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Pas de progrès sur l’aménagement de l’espace égalitaire au mur Occidental

Les chefs de mouvements non orthodoxes ont rencontré le secrétaire du cabinet pour faire le point, suite aux promesses du Premier ministre d’améliorer l’espace de prière égalitaire

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Yizhar Hess, directeur-exécutif et directeur général  du mouvement conservateur en Israël à la cour suprême de Jérusalem, le 31 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yizhar Hess, directeur-exécutif et directeur général du mouvement conservateur en Israël à la cour suprême de Jérusalem, le 31 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

À l’issue d’une réunion avec le chef du cabinet, Shlomo Shalom, les dirigeants des mouvements réformés et conservateurs en Israël se sont dits déçus par l’absence quasi-totale de progrès suite aux promesses du Premier ministre d’améliorer l’espace de prière égalitaire du mur Occidental.

« D’une certaine manière, non seulement il n’y a eu aucun pas en avant, mais nous avons même régressé. C’est très décevant », a déclaré Yizhar Hess, ex-directeur du mouvement Massorti et actuel vice-président de l’Organisation sioniste mondiale (OSM).

Des dirigeants des mouvements réformistes et conservateurs en Israël et des Femmes du Mur, une organisation militant pour une plus grande égalité des sexes au mur Occidental, ont pris part à cette réunion.

« Le gouvernement n’a pas fait avancer les choses auxquelles nous nous attendions, même compte tenu des difficultés de la coalition. C’est une perte de temps, très décevante », a déclaré Hess au Times of Israel après la réunion.

« Nous sommes très déçus de nous être déplacés pour nous entendre dire que rien n’avait avancé », a déclaré Anna Kislanski, directrice du Mouvement Réformé et Progressiste juif en Israël.

Les propos de Kislanski et de Hess constituent un virage à 180 degrés par rapport à ceux qui avaient été tenus suite une réunion similaire, au cabinet du Premier ministre en début d’année, que tous avaient décrite comme étant des plus positives et chaleureuses.

Au cours de cette réunion, le Premier ministre Naftali Bennett avait expliqué aux dirigeants réformistes et conservateurs – d’Israël et des États-Unis – que le compromis du mur Occidental demeurerait manifestement gelé à court terme, en raison d’un manque de consensus sur la question au sein du gouvernement, rendant impossible l’adoption de la loi nécessaire pour mettre en œuvre l’accord. Bennett avait toutefois accepté de prendre un certain nombre de mesures concrètes pour a minima améliorer l’espace de prière égalitaire situé dans la partie sud du mur, connu sous le nom d’arche de Robinson.

Bennett avait décidé d’octroyer un financement pour des aménagements – normalement non pris en charge par le gouvernement, contrairement à l’esplanade principale du mur Occidental – et de renforcer la sécurité afin d’empêcher les militants ultra-orthodoxes d’envahir le site pendant les services de prière égalitaires, comme par le passé.

Les participants à la réunion de lundi avec Shlomo ont déclaré que rien n’avait bougé sur l’une ou l’autre question. Selon Kislanski, ces promesses sont restées lettre morte.

« Ils n’ont rien fait si ce n’est installer deux parasols », a-t-elle regretté.

« Ils ne sont même pas capables de tenir les extrémistes ultra-orthodoxes à distance de notre espace et les empêcher d’interrompre nos prières dans la partie Sud du mur Occidental. Ils entrent, voient que nous sommes en train de prier, installent des mehitzot sans rien nous demander et organisent des services de prière séparés », a expliqué Kislanski, utilisant le terme hébreu pour désigner les cloisons séparant les hommes des femmes dans les synagogues orthodoxes.

Hess a reconnu que l’instabilité gouvernementale et les difficultés auxquelles il était confronté actuellement empêchaient la mise en œuvre du compromis, qui aurait donné aux courants non orthodoxes du judaïsme une représentation au sein d’un conseil de gestion du mur Occidental et un financement pour l’espace de prière de l’Arche de Robinson.

« Le gouvernement n’est pas en capacité de mettre en œuvre le compromis complet – c’est une chose. Mais il pourrait faire d’autres choses importantes», a-t-il ajouté. Par exemple, le gouvernement pourrait réparer les balcons qui composent l’espace de prière égalitaire et permettre la réouverture de celui situé à côté du mur Occidental.

Prière au pavillon de prière pluraliste du mur Occidental, le 17 juillet 2014. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

« Depuis trois ans, nous n’avons pas pu toucher le mur Occidental [depuis l’espace de prière égalitaire]. Il n’y a pas d’accès au mur Occidental à partir de cet espace parce que le balcon est bloqué. On parle de ‘mur Occidental égalitaire’, mais il n’y a pas de mur ! », a-t-il regretté.

Hess a ajouté que malgré la « déception et la frustration », il ne gardait aucune rancœur contre le chef de cabinet.

« Ils ont fait en sorte de nous donner des explications et montrer qu’ils avaient fait certaines choses. Ce sont de bonnes personnes. Tous étaient de bonne composition, polis », a-t-il conclu.

Kislanski a évoqué le retour des visiteurs et touristes en Israël – y compris des Juifs non orthodoxes – dans un pays qui a rouvert ses frontières, après deux ans de restrictions en raison de la pandémie.

« Le tourisme et les cérémonies de bar et bat mitzvah [à l’espace de prière égalitaire] ont repris », a-t-elle déclaré.

Bien qu’il ne dirige plus officiellement le mouvement conservateur israélien, Hess demeure profondément impliqué et a averti que le « fait que le gouvernement traîne les pieds » sur le mur Occidental aurait un effet négatif sur les liens d’Israël avec la diaspora.

« C’est un gouvernement sur lequel nous avons fondé beaucoup d’espoir, et pour lequel j’ai encore beaucoup d’espoir. Si ce genre de gouvernement ne sait pas comment régler la question du fossé entre Israël et la diaspora, quel gouvernement le fera ? C’est une conclusion difficile, et c’est pourquoi notre déception est si forte», a conclu Hess.

Le cabinet du Premier ministre a refusé de commenter la réunion.

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