Ryad refuse une normalisation avec Israël mais opte pour une ouverture
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Campagne contre l'extrémisme dans l'enseignement

Ryad refuse une normalisation avec Israël mais opte pour une ouverture

L'épicentre de l'islam s'emploie à faire changer la perception des juifs, longtemps vilipendés par l'establishment religieux et les médias officiels

Le Prince Mohammed ben Salmane Al Saud, prince héritier d'Arabie Saoudite, assiste à une réunion des Nations unies à New York, le 27 mars 2018 (Crédit : Bryan R. Smith / AFP)
Le Prince Mohammed ben Salmane Al Saud, prince héritier d'Arabie Saoudite, assiste à une réunion des Nations unies à New York, le 27 mars 2018 (Crédit : Bryan R. Smith / AFP)

Des manuels scolaires expurgés de contenus antisémites à des sermons pour la tolérance religieuse : l’Arabie saoudite œuvre, avec une ouverture envers les juifs, à un autre type de normalisation avec Israël après avoir refusé d’établir dans l’immédiat des liens directs avec l’Etat hébreu.

Le royaume a clairement dit qu’il ne suivrait pas l’exemple des Emirats arabes unis et de Bahreïn qui ont établi des liens officiels avec Israël et ainsi rompu un « consensus arabe » conditionnant toute normalisation avec l’Etat hébreu à un règlement du conflit israélo-palestinien.

Puissance arabe et épicentre de l’islam, l’Arabie saoudite réalise que son opinion publique, qui reste favorable aux Palestiniens, n’est pas prête à une telle normalisation.

Mais elle s’emploie à faire changer la perception des juifs, longtemps vilipendés par l’establishment religieux et les médias officiels. Et elle jette ainsi les bases d’une éventuelle reconnaissance d’Israël.

Les manuels scolaires, autrefois connus pour dénigrer les juifs et les non-musulmans qualifiés de « porcs » et de « singes », sont en cours de révision sous l’impulsion du prince héritier, Mohammed ben Salmane, qui a lancé une campagne contre l’extrémisme dans l’enseignement, selon des responsables.

Dans cette photo du 24 octobre 2018 publiée par la Saudi Press Agency, SPA, le Prince héritier Mohammed ben Salmane intervient lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyadh, en Arabie Saoudite. (Saudi Press Agency via AP, File)

« Le gouvernement a aussi interdit le dénigrement des juifs et des chrétiens dans les mosquées », a déclaré l’analyste saoudienne Najah al-Otaibi. « Cette rhétorique était courante dans les prêches aux prières du vendredi diffusés à l’attention des musulmans du monde entier », a-t-elle ajouté.

Dans un revirement remarquable, un prédicateur a même déclenché une tempête médiatique début septembre en évoquant des relations amicales du prophète de l’islam Mahomet avec les juifs et en prônant la tolérance religieuse.

Abdel Rahmane al-Soudaiss, l’imam de la Grande mosquée de La Mecque, premier lieu saint de l’islam situé dans l’ouest de l’Arabie saoudite, avait pourtant alimenté par le passé les controverses pour ses opinions très antisémites.

Mohammed al-Issa, un Saoudien à la tête de la Ligue islamique mondiale, a été félicité par Israël en janvier pour avoir participé aux commémorations du 75e anniversaire de la libération du camp nazi d’Auschwitz.

Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz dont le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa (coiffé de blanc), le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Les autorités saoudiennes poursuivent elles aussi une politique de rapprochement avec des personnalités juives : en février, le roi Salmane a reçu un rabbin basé à Jérusalem, David Rosen, une première dans l’histoire moderne du royaume ultra-conservateur.

Elles ont autorisé la projection d’un film sur la Shoah lors d’un festival de cinéma finalement annulé en raison du coronavirus.

La chaîne saoudienne MBC a diffusé pendant le mois de jeûne du ramadan un feuilleton télévisé dans lequel on voit un personnage défendre des liens commerciaux avec Israël en déclarant que les Palestiniens étaient les « vrais ennemis » qui ne cessent d’insulter les Saoudiens malgré l’aide qu’ils reçoivent de Ryad.

Lorsqu’il s’agit d’établir des relations entre l’Arabie saoudite et Israël, la question est « quand » et pas « comment », dit Marc Schneier, un rabbin américain proche des dirigeants du Golfe.

Le week-end dernier, Arab News, le principal quotidien anglophone saoudien, a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux en publiant en hébreu sur Twitter et Facebook des voeux pour le Nouvel An juif.

Il a aussi publié des articles sur les juifs du Liban et en prévoit un autre sur une ancienne communauté juive qui vivait dans ce qui est aujourd’hui l’Arabie saoudite.

Son rédacteur en chef, Faisal Abbas, a déclaré à l’AFP que la couverture visait à établir un lien avec « les Juifs de tous les pays arabes ».

Les médias saoudiens qui qualifiaient Israël « d’entité sioniste », ont salué les accords avec les Emirats et Bahreïn, alliés et voisins du royaume saoudien.

Pour les experts, cette position indique que le royaume, poids lourd régional, n’est pas opposé à la normalisation avec Israël après avoir soutenu pendant des décennies les Palestiniens politiquement et financièrement.

Mais, souligne Giorgio Cafiero, directeur du Gulf State Analytics, une officialisation par Israël de ses liens avec des gouvernements arabes non élus « n’est pas la même chose que de faire la ‘paix’ avec les peuples arabes ».

« De quelle paix parle-t-on après les tueries et les guerres » a déclaré à l’AFP Bader, un jeune saoudien de Ryad, en allusion à Israël. « Ce sera difficile à réaliser et je ne la soutiendrai pas », dit-il.

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