Moquant le serment de « loyauté » du Likud, les autres partis émettent les leurs
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Moquant le serment de « loyauté » du Likud, les autres partis émettent les leurs

Les Travaillistes disent être loyaux aux êtres humains, Shaked aux valeurs de droite ; Liberman : l'attitude de Netanyahu rappelle "la Corée du Nord" ; Pour Lapid, il "est paniqué"

Le dirigeant du Parti travailliste Amir Peretz signe l'engagement du parti en faveur des valeurs humaines, Tel Aviv, le 4 août 2019. (Autorisation)
Le dirigeant du Parti travailliste Amir Peretz signe l'engagement du parti en faveur des valeurs humaines, Tel Aviv, le 4 août 2019. (Autorisation)

Se moquant du Likud qui oblige ses candidats aux prochaines élections à signer un engagement de soutien sans équivoque au Premier ministre Benjamin Netanyahu, les militants du Parti travailliste ont placé lundi un panneau dans le centre de Tel Aviv pour inciter les passants à jurer fidélité aux êtres humains, et la Droite Unie a annoncé qu’elle exigerait un serment d’allégeance à ses valeurs.

« Le Likud s’engage auprès de Bibi, nous nous engageons auprès des êtres humains », peut-on lire dans la déclaration du Parti travailliste sur le boulevard Rothschild de la ville, en utilisant le surnom du Premier ministre.

Parmi les signataires figurait le dirigeant Amir Peretz, qui a déclaré que son parti entendait évincer Netanyahu.

« La paranoïa de Netanyahu a franchi toutes les limites. Il semble aussi comprendre que ses jours sont comptés. Ils s’engagent à ne pas remplacer Bibi, nous nous engageons à le remplacer, lui et ses méthodes », a-t-il dit.

« Netanyahu préfère payer le prix du conflit et non le prix politique d’une solution pour ne pas bouleverser l’extrême droite messianique dont il dépend pour continuer son règne et pour sa liberté », a ajouté Peretz.

Bien qu’ils se soient engagés à ne pas tenter de destituer Benjamin Netanyahu de son poste de dirigeant du Likud, des cadres du parti songent en privé à revenir sur leur promesse si le Premier ministre ne parvenait pas à former de coalition après les élections de septembre.

Une source du Likud a été citée par la Douzième chaîne minimisant la signification par la promesse de loyauté signée dimanche par les 40 principaux candidats du parti.

D’après cette source, si les négociations de coalition échouaient de nouveau, comme ce fut le cas après le scrutin d’avril, les membres du Likud seraient contraints de “prendre des décisions difficiles”.

Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice et dirigeante du parti HaYamin HaHadash, intervient lors d’une conférence de presse devant son domicile à Tel Aviv, le 25 juillet 2019. (Avshalom Shoshoni/Flash90)

Pendant ce temps, alors qu’elle parlait de la promesse du Likud un jour plus tôt, Ayelet Shaked, la dirigeante de la Droite Unie, a annoncé que les candidats sur sa liste devront signer un engagement envers dix valeurs de droite.

Il s’agissait notamment de faire respecter la loi de l’État-nation déclarant qu’Israël est un État juif, de s’opposer à la création d’un État palestinien et à tout retrait israélien de Cisjordanie et de mettre en œuvre la pleine souveraineté israélienne sur ce territoire, de renforcer l’identité juive, de lutter contre l’immigration illégale dans le pays et de mener une lutte « décisive et sans compromis » contre le terrorisme.

Les efforts du Likud pour forcer ses candidats à prêter allégeance à Netanyahu ont été déployés dimanche après qu’Avigdor Liberman, dont le parti Yisrael Beytenu est actuellement censé être le faiseur de roi de la coalition après les élections du 17 septembre, a esquissé un scénario dans lequel Netanyahu pourrait être évincé en tant que chef du parti au pouvoir s’il rejetait le gouvernement d’unité proposé par Liberman entre le Likud, Yisrael Beytenu et Kakhol lavan.

Liberman a suggéré que le président de la Knesset, Yuli Edelstein, membre du Likud, pourrait remplacer Netanyahu, poussant Edelstein à déclarer que le Premier ministre était le « seul candidat du Likud au poste de Premier ministre ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président de la Knesset Yuli Edelstein arrivent pour un événement conjoint organisé entre le Parlement israélien et le Congrès américain, célébrant le 50e anniversaire de la réunification de Jérusalem à la Knesset, le 7 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

« Nous, soussignés, candidats au Likud pour la 22e Knesset, soulignons que nous ne serons influencés par aucun autre parti. Indépendamment des résultats des élections, le Premier ministre et président du Likud Benjamin Netanyahu est le seul candidat du Likud au poste de Premier ministre – et il n’y aura pas d’autre candidat », stipulait la promesse signée par les candidats du Likud.

« Merci aux membres du Likud pour leur soutien sans équivoque. Le Likud est plus uni que jamais », a tweeté Netanyahu après la publication de la lettre d’engagement.

Le co-président de Kakhol lavan, Yair Lapid, à la session d’ouverture de la nouvelle Knesset, le 30 avril 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Après que la lettre a été reprise pour la première fois par le site d’information Ynet, Yair Lapid, n°2 de Kakhol lavan, a déclaré que son parti était effectivement en pourparlers avec des membres du Likud sur un successeur possible de Netanyahu.

Dimanche soir, lors d’un événement avec des membres du Likud dans la station balnéaire d’Eilat, dans le sud du pays, Netanyahu a déclaré : « Ils veulent vraiment détruire la démocratie, car ils ont un complot louche ».

« Quel est ce complot louche ? Lapid, Liberman, quelques autres, ont un complot louche. Je ne serais pas surpris si certains venaient aussi de la droite », a-t-il poursuivi. « Quel est le plan ? Ils veulent réaliser leur ambition d’être Premier ministre, mais ils ont un problème parce que le public choisit le Likud ».

Lapid a répondu en narguant le Premier ministre dans un tweet : « Le fait que vous soyez paranoïaque ne veut pas dire que nous ne sommes pas contre vous ».

Lundi, Lapid a déclaré au radiodiffuseur public Kan que la promesse de loyauté du Likud était « un signe de la faiblesse de Netanyahu ».

« Seul quelqu’un en panique totale fait signer tout le monde pour dire combien il est merveilleux, combien il est grand et combien ils croient en lui », a déclaré Lapid.

Liberman a déclaré lundi que le serment du Likud évoquait la Corée du Nord.

« La signature scandaleuse d’une déclaration de loyauté de style nord-coréen par les députés de la Knesset montre le manque total de confiance de Netanyahu dans les membres de son parti », a écrit M. Liberman dans un message sur Facebook.

Netanyahu a rétorqué Sur WhatsApp que le Likud choisissait son chef par des primaires démocratiques. « Y a-t-il des primaires en Corée du Nord? Il n’y en a pas », a-t-il écrit, retournant l’accusation en soulignant que ses rivaux du parti Kakhol lavan ne tenaient pas de primaires.

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, lors d’une conférence de presse après la dissolution de la Knesset, et avant les nouvelles élections, à Tel Aviv, le 30 mai 2019. (Flash90)

Les commentaires de Liberman ces derniers jours, insistant sur le fait qu’il allait forcer un gouvernement d’unité, ont ravivé sa querelle avec Netanyahu, qui fait campagne pour conquérir les partisans du leader d’Yisrael Beytenu, dont la base est formée de migrants venant de l’ex-Union soviétique.

Autrefois allié politique, Liberman a refusé de rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu après les élections d’avril, à moins qu’un projet de loi officialisant les exemptions au service militaire obligatoire pour les étudiants de yeshiva ne soit adopté sans modification, une demande rejetée par les partenaires ultra-orthodoxes du Premier ministre.

Cette impasse a contribué à déclencher de nouvelles élections, car sans Yisrael Beytenu, il manquait un siège à Netanyahu pour obtenir une majorité gouvernementale.

Liberman s’est engagé à faire pression en faveur d’un gouvernement d’unité qui n’inclut pas les factions ultra-orthodoxes si personne ne peut former une coalition après les élections sans son Yisrael Beytenu.

Le Likud a rejeté l’idée d’un gouvernement d’unité, déclarant qu’il chercherait une coalition avec la droite et les partis religieux, tandis que Kakhol lavan a fait savoir qu’il y apporterait son soutien s’il excluait Netanyahu. Mais de récents sondages ont montré que Yisrael Beytenu s’est renforcé depuis le vote d’avril, ce qui signifie qu’il se retrouvera probablement en position de force en faveur d’un gouvernement d’unité après les élections.

Pour leur part, des commentateurs dans la presse israélienne remettaient en cause la valeur de cette rare pétition que chaque candidat du parti au pouvoir a dû signer.

« Les membres du Likud sont loyaux envers Netanyahu. C’est vrai, ils sont avec lui! Tant qu’il les porte au pouvoir… mais s’ils ont la chance de garder le pouvoir, ou du moins une partie, avec un chef qui n’est pas Netanyahu, alors ils vont reconsidérer (leur allégeance) », analysait dans le journal Maariv, Ben Caspit, auteur d’une biographie de Benjamin Netanyahu.

L’AFP a contribué à cet article.

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