Service militaire : Ofir Akunis empêche la nomination d’une universitaire
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Service militaire : Ofir Akunis empêche la nomination d’une universitaire

Le ministre de la Science a bloqué la nomination de Yael Amitai au sein d'une fondation en raison d'une pétition de 2005 appelant les soldats à refuser de servir en Cisjordanie

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le ministre des Sciences et de la Technologie Ofir Akunis intervient lors de la séance plénière de la Knesset, le 26 avril 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Sciences et de la Technologie Ofir Akunis intervient lors de la séance plénière de la Knesset, le 26 avril 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Des personnalités politiques et des responsables d’universités ont critiqué lundi le ministre de la Science et de la Technologie Ofir Akunis pour avoir refusé la nomination d’une neuroscientifique israélienne au sein d’une fondation car elle avait signé par le passé une pétition exhortant les soldats de l’armée israélienne à refuser de servir dans les Territoires palestiniens.

Akunis a empêché la nomination du professeur Yael Amitai au conseil d’administration de la Fondation germano-israélienne pour la recherche scientifique et le développement, expliquant qu’en 2005, elle avait signé une pétition soutenant les soldats qui refusaient de servir au-delà de la Ligne verte, la limite du territoire d’Israël d’avant 1967.

« Le ministre de la Science estime qu’il est inapproprié pour quelqu’un qui encourage la désobéissance de représenter l’État d’Israël dans les forums internationaux », a déclaré un assistant.

Les opposants ont dit qu’Akunis a fait ce geste simplement pour gagner des points auprès de sa base politique.

Amitai elle-même a déclaré : « C’est insensé. Il a eu une année entière pour choisir quelqu’un qui n’avait pas signé la pétition. Il n’avait pas à faire cela à la dernière minute. Il y avait d’autres moyens de faire ce genre de choix tranquillement, mais il voulait faire du bruit. »

Le Comité des chefs d’université d’Israël a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à intervenir et à faire pression pour approuver la nomination d’Amitai, a rapporté le journal Haaretz.

« C’est une situation embarrassante pour Israël, a écrit le comité à Netanyahu, dans laquelle le ministre chargé de la Science ne recule devant rien pour promouvoir son image auprès de ses soutiens politiques, et sacrifie sur l’autel politique les intérêts d’Israël et de l’ensemble de la condition universitaire d’Israël, et met en jeu des millions d’euros destinés aux chercheurs et aux universitaires israéliens ».

La députée de l’opposition Tzipi Livni a tweeeté que le gouvernement « traque ses citoyens et ses scientifiques ». « Nous devons nous élever contre ce maccarthysme gouvernemental… Tout le monde doit choisir son camp. Ils vont essayer de prétendre que le problème est pour ou contre le refus [des ordres de l’armée] et nous allons dire clairement que le problème est pour ou contre un pays libre ».

La députée Tzipi Livni (Union sioniste) prend la parole lors de la réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem, le 11 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Son homologue de l’Union sioniste, la députée Ksenia Svetlova, a également critiqué Akunis.

« C’est à cela que ressemble la police de la pensée, c’est ainsi qu’ils ont stoppé les travaux d’Andreï Sakharov et de ses amis en Union soviétique », a-t-elle écrit, faisant référence au physicien nucléaire russe, dissident et activiste du désarmement. « Tout cela m’est douloureusement familier. »

Akunis a expliqué à une station de radio qu’il a bloqué la nomination d’Amitai non pas à cause de ses opinions, mais uniquement parce qu’elle avait signé la pétition.

« Le professeur Amitai ne représente pas qu’elle même, elle représente le pays », a-t-il ajouté. « Quand elle appelle à la désobéissance, à mon avis, elle ne peut pas représenter Israël. Je ne l’ai pas disqualifiée… à cause de ses opinions. Elle peut penser ce qu’elle veut. »

Dans un post publié sur sa page Facebook dimanche, Akunis a inclus une photo d’un article de presse sur sa décision et a écrit « Soutien à Tsahal – Campagne contre la désobéissance ».

Amitai a expliqué dans des interviews aux médias que la pétition qu’elle a signée ne s’opposait qu’au service en Cisjordanie et non au service militaire en général.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak, opposant farouche du gouvernement actuel, a écrit sur Twitter :  » Un nouveau sommet de stupidité et d’aberration. Le ministre des Sciences exclut une scientifique dans un domaine professionnel à cause de ses opinions politiques ? Vous êtes devenu fou ? Où sommes-nous ? A l’époque de l’Église et de Galilée ou de Giordano Bruno ? Ou dans Orwell’s 1984 ? Ce gouvernement est une blague. »

Ksenia Svetlova de l’Union sioniste (Miriam Alster / Flash90)

La Fondation israélo-allemande pour la recherche scientifique et le développement a été fondée en 1986. Selon le site web de la fondation, au cours des deux dernières années, elle a distribué 12 millions d’euros par an en subventions.

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