Les partis se bousculent pour sortir de l’impasse de la coalition
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Les partis se bousculent pour sortir de l’impasse de la coalition

Avant les consultations avec Rivlin, les factions signalent leur désir d'aller au-delà des failles ; les ultra-orthodoxes pourraient vouloir travailler avec Lapid

Le président Reuven Rivlin, (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le leader de Kakhol lavan,  Benny Gantz, lors d'une cérémonie de commémoration de feu le président Shimon Peres au mont Herzl de Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président Reuven Rivlin, (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d'une cérémonie de commémoration de feu le président Shimon Peres au mont Herzl de Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les nouvelles factions élues à la 22ème Knesset ont passé la journée de jeudi à s’engager dans une gamme vertigineuse de manœuvres politiques alors qu’elles se bousculent pour obtenir des postes en amont des consultations qui auront lieu avec le président concernant la personnalité qui sera désignée Premier ministre d’Israël, et qui débuteront dimanche.

Kakhol lavan et le Likud cherchent tous deux à élargir leur influence dans les négociations de gouvernement tandis que les partis moins importants – depuis les formations de gauche du Camp démocratique et Travailliste-Gesher jusqu’aux factions ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah – cherchent des moyens de se garantir un siège dans la future coalition, indépendamment de celui qui la dirigera.

Alors que les responsables électoraux ont achevé le décompte des votes, il s’avère que c’est Kakhol lavan qui domine le Likud par une avance d’environ 35 000 voix, lui offrant 33 sièges contre 31 pour le Likud.

Si aucune des formations ne bénéficie de suffisamment de soutien de la part de sa base pour former une coalition au pouvoir de 61 sièges, chacune des parties cherche à présenter au président Reuven Rivlin le dossier le plus important pour obtenir la mission de construire un gouvernement.

Le possible arbitre dans les négociations à venir, Yisrael Beytenu, avec à sa tête Avigdor Liberman, a laissé fuiter des déclarations contradictoires dans la journée de jeudi, affirmant tout d’abord qu’il soutiendrait Gantz en tant que Premier ministre pour tenter de s’assurer qu’il établirait bien une coalition d’unité laïque puis en suggérant qu’il ne recommanderait finalement personne au président.

Yisrael Beytenu craindrait que Kakhol lavan et le Likud, qui ont tous les deux une majorité inattaquable au parlement, puissent mettre en place un gouvernement d’unité auquel il ne participerait pas – ou pire, avec les partis ultra-orthodoxes.

Selon la Treizième chaîne, Kakhol lavan a tenté d’apaiser ses craintes, Gantz promettant, selon des informations, que le parti centriste ne rejoindrait aucune coalition sans lui.

Kakhol lavan, pour sa part, craint que si Liberman a le sentiment d’être laissé de côté dans une alliance Likud-Kakhol lavan, il pourrait se tourner vers le Premier ministre en offrant à ce dernier sa majorité de droite et religieuse.

Avigdor Liberman, leader de Yisrael Beytenu, visite le centre commercial Sarona Market à Tel Aviv le jour des élections, le 17 septembre 2019. (Miriam Alster/Flash90)

Le beau-frère de Netanyahu lui-même, Hagai Ben Arzi, lui a vivement recommandé jeudi de tenter de rester proche de Liberman à tout prix.

« Offrez à Liberman un accord de rotation », a suggéré Ben Arzi sur le site d’information de droite Arutz 7 – ce qui permettrait à Liberman d’accéder au poste de Premier ministre pendant la moitié du mandat.

Mais Liberman a d’ores et déjà juré de manière répétée qu’il n’intégrerait pas un gouvernement où siégeraient les partis haredi et il a clamé qu’il ne renoncerait pas à sa demande d’adoption d’une législation sur le recrutement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée – une loi à laquelle s’opposent le Shas et Yahadout Hatorah.

Les formations haredi, pour leur part, qui savent qu’elles seront tenues à l’écart si la demande de Gantz d’un « gouvernement d’unité libéral » est mise en oeuvre, ont tenté de montrer jeudi qu’elles s’accommoderaient d’un gouvernement d’unité.

Le Shas et Yahadout HaTorah ont fait, tous les deux, des déclarations innatendues, dans la soirée de jeudi, annonçant qu’ils étaient prêts à siéger auprès du numéro deux de Kakhol lavan, le laïc Yair Lapid, longtemps considéré comme persona non-grata aux yeux des autorités rabbiniques du monde ultra-orthodoxe.

Les députés du parti Degel Hatorah, qui appartient à la faction Yahadout HaTorah, ont promis lors d’une rencontre avec Netanyahu, jeudi soir, de parler à leur chef spirituel, Rabbi Chaim Kanievsky, sur la levée de leur boycott de Lapid, montrant leur flexibilité dans les pourparlers à venir.

L’autre faction formant Yahadout HaTorah, Agudat Yisrael, consultera de manière similaire ses rabbins sur la question même si la Douzième chaîne a fait savoir jeudi qu’elle attendait d’entendre l’avis de Kanievsky avant d’aller de se positionner réellement.

Un communiqué transmis par Aryeh Deri, leader du Shas, a annoncé que le mouvement était prêt à siéger avec Lapid malgré une campagne amère au cours de laquelle ce dernier avait été accusé d’antisémitisme.

Chaim Kanievsky (Crédit : capture d’écran YouTube)

Lapid est honni dans les cercles ultra-orthodoxes pour les politiques laïques mises en place durant son passage au gouvernement, en 2013-2014, qui, avaient-ils estimé, avaient pris pour cible la population haredim.

Après l’information du positionnement de Yahadout HaTorah, le parti a éclairement établi que Lapid avait dû faire le premier pas en renonçant à son propre boycott annoncé de Netanyahu.

Les formations ultra-orthodoxes soutiennent Netanyahu, ont annoncé les spécialistes, parce qu’ils le considèrent comme leur seul espoir pour empêcher la formation « d’un gouvernement d’unité libéral » sans eux.

La Onzième chaîne a noté que Kakhol lavan pouvait prévoir de s’ouvrir au Shas qui seul pourrait donner à Gantz, à la gauche et à Liberman une étroite majorité de 61 sièges. C’est une alliance improbable – même si des choses plus étranges ont pu arriver dans les politiques israéliennes de coalition.

De manière plus concrète, Gantz prévoit de rencontrer Amir Peretz, à la tête de l’union de la formation Travailliste-Gesher, dont la faction de six sièges pourrait placer une coalition de droite-haredim, pour Netanyahu, en majorité, avec 61 sièges.

Cette réalité a amené Kakhol lavan à être prêt à offrir des conditions qui n’ont pas été spécifiées – mais qui seraient généreuses – à la formation de centre-gauche.

Les coprésidents du parti Travailliste-Gesher, Amir Peretz et Orly Levy-Abekasis s’entretiennent avec des électeurs potentiels afin de les convaincre de voter pour le « parti Travailliste-Gesher » au siège du parti à Tel Aviv, le 15 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le Likud a d’ores et déjà entamé la conversation avec l’alliance Travailliste-Gesher pour discuter des conditions nécessaires pour obtenir son soutien.

Selon plusieurs médias en hébreu, le Likud a offert à Peretz, jeudi, d’occuper le poste de ministre des Finances – un projet pour le moins séduisant pour l’ex-syndicaliste et défenseur de l’Etat social. Il a également proposé à la petite faction deux postes supplémentaires dans des ministères qui n’ont pas été précisés, une hausse du salaire minimum (ce qui a longtemps été une priorité pour Peretz), l’enseignement gratuit dans les universités pour les soldats à la sortie de leur service militaire et une loi sur la retraite universelle obligatoire.

Cette offre dont la générosité aura été calculée – et qui sera également onéreuse – avait été réfléchie pour donner à Peretz une raison suffisante de renoncer à sa promesse antérieure de ne pas servir dans un gouvernement de Netanyahu.

Il lui est ainsi dorénavant possible d’expliquer que refuser cette proposition coûterait trop cher à la classe ouvrière israélienne.

Pour le moment, selon des informations qui ont été transmises jeudi soir, Peretz aurait indiqué avoir décliné l’offre.

Les négociateurs du Likud ont expliqué à la Treizième chaîne, jeudi, qu’ils « n’excluent aucun parti, pas même le Meretz » dont le leader Nitzan Horowitz est à la tête de l’alliance progressiste du Camp démocratique.

Gantz a rencontré Horowitz jeudi, et les conseillers de l’ancien général ont indiqué aux journalistes qu’il voulait rencontrer le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, pour demander à l’alliance des factions à majorité arabe de le recommander au poste de Premier ministre.

Le député de la Liste arabe unie Ayman Odeh lors de l’annonce des premiers résultats à la Knesset, le 17 septembre 2019 (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Selon Kan, jeudi soir, Odeh demanderait des promesses politiques spécifiques comme conditions préalables à sa recommandation au président.

Une réponse de Kakhol lavan aux informations transmises par Kan a indiqué que Gantz pensait qu’il pourrait obtenir la désignation du président comme Premier ministre sans la recommandation de la Liste arabe unie.

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