Soutenant la peine de mort, Netanyahu cherche à apaiser sa coalition
Rechercher
Analyse

Soutenant la peine de mort, Netanyahu cherche à apaiser sa coalition

Avec le projet de loi sur le Shabbat et les changements apportés au projet de loi de l'État juif, le Premier ministre semble vouloir apaiser ses partenaires gouvernementaux et éviter les élections

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Pendant des semaines, la coalition au pouvoir a semblé se diriger involontairement vers des élections anticipées.

La coalition a vacillé il y a trois semaines, avec la démission du ministre de la Santé Yaakov Litzman au sujet des travaux ferroviaires pendant Shabbat. Elle a été ébranlée par le refus catégorique du parti Koulanou de soutenir le projet de loi sur les « recommandations de la police » s’il devait s’appliquer aux enquêtes concernant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et auquel celui-ci a finalement cédé.

Le leader du Shas, Aryeh Deri, a intensifié les tensions et menacé de démissionner à moins que son projet de loi sur le Shabbat ne soit adopté, malgré l’opposition farouche d’Avigdor Liberman de Yisrael Beytenu et de plusieurs autres membres de la coalition. Liberman a clairement fait savoir qu’il s’opposait aussi au projet de loi israélien – longtemps voulu par Netanyahu et son parti du Likud ainsi que par le parti HaBayit HaYehudi – car cela compromettrait les droits des minorités et ferait d’Israël un « Etat halakhique [qui applique strictement la loi juive]. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires intérieures Aryeh Deri lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 3 décembre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Tout en soulignant qu’il ne voulait pas pousser Israël vers de nouvelles élections, Liberman est apparu avec Naftali Bennett en ravivant une partie de sa rhétorique anti-arabe – à la base de ses campagnes politiques passées. Il a averti que des élections, bien que non recherchées, seraient carrément la faute des partis ultra-orthodoxes. Et il a ravivé une demande longtemps endormie énoncée dans les accords de coalition : sa promesse de campagne de longue date pour faire progresser la peine de mort pour les terroristes.

Pendant ce temps, le Premier ministre a deux enquêtes criminelles qui planent au-dessus de sa tête ; son allié et président de la coalition, David Bitan, est interrogé par la police dans une affaire de corruption ; et des milliers de personnes à Tel Aviv se rassemblent depuis trois semaines consécutives pour protester contre la corruption qui sévit au sein du gouvernement.

Le président de la Coalition David Bitan arrive à la Knesset le 11 décembre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Ainsi, le leader du parti Koulanou, membre de la coalition, Moshé Kahlon, a été clair ce mois-ci. « C’est une période difficile », concédait le ministre des Finances le 4 décembre. « C’est désagréable d’être ministre dans un gouvernement en ce moment avec toutes ces enquêtes en cours ».

L’annonce de Kahlon sur la réduction de certains produits de consommation lors d’une conférence de presse tenue, alors que Netanyahu était à l’étranger, a également été perçue par les observateurs politiques israéliens comme une campagne visant à souligner des mesures prises en tant que trésorier du pays. Les gigantesques panneaux d’affichage de Koulanou qui ont surgi au cours des derniers mois à travers le pays illustrent clairement ses objectifs politiques à long-terme.

Ainsi, même si les dirigeants de la coalition ont averti que se rendre aux urnes serait une erreur, et que Netanyahu a maintenu que le gouvernement était aussi stable que possible, un retour aux urnes semble néanmoins probable.

Deux annonces dimanche ont cependant semblé donner un sursis à la coalition.

Maintenir la coalition heureuse

En premier lieu, le ministre du Tourisme, Yariv Levin, a annoncé que la coalition voterait bientôt sur le projet de loi de l’Etat juif en première lecture – mais sur sa version du projet de loi, excluant ostensiblement les changements qui auraient retardé le processus, en raison de la résistance de Liberman. Toutes les révisions, a-t-il dit, seraient plutôt incorporées avant les deuxième et troisième lectures du projet de loi.

Tout en rejetant les objections d’Yisrael Beytenu, un premier vote sur le projet de loi consacrant Israël en tant qu’État juif dans ses lois fondamentales quasi constitutionnelles le préserverait également en cas d’élections. Son adoption en première lecture permettrait au gouvernement d’appliquer la soi-disant « règle de continuité », qui permettrait à un nouveau gouvernement de la récupérer pour les deuxième et troisième lectures, sans relégiférer, au cas où la Knesset s’y plierait.

Les Palestiniens célèbrent après que les prisonniers palestiniens ont mis fin à une grève de la faim au sujet de leurs conditions de détention dans les prisons israéliennes, à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mai 2017. (Flash90)

Quelques heures plus tard, après une réunion des chefs de parti de la coalition, la deuxième annonce est arrivée : le gouvernement soutiendrait le projet de loi de Liberman concernant la peine de mort pour les terroristes.

Ce même projet de loi avait été rejeté par les législateurs en 2015, selon les ordres de Netanyahu, 94-6 (les six étant les législateurs Yisrael Beytenu). Les gouvernements précédents avaient également rejeté la proposition.

Même si la peine capitale est techniquement légale en Israël, elle n’a été pratiquée qu’une seule fois, en 1962, lorsque Adolf Eichmann, un officier SS nazi de haut rang, a été condamné à mort pour son rôle dans l’organisation de l’Holocauste. Le projet de loi propose que les terroristes reconnus coupables puissent être condamnés à mort à la majorité simple des juges, plutôt qu’à la décision unanime exigée par la loi actuelle.

Suite à une attaque terroriste en juillet dans l’implantation de Halamish en Cisjordanie – où un Palestinien a poignardé trois membres de la famille Salomon lors de la célébration de la naissance de leur petit-fils – Netanyahu a déclaré qu’il soutenait la peine de mort pour le terroriste, car pour lui, il s’agissait d’une punition appropriée pour un « meurtrier de base ».

Il s’était pourtant précédemment opposé à la peine de mort pour les terroristes. Jusqu’à dimanche, la coalition avait résisté aux tentatives d’Yisrael Beytenu de faire avancer le projet de loi, indiquant des réserves persistantes de la part du Premier ministre.

Pendant ce temps, Netanyahu avait déjà apaisé ses partenaires de la coalition ultra-orthodoxe avec une première lecture du projet de loi de Deri visant à fermer les supérettes le Shabbat – autorisé la semaine dernière – et une promesse de faire avancer la législation pour permettre à Litzman de servir de ministre adjoint sans ministre supervisant (configuration précédemment rejetée par les tribunaux israéliens).

Suite aux accords de coalition, la Knesset devrait adopter lundi prochain le projet de loi sur les « recommandations » de la police. Il est prévu de présenter prochainement le projet de loi de l’Etat juif pour sa première lecture, et de la peine de mort pour les terroristes ainsi que les projets de loi Litzman dans leur lecture préliminaire.

Avec le projet de loi controversé des supérettes le Shabbat, à ce jour, il reste à savoir si les trois dernières propositions vont poursuivre leur chemin ou mourir en comité. Mais à court terme, tout cela donnera au moins à certains partis de la coalition des arguments à rapporter à leurs électeurs, ce qui permettra probablement au gouvernement de survivre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...