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Analyse

Les initiatives prises pour ralentir Omicron en Israël pourraient sauver des vies

Une propagation plus graduelle du variant, c'est plus de temps pour immuniser les enfants, plus de temps pour des approvisionnements spéciaux si nécessaire - comme un vaccin adapté

Un employé de station service  près d'une affiche promotionnelle de journal à Pretoria, en Afrique du sud, le 27 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Denis Farrell)
Un employé de station service près d'une affiche promotionnelle de journal à Pretoria, en Afrique du sud, le 27 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Denis Farrell)

Israël ne pourra certainement pas maintenir le variant Omicron à distance mais retarder sa circulation dans le pays pourrait sauver des vies, disent les experts.

« S’il est aussi infectieux qu’on le suppose, alors il va se propager largement mais si nous pouvons gagner ne serait-ce que deux semaines avant qu’il ne circule en Israël, alors on pourra se préparer et on pourra le faire beaucoup mieux », commente le docteur Oren Kobiler, microbiologiste à l’université de Tel Aviv, auprès du Times of Israel.

Le cabinet Corona, samedi soir, a appelé à l’extrême vigilance face au virus et à empêcher son apparition. Il a approuvé de nouvelles restrictions susceptibles de contenir un peu la propagation du variant Omicron de la COVID-19, qui a été identifié pour la toute première fois en Afrique du sud, la semaine dernière, et qui a été depuis retrouvé au sein de l’État juif. Les ministres du cabinet de haut-niveau ont voté l’interdiction d’entrée sur le territoire israélien de tous les ressortissants étrangers pour une période de deux semaines.

Quand des experts comme Kobiler parlent de « préparation », ils n’évoquent pas le niveau de préparation dans les unités hospitalières spécialisées – elles sont en alerte en permanence – mais plutôt les aptitudes du pays à faire face à ce que pourraient être les difficultés spécifiques posées par le variant Omicron.

« Avec les variants précédents, nous avions deux ou trois mutations dans un domaine déterminant du virus qui s’appelle le domaine récepteur-grippant, ou récepteur RBD », explique Kobiler. « Avec ce variant, nous en avons 16, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’un virus très différent – et nous savons ainsi qu’il change beaucoup sans pour autant savoir exactement ce que cela signifie ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné le nombre important de mutations survenues lorsqu’elle a catégorisé cette souche. Elle a indiqué que « ce variant présente un nombre très important de mutations et certaines sont préoccupantes. Des éléments préliminaires suggèrent un risque de réinfection accru avec ce variant, comparativement aux autres variants qui avaient pu nous inquiéter ».

Des voyageurs portant le masque arrivent à l’aéroport Ben-Gurion après qu’Israël a interdit l’entrée des ressortissants étrangers pour contrer l’apparition d’un nouveau variant du coronavirus, le 28 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Ces différences significatives préoccupent, notamment concernant l’efficacité du vaccin face à cette nouvelle souche. « Il est probable que certains anticorps sur lesquels nous nous reposons n’entreront plus en jeu avec ce variant », estime Kobiler, qui note que cela pourrait amoindrir les bénéfices apportés par les anticorps produits par la vaccination ou par une rémission du coronavirus.

Moderna a admis que le variant Omicron représente « un risque potentiel significatif » pour son vaccin et les autres firmes examinent actuellement l’impact potentiel de la souche sur leurs propres injections.

La compagnie a ainsi fait savoir que « le variant Omicron qui a été récemment décrit comprend des mutations qui avaient été constatées dans le variant Delta – des mutations qui augmenteraient la transmissibilité – et les mutations qui avaient été observées dans les variants Beta et Delta, et qui favoriseraient l’évasion immunitaire. La combinaison de toutes ces mutations présente un risque potentiel, celui d’accélérer la baisse de l’immunité naturelle ou vaccinale ».

La logique adoptée par les autorités sanitaires décidées aujourd’hui à tenter de conserver Omicron à distance du territoire, c’est que chaque jour gagné peut renforcer les capacités d’un pays à affronter ce nouvel ennemi.

Un employé du Magen David Adom prélève un échantillon dans une station de dépistage rapide de Lod, dans le centre d’Israël, le 17 octobre 2021. (Crédit :Yossi Aloni/Flash90)

Yael Paran, responsable adjointe du service d’épidémiologie au sein de l’hôpital Ichilov à Tel Aviv, explique au Times of Israel que si elle pense que le gouvernement va trop loin avec ses contrôles des frontières, elle souscrit à l’initiative plus générale visant à retarder la propagation d’Omicron.

« En termes très généraux, le temps peut nous donner la chance de faire immuniser un plus grand nombre d’enfants avec les vaccins que nous avons actuellement à disposition », dit-elle. « Et si nous constatons que les vaccins existants ne sont pas suffisamment efficaces, que la situation se détériore fortement, cela peut nous donner une chance de nous approvisionner en vaccins spécialement adaptés pour cette mutation ».

Un garçon israélien Itamar, 5 ans, reçoit une dose du vaccin Pfizer/BioNTech Covid-19 à l’Organisation des services de santé Meuhedet à Tel Aviv, le 22 novembre 2021, alors qu’Israël commence sa campagne de vaccination contre le coronavirus pour les enfants de 5 à 11 ans. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Kobiler précise que si le variant démontre une forte capacité à esquiver les anticorps, les espoirs des scientifiques portent sur des anticorps susceptibles d’être efficaces sous la forme de cocktails produits par les firmes pharmaceutiques. Une fois que les connaissances seront plus importantes s’agissant des anticorps qui ont – ou qui n’ont pas – un impact sur le nouveau variant, les scientifiques pourront identifier les cocktails d’anticorps qui peuvent aider à lutter contre cette souche, ils pourront orienter la production pharmaceutique en conséquence et offrir le temps nécessaire aux médecins pour s’approvisionner.

Kobiler pense que le temps est un allié – car l’intervalle sera plus court entre l’arrivée du variant Omicron en Israël et l’approbation attendue des nouveaux médicaments contre la COVID-19 qui ont été développés par Pfizer et par les laboratoires Merck & Co. Si cette nouvelle souche entraîne une recrudescence des cas, avec des cas graves, cet élément de gain de temps pourrait s’avérer déterminant, affirme-t-il.

Il pense que si les Israéliens doivent être inquiets, ils ne doivent pas céder pour autant à la panique. « Je ne suis pas pessimiste », s’exclame-t-il. « Je pense que nous devons observer ce qui se passe et en tirer les leçons au fur et à mesure ».

Il souligne qu’à ses yeux, les initiatives prises sont utiles. Il ajoute que s’il s’avère que certains anticorps sont impuissants face au variant Omicron, d’autres pourraient bien rester efficaces : « Certains des anticorps sur lesquels nous comptions pourraient bien ne pas faire leur travail mais le corps génère un grand nombre d’anticorps et de lymphocytes T, et il y a une très grande chance que certains soient performants ».

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