Netanyahu devance Gantz malgré ses 3 inculpations
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Netanyahu devance Gantz malgré ses 3 inculpations

Après une campagne âprement disputée aux airs de référendum sur le régime de Netanyahu, le Likud devrait remporter 36-37 sièges, nettement plus que les 32-33 de Kakhol lavan

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'annonce des résultats des sondages de sortie des urnes, le 2 mars 2020. (Crédit : Twitter)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'annonce des résultats des sondages de sortie des urnes, le 2 mars 2020. (Crédit : Twitter)

En dépit de son inculpation pour corruption, abus de confiance et malversation, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devançait tard lundi soir son grand rival Benny Gantz à l’issue de leur troisième duel électoral en moins d’un an censé mettre un terme à la plus importante crise politique de l’histoire d’Israël.

Les sondages à la sortie des urnes diffusés après la fermeture des bureaux de vote créditent le Likud de M. Netanyahu de 36 ou 37 sièges sur les 120 du Parlement, contre 32 ou 33 pour la formation Kahol Lavan de son rival Benny Gantz.

Selon ces sondages, le bloc de droite, composé du Likud, du parti religieux Yamina et des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, obtiendrait 60 sièges sur les 120 que compte le Parlement israélien. Le bloc de centre-gauche obtiendrait 45 à 46 sièges, ce qui en laisse 14 à 15 pour les partis arabes.

« Merci », a rapidement tweeté avec un coeur M. Netanyahu, après la diffusion de ces projections.

« Bien que nous devons encore attendre les résultats définitifs, il ne fait aucun doute que le Premier ministre Netanyahu a obtenu un mandat claire de la population israélienne », a commenté Yohanan Plesner, président d’Israel democracy institute, un centre de recherche basé à Jérusalem.

« Quelle claque au visage » des procureurs, a réagi sur Twitter l’analyste politique israélien Amit Segal, en commentant les premiers résultats.

Dans les heures qui ont précédé les sondages de sortie des urnes, des rumeurs avaient circulé selon lesquelles Kakhol lavan était sur le point de subir une défaite cuisante. Elles étaient apparemment fondées sur des fuites des résultats des premiers sondages de sortie des urnes, ainsi que sur des responsables de divers partis.

Des sources au sein de Kakhol lavan ont déclaré précédemment au Times of Israël que la participation dans les bastions des principaux partis n’avait pas été assez bonne et que Netanyahu semblait être en bonne voie pour gagner un certain nombre de sièges, mais pas « nécessairement assez pour former un gouvernement ».

« Ils ne sont tout simplement pas » sortis voter, avait déclaré un responsable du parti à propos des habitants de Tel-Aviv, défaitiste.

Après les deux élections peu concluantes de l’année dernière, en avril et en septembre, les sondages dramatiques à la sortie des urnes prédisent que si Netanyahu parvient à rallier un seul député de l’opposition à sa cause, il atteindra la majorité nécessaire de 61 sièges, mettant ainsi fin à la crise politique.

A l’heure du nouveau coronavirus, ce vote a donné parfois lieu à des scènes de science-fiction dans des bureaux où du personnel électoral en combinaison de protection a accueilli des Israéliens entrés en contact avec des personnes contaminées ou ayant voyagé dans des pays touchés par l’épidémie.

Un bureau de vote spécial pour les Israéliens placés en quarantaine en raison des mesures pour lutter contre le coronavirus dans la ville de Modiin, le 2 mars 2020 (Crédit : Raoul Wootliff)

Les Israéliens ont voté pour tenter de mettre fin à la plus importante crise politique de l’histoire de l’Etat hébreu, après les élections en avril et septembre 2019 n’ayant pas réussi à départager le Likud de M. Netanyahu, 70 ans, et Kakhol lavan, le parti de M. Gantz, 60 ans.

Mais une chose avait changé depuis le dernier scrutin : l’inculpation de Benjamin Netanyahu, devenu en novembre le premier chef de gouvernement israélien en fonction à être mis en examen, et de surcroît pour corruption, malversations et abus de confiance.

A deux semaines de l’ouverture de son procès, le 17 mars, M. Netanyahu joue son avenir politique dans cette élection.

Actuellement, la loi stipule seulement qu’un Premier ministre doit démissionner s’il est reconnu coupable et que tous les appels ont été épuisés – un processus qui prendra au moins trois ou quatre ans – mais une décision antérieure de la plus haute cour d’Israël a empêché des ministres d’exercer s’ils font face à une inculpation pénale, et elle pourrait créer un autre précédent de ce type.

Toute la journée lundi et jusque dans les dernières minutes avant la fermeture des bureaux de vote à 22H00 (20H00 GMT), les deux camps ont multiplié les messages pour encourager les électeurs à se précipiter aux urnes et faire la différence dans l’ultime ligne droite de ce triathlon politique.

Vote arabe

Le Likud et le parti Kakhol lavan restent incapables d’obtenir une majorité de sièges au Parlement sans l’appui d’autres partis.

Les alliés de M. Netanyahu, les partis ultra-orthodoxes du Shass, du Yahadout HaTorah, ainsi que de la liste Yamina (droite radicale) ont fait une bonne performance selon les premières projections.

Le parti d’extrême droite Otzma Yehudit, n’a, comme prévu, pas réussi à franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 % dans tous les sondages à la sortie des urnes, après que son leader Itamar Ben-Gvir a résisté à l’immense pression exercée par Netanyahu pour quitter la course.

Kakhol lavan mise sur le soutien des partis de gauche, dont les premiers résultats sont plutôt décevants (6 ou 7 sièges au total), et pourrait bénéficier d’un appui de la Liste arabe unie, une formation qui regroupe des partis arabes israéliens qui avaient provoqué la surprise en septembre en gravissant la troisième marche du podium avec 13 sièges.

« Nous espérons cette fois en obtenir 16 », avait affirmé le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, dont l’objectif est de barrer la route à M. Netanyahu, « parrain » selon lui du plan du président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien. Lundi soir, le parti se dirigeait plutôt vers 14 sièges.

Dans ce duel qui pourrait s’annoncer serré, les regards pourraient se diriger dans la nuit vers Avigdor Liberman, chef de la formation nationaliste laïque Yisrael Beytenu, qui reste non alignée, et pourrait s’imposer en « faiseur de roi » en soutenant un des deux camps.

Les sondages à la sortie des bureaux de vote se sont récemment révélés très inexacts. S’ils ont réussi à prédire raisonnablement le résultat réel de l’élection précédente en septembre, les trois sondages ont divergé fortement en avril, ainsi que pour l’élection de 2015.

Les résultats officiels définitifs ne sont attendus que le 10 mars, laissant place à des semaines, voire des mois, de querelles de coalition.

La décision concernant le choix du prochain Premier ministre reviendra alors en dernier ressort au président Reuven Rivlin, qui rencontrera les dirigeants de tous les partis ayant franchi le seuil électoral, entendra qui chacun d’entre eux recommande comme Premier ministre et déterminera quel candidat a les meilleures chances de former une coalition d’au moins 61 des 120 membres élus de la Knesset.

Une campagne « sale »

M. Netanyahu a mené sa campagne sur le socle du projet Trump, en promettant l’annexion rapide de la vallée du Jourdain et d’implantations israéliennes en Cisjordanie, comme prévu par le plan.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), écoute le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), lors d’un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, pour annoncer le plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (AP Photo/Susan Walsh)

Benny Gantz soutient lui aussi le projet américain, mais a davantage fait campagne sur les problèmes judiciaires de son rival.

La campagne électorale a été marquée par des scandales, des mots parfois durs, voire des conversations personnelles de responsables politiques enregistrées à leur insu puis diffusées dans les médias.

« Nous ne méritons pas une autre campagne sale et lamentable comme celle qui s’est achevée aujourd’hui et nous ne méritons pas cette instabilité sans fin », a déclaré le président Reuven Rivlin, qui a dit ressentir une « honte profonde ».

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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