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Scholz dit à Lapid « condamner sévèrement » les propos d’Abbas sur la Shoah

Le chef de l'exécutif allemand, largement critiqué pour son silence, a souligné "condamner sévèrement toute tentative de nier ou de relativiser l'Holocauste"

Le chancelier allemand Olaf Scholz prend la parole lors d'une conférence de presse, après une réunion sur les mesures à prendre pour enrayer la pandémie de COVID-19 avec les chefs de gouvernement des États fédéraux allemands, à la Chancellerie à Berlin, le 7 janvier 2022. (Crédit : John MacDougall/Pool/AFP)
Le chancelier allemand Olaf Scholz prend la parole lors d'une conférence de presse, après une réunion sur les mesures à prendre pour enrayer la pandémie de COVID-19 avec les chefs de gouvernement des États fédéraux allemands, à la Chancellerie à Berlin, le 7 janvier 2022. (Crédit : John MacDougall/Pool/AFP)

Le chancelier allemand Olaf Scholz a assuré jeudi à son homologue israélien « condamner sévèrement » toute tentative de relativiser la Shoah après les propos à Berlin du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui a comparé la politique israélienne envers les Palestiniens au génocide juif par l’Allemagne nazie.

« Les déclarations à Berlin du président Abbas sont insupportables et complètement inacceptables », a affirmé M. Scholz lors d’un entretien téléphonique avec Yaïr Lapid, selon des propos rapportés par la chancellerie allemande dans un communiqué.

Le chef de l’exécutif allemand a souligné « condamner sévèrement toute tentative de nier ou de relativiser l’Holocauste ».

MM. Scholz et Lapid ont convenu d’une « visite prochaine » du chef du gouvernement israélien à Berlin, a ajouté la chancellerie, sans plus de précisions.

Tommy Lapid est greffier pour le procès Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961. (Crédit : Government Press Office/Israel National Photo Collection)

M. Lapid a remercié le chancelier allemand « en tant que Premier ministre et en tant que fils de rescapés de l’Holocauste », selon cette source.

Interrogé mardi à la toute fin d’une conférence de presse conjointe avec M. Scholz sur l’attentat il y a cinquante ans lors des Jeux Olympiques de Munich de 1972, fatal à 11 Israéliens et perpétré par un groupe terroriste palestinien, M. Abbas avait comparé la situation dans les Territoires palestiniens par Israël à la Shoah.

« De 1947 à aujourd’hui, Israël a commis 50 massacres dans 50 villes palestiniennes (…), 50 massacres, 50 holocaustes et encore aujourd’hui il y a chaque jour des morts causées par l’armée israélienne », avait-il déclaré, provoquant un tollé essentiellement en Israël et en Allemagne.

M. Scholz s’était dit « dégouté » le lendemain par ces déclarations, mais son absence de réaction immédiate lui vaut d’être vertement critiqué en Allemagne, ajoutant : « Pour nous Allemands en particulier, toute relativisation de l’Holocauste est intolérable et inacceptable. » tandis que le président de l’Autorité palestinienne avait affirmé ne pas vouloir nier la « singularité » de la Shoah, « pire crime haineux de l’ère moderne ».

M. Scholz était lui-même critiqué, essentiellement par l’opposition conservatrice et certains médias, pour ne pas avoir réagi immédiatement aux déclarations lors de la conférence de presse, qui s’est achevée directement après cette réponse.

« Abbas relativise l’Holocauste… et Scholz se tait », titrait notamment le quotidien populaire Bild sur son site internet.

« Il est surprenant et déconcertant que le côté allemand n’était pas préparé aux provocations de M. Abbas, dont les déclarations sont restés sans contradiction », a commenté Christoph Heubner, vice-président du comité international d’Auschwitz.

Auparavant, lors de la conférence de presse, M. Scholz avait réfuté le terme d' »apartheid », utilisé par M. Abbas pour qualifier la politique d’Israël dans les territoires occupés. « Je ne pense pas que ce mot soit une description correcte de la situation », avait noté le chancelier.

« Mahmoud Abbas qui accuse Israël d’avoir commis ’50 holocaustes’ alors qu’il est sur le sol allemand n’est pas seulement une disgrâce morale mais un mensonge monstrueux (…) L’Histoire ne lui pardonnera jamais », avait alors réagi Lapid.

« Ceux qui cherchent la paix (…) ne doivent pas distordre la réalité et récrire l’histoire », a abondé son ministre de la Défense Benny Gantz, en accusant M. Abbas, avec qui il s’était entretenu il y a quelques mois, de « déni de l’Holocauste » avec cette « comparaison répréhensible et infondée ».

Dani Dayan, le président de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, a condamné des « déclarations ignobles » et un « comportement inexcusable » auquel « le gouvernement allemand doit répondre de manière appropriée ».

A Berlin, le Conseil central des Juifs d’Allemagne s’est dit « horrifié » par les propos du président palestinien.

« Je trouve scandaleux qu’une telle relativisation de l’Holocauste, surtout en Allemagne, reste sans contradiction lors d’une conférence de presse à la chancellerie », a commenté son président, Josef Schuster.

Charlotte Knobloch, représentante de la communauté juive de Munich et responsable au sein du World Jewish Congress, a de son côté demandé à l’Allemagne que ces déclarations aient des « conséquences » pour l’Autorité palestinienne, au delà de la condamnation verbale d’Olaf Scholz.

Le chancelier allemand Olaf Scholz, à droite, et le président palestinien Mahmoud Abbas lors d’une conférence de presse conjointe à Berlin, en Allemagne, le 16 août 2022. (Crédit : JENS SCHLUETER / AFP)

MM. Scholz et Lapid ont aussi discuté jeudi du programme « nucléaire iranien », a ajouté le bureau du Premier ministre israélien.

Israël, dont l’Iran est le principal ennemi, tente actuellement de convaincre les pays occidentaux, incluant le E3 (France, Allemagne, Grande-Bretagne), de s’opposer à un retour à l’accord sur le programme nucléaire de 2015 (JCPOA).

Au cours de cet échange le message de Lapid a été le suivant a indiqué à l’AFP un haut responsable diplomatique israélien : « Les Européens ont transmis une offre finale à l’Iran (…) en disant qu’elle était à prendre ou à laisser. L’Iran a refusé cette offre et il est par conséquent temps de quitter (les pourparlers). Tout autre chose serait un message de faiblesse ».

Selon cette source diplomatique, le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Lapid, Eyal Hulata, se rendra la semaine prochaine aux Etats-Unis afin « de discuter des moyens d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire ».

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