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Un 2e élu US pro-israélien exhorte Jérusalem à exclure Ben Gvir avant les élections

Le député d'extrême-droite a réagi en affirmant que son parti était "antiracistes : nous luttons contre l’antisémitisme raciste qui se développe au sein-même de notre patrie"

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le leader du parti Otzma Yehudit et le député Itamar Ben Gvir s'adressant aux étudiants du lycée Blich, à Ramat Gan, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le leader du parti Otzma Yehudit et le député Itamar Ben Gvir s'adressant aux étudiants du lycée Blich, à Ramat Gan, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Un deuxième démocrate pro-israélien au Congrès américain a émis un avertissement à Jérusalem contre le fait de permettre au député d’extrême droite Itamar Ben Gvir de gagner du terrain après les prochaines élections législatives.

Brad Sherman, un pilier pro-israélien de longue date au sein du parti démocrate, s’est exprimé lundi sur Twitter pour mettre publiquement en garde les législateurs israéliens contre toute légitimation supplémentaire de Ben Gvir.

Ben Gvir est le numéro 2 de la liste de HaTzionout HaDatit, qui devrait remporter entre 12 et 14 sièges lors des élections du 1er novembre, se positionnant ainsi pour recevoir un poste de ministre de premier plan si le président de l’opposition Benjamin Netanyahu parvient à former le type de coalition religieuse de droite dure sur laquelle repose sa campagne.

Ben Gvir se décrit comme un disciple du rabbin extrémiste et ancien député Meir Kahane, dont le parti Kach a été interdit et déclaré groupe terroriste en Israël et aux États-Unis. À l’instar de feu Kahane, Ben Gvir a également été condamné pour terrorisme, bien qu’il affirme s’être modéré ces dernières années et ne pas avoir les mêmes croyances que le fondateur de Kach. Contrairement à Kahane, Ben Gvir affirme qu’il n’est pas favorable à l’expulsion de tous les Arabes d’Israël, mais seulement des « terroristes » ou de ceux qu’il juge « déloyaux ».

Les analystes ont toutefois fait remarquer qu’il qualifie régulièrement de « terroristes » de nombreuses personnalités arabes qui n’ont pas d’antécédents d’activités liées au terrorisme, notamment des législateurs élus et des chefs de parti.

« Alors qu’Israël se dirige vers une nouvelle élection en novembre, j’exhorte les dirigeants politiques israéliens de tous les côtés de l’échiquier politique à ostraciser les extrémistes comme Itamar Ben Gvir dont les opinions scandaleuses vont à l’encontre des principes fondamentaux d’un État juif et démocratique », a écrit Sherman.

« Ces extrémistes sapent les intérêts d’Israël et les relations américano-israéliennes, que mes collègues et moi-même avons œuvré à renforcer », a ajouté le député de Californie.

Le député démocrate de Californie, Brad Sherman, s’entretenant avec des journalistes dans un couloir au sous-sol du Capitole, à Washington, le 4 janvier 2019. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

Les remarques de Sherman sont intervenues quelques jours après qu’Axios a rapporté que le sénateur démocrate Robert Menendez avait émis un avertissement similaire concernant Ben Gvir lors d’une réunion à huis clos avec Netanyahu le mois dernier. Dans le but d’améliorer ses chances de revenir au pouvoir, le leader du Likud a orchestré l’année dernière un accord de fusion qui a assuré l’entrée du parti extrémiste Otzma Yehudit de Ben Gvir à la Knesset.

Netanyahu avait déclaré avant les élections précédentes qu’il ne pensait pas que l’extrémiste Ben Gvir était apte à être ministre. Cependant, sans le soutien de Ben Gvir, Netanyahu n’a probablement que peu ou pas de chance d’intégrer le prochain gouvernement. Le député du parti HaTzionout HaDatit se serait vu offrir un poste ministériel de premier plan si un gouvernement dirigé par Netanyahu venait à se former.

Menendez a fait part de ses inquiétudes quant à la coopération de Netanyahu avec les partis d’extrême droite, mentionnant spécifiquement Otzma Yehudit et son leader Ben Gvir, a déclaré un responsable américain, confirmant les informations d’Axios.

« Le sénateur a dit à Netanyahu qu’il devait réaliser que la composition d’une telle coalition pourrait sérieusement éroder le soutien bipartisan à Washington, qui a été un pilier de la relation bilatérale entre les Etats-Unis et Israël », a déclaré l’une des sources citées par Axios.

L’avertissement aurait « énervé » Netanyahu, selon le responsable américain.

Ben Gvir a répondu en accusant le Premier ministre Yair Lapid, qui est également ministre des Affaires étrangères, de « détruire » les relations extérieures d’Israël, en l’accusant d’avoir « entraîné » Menendez dans une ingérence dans le processus électoral israélien.

Le sénateur Robert Menendez s’exprimant lors d’une audience du Comité sénatorial des banques, du logement et des affaires urbaines sur la loi CARES au Capitole Hill, à Washington, le 28 septembre 2021. (Crédit : Kevin Dietsch/Pool via AP)

Ben Gvir a ensuite publié un communiqué publié en anglais jeudi, se disant  « profondément préoccupé par les informations qui me parviennent, suivant lesquelles le sénateur Menendez aurait tenu des propos déplacés et donné des informations erronées aux millions d’Israéliens qui voteront bientôt pour moi et en faveur d’un gouvernement de centre-droit ».

« Personne n’ignore que ce sénateur est un authentique ami d’Israël et un défenseur de la relation américano-israélienne, et plus important encore, un homme intègre. Tout cela me porte à croire qu’il n’aurait pas tenu les propos qu’on lui prête s’il avait été correctement informé des postes que j’occupe ou que je n’occupe pas », a déclaré Ben Gvir.

« Les ennemis d’un Israël fort cherchent à me nuire, en me traitant, moi et mon parti, de racistes. Mais nous sommes antiracistes : nous luttons contre l’antisémitisme raciste qui se développe au sein-même de notre patrie. Nous pensons qu’Israël doit se débarrasser des organisations terroristes telles que le Hamas, le Jihad islamique et les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, tout comme les États-Unis ont vaincu al-Qaïda », a ajouté Ben Gvir.

« Comme des millions d’Américains, nous croyons que la paix passe par la force et que les politiques d’Israël doivent être basées sur l’application ferme de notre droit à la souveraineté et à l’autodéfense », dit-il, ajoutant qu’il veillerait à l’assouplissement des règles de mobilisation des soldats et à la réforme du système judiciaire.

Le législateur d’extrême droite avait notamment l’habitude d’accrocher au mur de sa maison à Hébron une photo de Baruch Goldstein, qui, en 1994, a massacré 29 Palestiniens en train de prier au Tombeau des Patriarches à Hébron. Il a retiré la photo lorsqu’il est devenu évident qu’elle lui portait préjudice sur le plan politique. Lors d’une visite le mois dernier dans un lycée de Ramat Gan, Ben Gvir avait déclaré qu’il ne considérait « plus Goldstein comme un héros ».

Ben Gvir attise fréquemment les frictions entre Israéliens juifs et arabes et a été accusé par le chef de la police d’être le complice des pires violences intercommunautaires de l’histoire récente d’Israël en mai de l’année dernière.

Il s’est en outre allié à certains des mouvements et des activistes juifs les plus extrémistes d’Israël, dont Lehava, un groupe juif suprématiste et anti-métissage, et Noam, un groupe homophobe virulent.

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