Liberman : la construction dans les implantations doit être coordonnée avec les Etats-Unis
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Liberman : la construction dans les implantations doit être coordonnée avec les Etats-Unis

Le ministre de la Défense met en garde contre une querelle interne à la coalition sur les avant-postes de Cisjordanie qui menace la stabilité du gouvernement

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, né en Moldavie, à Ashdod, le 17 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, né en Moldavie, à Ashdod, le 17 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré jeudi qu’Israël bénéficierait de la mise en place d’une politique commune avec la future administration américaine sur la construction dans les implantations de Cisjordanie, plutôt que de continuer les efforts pour établir des faits sur le terrain par lui-même.

Pendant une visite de la ville portuaire d’Ashdod, le ministre a également mis en garde contre la rhétorique caustique entre membres de la coalition sur Amona, un avant-poste de Cisjordanie controversé qui doit être démoli, qui pourrait menacer le gouvernement.

Un jour après avoir indiqué qu’il soutenait un moratoire sur la construction en-dehors des grands groupes d’implantations, Liberman a doublé la mise, et continué d’être critiqué par la droite pour cela.

Ses déclarations sur la politique d’implantations lui ont attiré les condamnations du parti nationaliste religieux HaBayit HaYehudi, fervent partisan des implantations israéliennes en Cisjordanie.

A panoramic view of the Gush Etzion region of the West Bank (photo credit: Moshe Shai/Flash90)
Vue panoramique du Gush Etzion, en Cisjordanie. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Liberman, pas particulièrement pacifiste lui-même, a souligné qu’il ne cherchait pas à conclure un accord avec les Etats-Unis en échangeant la construction dans les blocs d’implantation contre un gel ailleurs, mais a déclaré que Jérusalem devrait néanmoins coordonner ses politiques avec la nouvelle administration du président américain élu Donald Trump.

« Je ne suggère aucun accord avec les Américains, a-t-il déclaré. Au lieu d’essayer d’établir des faits sur le terrain, nous devrions mettre en place une politique commune. »

Pendant une conférence de presse mercredi, Liberman, qui vit lui-même dans l’implantation de Nokdim, au sud est de Jérusalem, s’était dit prêt à geler les constructions à l’extérieur des blocs en échange d’un accord avec la future administration Trump pour augmenter la construction dans les implantations d’Efrat, de Maale Adumim et d’autres régions, qui devraient rester sous la souveraineté israélienne dans le cadre d’un futur accord de paix.

Il avait alors cité une lettre adressée en 2004 par George W. Bush, alors président des Etats-Unis, à Ariel Sharon, alors Premier ministre, dans laquelle les États-Unis reconnaissaient que les blocs d’implantations resteraient sous souveraineté israélienne dans le cadre d’un futur accord de paix.

Beaucoup de responsables israéliens s’attendent à ce que Trump soit plus sympathique avec Israël que l’administration précédente.

« Si nous obtenons l’autorisation de l’administration pour agir selon la formule Bush-Sharon, nous devrions saisir cette opportunité des deux mains », a déclaré Liberman, même si cela implique d’accepter un gel des constructions à l’extérieur des blocs. « Il est clair que nous ne construirons pas en dehors des blocs », a-t-il ajouté.

La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely donne une conférence de presse dans une usine située dans la zone industrielle de Barkan, près d'Ariel en Cisjordanie, le 3 novembre 2015. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely donne une conférence de presse dans une usine située dans la zone industrielle de Barkan, près d’Ariel en Cisjordanie, le 3 novembre 2015. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Ces remarques lui ont attiré les critiques de la droite, notamment de la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely (Likud), qui a accusé Liberman de « vivre dans le passé » et de nuire au gouvernement.

« Cela nuit aussi à la juste gouvernance israélienne, aux intérêts à long terme d’Israël, et également aux relations attendues avec le gouvernement [américain] élu », a-t-elle déclaré jeudi matin à la radio militaire.

Le ministre de la Défense a écarté Hotovely comme insignifiante.

« Si Hotovely ne m’attaque pas, personne ne saura qu’elle existe, a déclaré Liberman. Je prends son attaque comme un signe que j’ai raison. »

Liberman a également indiqué qu’un projet de loi voté mercredi en lecture préliminaire par la Knesset, qui permettrait à Israël de légaliser des constructions non autorisées sur des terrains palestiniens privés ne sauverait pas l’avant-poste d’Amona, et qu’il s’agissait d’une technique utilisée par les députés pour obtenir le soutien des habitants des implantations.

« Toute la compétition à droite, c’est cela qui nuit. J’en appelle à la responsabilité et non à la belligérance, qui pourrait abattre le gouvernement », a prévenu Liberman.

Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
Mobile home dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Le projet de loi dit de régulation, conçu pour contourner le démantèlement ordonné par la cour de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, avant le 25 décembre, a été voté mercredi en lecture préliminaire. Le procureur général Avichai Mandelblit avait pourtant prévenu que la législation était contraire au droit international et serait indéfendable devant la Haute cour de justice.

« Je regrette que des personnes tentent de tromper les habitants des implantations et suscitent des attentes, a déclaré Liberman. Je souhaite qu’une solution soit trouvée. Nous devons étudier les solutions jusqu’au dernier moment, mais il est possible que cela n’aide pas. »

Le parti HaBayit HaYehudi, qui a fait pression en faveur de la législation, a répliqué en accusant Liberman de ne faire que parler sans agir.

« Il est un moulin à paroles incessant », a déclaré le parti dans un communiqué, selon des médias israéliens. « Il devrait se concentrer sur l’assassinat [du dirigeant du Hamas Ismail] Haniyeh au lieu de proposer de mettre en place un état palestinien le long de la route 6. »

Cette remarque fait référence à la grande proximité d’une importante autoroute israélienne avec la Cisjordanie, à une promesse faite par Liberman avant qu’il ne soit ministre. Il avait déclaré qu’il tuerait le dirigeant du Hamas 48 heures après la première frappe de roquette contre Israël en provenance de la bande de Gaza.

Shuli Moalem-Refaeli, députée du parti HaBayit HaYehudi, avait fustigé la proposition de Liberman, la jugeant « scandaleuse », et avait appelé le ministre de la Défense à revenir sur ses propos et à rester loyal à ses électeurs de droite.

Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, lors d'une réunion d'une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, lors d’une réunion d’une commission de la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Bezalel Smotrich, membre du même parti, avait critiqué Liberman pour ses « non-sens », et déclaré que sa proposition était un « plan gauchiste ».

« C’est un sujet stratégique, a déclaré Smotrich. Le sujet des implantations relève de la responsabilité du gouvernement tout entier, pas du ministre de la Défense seul. Il n’y a aucune raison pour qu’un gouvernement de droite adopte un plan gauchiste. »

Yossi Dagan, qui dirige le Conseil régional de Samarie, s’était également exprimé sur le gel des implantations proposé, déclarant que « la déclaration malheureuse qui intervient avant que le président américain ne commence son mandat envoie un mauvais message à une nouvelle administration favorable. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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