d’où il peut nous être transmis et que, en conséquence, les gens doivent limiter leurs interactions – ce qui signifie que nous constatons une inquiétude face au virus et beaucoup de détresse et de solitude, le tout étant amplifié par les effets économiques de ce qu’il se passe aujourd’hui. »

« Nous parlons à des gens qui ont le sentiment d’avoir perdu leur identité et leur avenir parce qu’ils ne savent pas ce que sera, dans le futur, leur situation économique et professionnelle. Cette incertitude amène de nombreuses personnes à sombrer dans un état de dépression », a-t-il ajouté.

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