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Des élèves d’une école de Ramat Gan saluent Ben Gvir avec des chants anti-arabes

La directrice de l'école défend son invitation du député d’extrême droite comme étant une leçon de démocratie ; un député d’Avoda dit que le racisme s'est normalisé

Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir s'adresse aux élèves du lycée Blich à Ramat Gan, le 6 septembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir s'adresse aux élèves du lycée Blich à Ramat Gan, le 6 septembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Une controverse a éclaté dans une école du centre d’Israël mardi après la visite d’un député d’extrême droite qui a été accueilli par certains étudiants avec des chants anti-arabes.

Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit qui se présente avec le parti HaTzionout HaDatit, a été invité à prendre la parole au lycée Blich de Ramat Gan, un établissement public qui a l’habitude d’encourager l’engagement politique des élèves (il organise régulièrement des simulations d’élections lors des scrutins nationaux et invite des hommes politiques à s’adresser aux élèves).

L’invitation de Ben Gvir, un disciple d’extrême droite du défunt rabbin raciste Meir Kahane, à s’adresser aux élèves avait suscité de vives critiques ces derniers jours. La directrice de l’école, Hila Romesh, s’en est défendue, ajoutant que le leader de la Liste arabe unie de la gauche dure, Ayman Odeh, avait également été invité à s’exprimer à l’école prochainement.

La venue de Ben Gvir a été accompagnée d’une manifestation à l’entrée de l’école de dizaines de militants de gauche, dont le député Avoda Gilad Kariv. Quelques élèves, apparemment partisans de Ben Gvir, les ont salués en scandant « Que votre village brûle ».

Ces chants visant les Arabes ont souvent été entendus lors d’événements d’extrême-droite ces dernières années.

Le directeur de l’école a déclaré au site d’information Ynet que le député d’extrême droite avait été invité à l’école dans le cadre d’un exercice électoral avant que le pays ne se rende aux urnes le 1er novembre.

« J’ai reçu environ 600 messages d’opposants et de partisans. C’est très bien – c’est la démocratie. Ben Gvir a été élu légalement, et si l’école organise des élections démocratiques [simulées], alors tous les élus devraient être invités, quel que soit le spectre politique », a déclaré Mme Romesh.

Elle a condamné les chants anti-arabes, affirmant que les étudiants qui y avaient participé avaient été sanctionnés, mais a ajouté qu’il n’y avait pas d’alternative à l’engagement.

S’adressant aux étudiants rassemblés, Ben Gvir a déclaré que, même s’il ne la connaissait pas, Romesh avait accompli un « acte démocratique » en lui permettant de s’exprimer à l’école.

Kariv n’était pas d’accord. « Il ne s’agit pas ici de formation à la démocratie et à une culture du débat – c’est une faillite morale et éducative », a-t-il déclaré. « La droite israélienne a suffisamment d’orateurs talentueux, et nous ne devrions pas inviter une personne qui a mis la photo d’un meurtrier et d’un terroriste sur le mur de sa maison. »

Jusqu’à ce que cela ne commence à lui nuire politiquement, Ben Gvir avait gardé sur un des murs dans sa maison à Hébron une photo de Baruch Goldstein, auteur du massacre de 29 Palestiniens en train de prier au Tombeau des Patriarches à Hébron en 1994. Ben Gvir n’a jamais désavoué Goldstein.

Kariv a déclaré que les chants racistes des étudiants étaient le « résultat de la normalisation du kahanisme, de la peur de mettre hors la loi l’organisation Lehava, du fait que Ben Gvir soit devenu la coqueluche des studios de télévision ».

Otzma Yehudit est allié à Lehava, un groupe suprémaciste juif anti-miscégénation.

Le député travailliste Gilad Kariv prend la parole lors d’une réunion du Comité Constitution, Droit et Justice de la Knesset, le 7 février 2022. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Ben Gvir est un fervent admirateur du rabbin Kahane, qui préconisait le transfert des Arabes d’Israël hors du pays. Il a été condamné pour incitation au racisme en 2007 après avoir brandi, lors d’une manifestation, un panneau sur lequel on pouvait lire « Expulsez l’ennemi arabe ».

Ben Gvir attise fréquemment les frictions entre Israéliens juifs et arabes et aurait été accusé par le chef de la police nationale d’être le complice des pires violences intercommunautaires de l’histoire récente d’Israël en mai de l’année dernière.

Il s’est en outre allié à certains des mouvements et militants juifs les plus extrémistes d’Israël, dont Lehava et Noam, un mouvement virulemment homophobe.

Le député Itamar Ben Gvir aux côtés du président de Lehava, Benzi Gopstein, dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le corps étudiant de Blich était clairement divisé sur Ben Gvir. Un adolescent lui a dit : « L’armée ne t’a pas recruté. Tu as appelé Baruch Goldstein ‘mon héros’ – un meurtrier de 29 personnes. Pourquoi moi, un lycéen, et mes amis, devrions-nous te considérer comme un modèle ? »

La députée Meretz Michal Rozin s’est dite bouleversée par les scènes du lycée de Ramat Gan, où elle a elle-même étudié, et a estimé qu’elles reflétaient une tendance de la société.

« Je suis personnellement attristée de voir ce qui s’est passé ce matin au lycée Blich, le lycée que j’ai fréquenté », a tweeté Rozin. « Les commentaires durs tels que ‘que votre village brûle’ devraient être un signal d’alarme pour le chemin que prend la société israélienne, et nous faire poser des questions très difficiles sur notre avenir. »

Le mois dernier, Otzma Yehudit et le HaTzionout HaDatit ont annoncé qu’ils avaient accepté de se présenter ensemble aux prochaines élections à la Knesset, à la suite d’une réunion organisée par le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu avec les dirigeants des partis d’extrême droite pour négocier un accord de fusion.

Les deux factions se sont présentées sur une liste commune aux élections de l’année dernière, mais s’étaient récemment scindées sur la question de la composition de la liste pour le prochain scrutin, le leader d’Otzma Yehudit, Ben Gvir, demandant une représentation plus importante, les récents sondages ayant montré une hausse de sa popularité, tandis que le parti HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich avait reçu des résultats mitigés.

Dans une déclaration commune, Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit ont déclaré que l’accord conduirait à une « victoire » du bloc religieux de droite dirigé par Netanyahu.

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