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Médaillé par le maire RN Louis Aliot, Serge Klarsfeld se justifie

Disant comprendre la polémique, l'historien et avocat de 87 ans, figure de la mémoire de la Shoah, a affirmé sur France Inter tenir "compte aussi de l'intérêt général"

Le chasseur de nazis français Serge Klarsfeld lors de son discours à l'occasion de la Journée du devoir de mémoire, à la Grande Loge de France, à Paris, le 11 décembre 2010. Sa femme Beate est assise à gauche. (Crédit : AP / Rémy de la Mauvinière)
Le chasseur de nazis français Serge Klarsfeld lors de son discours à l'occasion de la Journée du devoir de mémoire, à la Grande Loge de France, à Paris, le 11 décembre 2010. Sa femme Beate est assise à gauche. (Crédit : AP / Rémy de la Mauvinière)

La figure de la mémoire de la Shoah en France, Serge Klarsfeld, a provoqué une polémique dans le pays en acceptant une médaille d’un maire d’extrême droite, décision qu’il a justifiée vendredi par « l’évolution » de l’élu, Louis Aliot.

Les historiens Denis Peschanski et Renée Poznanski ont qualifié cet épisode de « triste et grave » dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien Libération.

« Tu sembles avaliser l’idée selon laquelle seule l’attitude à l’égard de la Shoah est pertinente pour évaluer la place idéologique et politique qui est celle d’un mouvement ou d’un parti », écrivent-ils.

Le geste des époux Serge et Beate Klarsfeld « n’efface aucun des combats menés tout au long de leur vie », reconnaît Dominique Sopo, président de SOS racisme dans une tribune publié par Le Monde. Mais il ajoute qu’il « doit être qualifié pour ce qu’il est : irresponsable ».

La remise de médaille de la ville de Perpignan, dans le sud de la France, a eu lieu le 13 octobre.

Cofondateur de l’association des « Fils et filles de déportés juifs de France » et auteur du Mémorial de la déportation des Juifs de France, un ouvrage de référence, Serge Klarsfeld a déclaré comprendre la polémique sur la radio France Inter. Mais l’historien et avocat de 87 ans a aussi affirmé tenir « compte aussi de l’intérêt général ».

« Quand je vois des gens qui se rallient à nos valeurs, qui condamnent, comme Louis Aliot l’a fait, la rafle du Vel d’Hiv (…), qui respectent la mémoire de la Shoah (…), quand je vois qu’il s’oppose au grand remplacement et à la ligne identitaire des purs et durs du RN (Rassemblement national), eh bien, je ne peux que le constater », a-t-il affirmé.

« L’ADN de tout parti d’extrême droite, c’est l’antisémitisme. Or, je vois qu’il y a une évolution chez certains et je pousse à cette évolution pacifique », a-t-il poursuivi. Il a dit préférer que « la droite extrême se droitise, évolue vers le camp républicain plutôt que de voir la droite passer du côté de l’extrême droite ».

Louis Aliot, dont le grand-père maternel était juif d’Algérie, est candidat à la présidence du RN, poste occupé précédemment par Marine Le Pen, son ancienne compagne.

Il est « conservateur, il est réactionnaire certainement », a ajouté Serge Klarsfeld. « Il était un ennemi politique, aujourd’hui, il devient un adversaire (…), donc il y a une évolution ».

Louis Aliot « ne parle ni d’islam, ni d’immigration, il évite les sujets clivants. Il a un discours policé au service de la fusion des droites. C’est un Jacobin, un conservateur compatissant, une espèce de centriste de l’extrême droite », selon le politologue Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite.

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