Les Palestiniens ravis de voir Netanyahu partir, mais Bennett est-il différent ?
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Les Palestiniens ravis de voir Netanyahu partir, mais Bennett est-il différent ?

A Ramallah, les politiciens de l'opposition affirment qu'un "changement de gouvernement", s'il se concrétise, représenterait tout sauf un changement pour les Palestiniens

Des Palestiniens agitent des drapeaux nationaux lors d'une manifestation contre la normalisation des liens entre les Emirats arabes unis et le Bahreïn avec Israël, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 septembre 2020. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)
Des Palestiniens agitent des drapeaux nationaux lors d'une manifestation contre la normalisation des liens entre les Emirats arabes unis et le Bahreïn avec Israël, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 septembre 2020. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Lors d’entretiens téléphoniques avec le Times of Israël lundi, deux hauts responsables politiques palestiniens se sont montrés sceptiques quant au fait qu’un gouvernement israélien, dirigé par le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, puisse effectivement apporter un changement à la réalité palestinienne.

Lundi après-midi, plusieurs membres clés de l’opposition au Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ont fait part de leur détermination à former un gouvernement sans lui.

De nombreux Palestiniens n’apprécient pas Netanyahu, considérant que leur cause nationale a été reléguée au second plan tout au long des douze ans de son mandat.

Mais Bennett, son remplaçant potentiel immédiat, est un partisan des implantations de Cisjordanie et serait encore moins susceptible d’être ouvert à une quelconque concession avec les Palestiniens.

« Au niveau individuel, il n’y a pas une grande différence entre eux. Peut-être que Bennett serait un peu plus extrémiste ou radical », a déclaré Nasser al-Kidwa, ancien membre du Comité central du Fatah et éminent critique du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

L’ancien responsable du Fatah, Nasser al-Kidwa, au centre gauche, et l’épouse de Marwan Barghouti, Fadwa, au centre droit, quittent le bureau de la Commission électorale centrale palestinienne après avoir enregistré leur liste commune pour les prochaines élections parlementaires de mai, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 31 mars 2021. (Crédit : AP/Nasser Nasser)

Selon l’accord proposé, Bennett serait le premier à occuper le poste de Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation avec le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, dont le parti est le plus important dans le bloc des partis qui cherchent à renverser Netanyahu.

Les deux hommes n’ont cependant pas encore trouvé d’accord définitif.

« Il y a encore beaucoup d’obstacles sur la voie de la formation du nouveau gouvernement », a reconnu Lapid lundi à la presse.

Mustafa Barghouti, un politicien chevronné de l’opposition de Ramallah qui dirige l’initiative nationale palestinienne, a déclaré que le seul point positif était que les affaires de corruption de Netanyahu pourraient avancer sans problème une fois que le Premier ministre se serait retiré.

Netanyahu est actuellement mis en examen pour corruption, fraude et abus de confiance.

« La seule chose positive serait que Netanyahu parte et soit poursuivi en justice. Mais un autour de Bennett est inquiétant pour nous… ce ne sera pas un gouvernement capable de faire la paix », a déclaré Barghouti.

Al-Kidwa a convenu que le fait que Netanyahu se retire enfin serait un développement positif « pour le bien de la paix et pour la région dans son ensemble. »

« Mais en même temps, nous ne devons pas trop nous tromper sur l’avenir », a déclaré Al-Kidwa. « Encore une fois, ils sont essentiellement identiques. »

Le leader de l’Initiative nationale palestinienne, Mustafa Barghouti, à Bethléem, en Cisjordanie, le 11 août 2017. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Le porte-parole du président de l’AP n’a pu être contacté pour rebondir sur ces propos.

Bennett est à la tête du parti de droite Yamina et les résidents des implantations de Cisjordanie constituent l’une des bases les plus solides de son électorat.

Il a auparavant dirigé le Conseil de Yesha, un réseau de conseils municipaux d’implantations et s’est formellement élevé contre la formule « terre contre paix » et contre le statut d’état palestinien.

Son programme électoral prévoit l’annexion de la zone C de la Cisjordanie, et l’octroi aux palestiniens d’une « autonomie quasi-totale », dans le reste du territoire.

Dans un discours annonçant sa décision de rejoindre le bloc du changement dimanche, Bennett a admis que la liste des partis de la coalition serait limitée quant aux points sur lesquels elle pourrait se mettre d’accord, mais il a juré que « ce n’est pas un gouvernement qui procédera à des désengagements (des implantations), ni qui cédera des territoires. »

D’autres politiciens du « bloc du changement », ont également déclaré que le gouvernement qu’ils proposent serait trop fragile pour traiter de questions controversées, telles que la création d’un état palestinien.

« Comment la question palestinienne peut-elle être suspendue alors qu’il s’agit, en fin de compte, de la question la plus importante qui se pose ? La fuite devant le problème, les déclarations que nous avons vues de la part de M. Bennett, tout cela n’est pas de bon augure », a déclaré Barghouti.

Quoi qu’il en soit, si un gouvernement Netanyahu ou Bennett est formé, il sera inédit, et ce parce qu’il reposera sur l’abstention du parti islamiste conservateur Ra’am, marquant la première fois qu’un parti arabe a permis à un Premier ministre de droite de prendre le pouvoir.

Le leader de Raam, Mansour Abbas, a provoqué une vaste controverse parmi les arabes israéliens pour sa volonté de s’associer à la droite juive israélienne.

L’islamiste a fait campagne sur l’obtention de réalisations tangibles pour les arabes israéliens, en matière de budgets et d’infrastructures, ce qui a fortement divisé son électorat.

Néanmoins, Abbas a reçu quatre mandats lors du vote de mars, garantissant ainsi qu’aucun gouvernement ne puisse être formé sans son soutien.

Raam a suspendu les pourparlers de coalition pendant les hostilités entre Israël et le Hamas, mais les a repris une fois les combats terminés.

Lundi soir, les médias israéliens ont rapporté qu’Abbas avait presque conclu un accord avec le bloc du changement.

Les principales demandes d’Abbas, selon les rapports, portaient sur des budgets supplémentaires pour les communautés arabes et l’annulation d’une loi de 2017 visant les constructions arabes illégales.

Barghouti a toutefois rejeté l’idée que le chef du parti Raam, Mansour Abbas, gagnerait quoi que ce soit à soutenir la droite israélienne.

« Je ne crois pas que son approche permette d’obtenir quoi que ce soit pour les Palestiniens à l’intérieur d’Israël.

Cela a déjà été tenté auparavant et cela n’a pas fonctionné. Il y a un système raciste à l’œuvre ici », a déclaré Barghouti.

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