Un héros de la Shoah honoré 75 ans après l’incroyable sauvetage de 1 000 juifs
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Un héros de la Shoah honoré 75 ans après l’incroyable sauvetage de 1 000 juifs

L'Italien Enzo Cavaglion, 98 ans, a reçu la Citation du sauveteur juif pour avoir risqué sa vie pour aider des personnes à échapper à la déportation à Auschwitz

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Enzo Cavaglion (assis). De droite à gauche :  Alan Schneider, Directeur du centre mondial Bnai Brith-Jérusalem; Paolo Eliezer Foa, Président du Bnai Brith - loge de Milan, Milan, Dario Disegni, Président du musée du judaïsme italien et de la Shoah,  le fils d'Enzo, le docteur  Alberto Cavaglion et sa petite-fille  Sara Cavaglion. (Crédit : Sergio Cravero)
Enzo Cavaglion (assis). De droite à gauche : Alan Schneider, Directeur du centre mondial Bnai Brith-Jérusalem; Paolo Eliezer Foa, Président du Bnai Brith - loge de Milan, Milan, Dario Disegni, Président du musée du judaïsme italien et de la Shoah, le fils d'Enzo, le docteur Alberto Cavaglion et sa petite-fille Sara Cavaglion. (Crédit : Sergio Cravero)

Soixante-quinze ans après être venu en aide à plus de 1 000 Juifs qui fuyaient un village de France occupé par l’Italie, Enzo Cavaglion, un Juif italien aujourd’hui âgé de 98 ans, a fait l’objet d’un hommage dans sa ville natale de Cuneo, dimanche.

Cavaglion a reçu la citation du sauveteur juif du centre mondial Bnai Brith de Jérusalem et de la Commission de reconnaissance de l’héroïsme des Juifs ayant sauvé d’autres Juifs durant la Shoah à son domicile, entouré de sa famille et de ses amis.

Il vit encore dans le même village que celui où il avait organisé son initiative de sauvetage en 1943.

« Enzo a été vraiment ému par cette distinction », dit Alan Schneider, directeur du Centre mondial Bnai Brith – Jérusalem, qui était présent lors de la petite cérémonie.

« Il a 98 ans maintenant – son corps est frêle mais son esprit est vif, et cela a été une opportunité pour lui de se souvenir de ces jours terribles où il est venu en aide à ces 1 000 Juifs qui s’étaient échappés, traversant les Alpes-maritimes pour entrer en Italie », a dit Schneider.

Alan Schneider (au centre), directeur du Bnai Brith World Center, à la cérémonie en l’honneur des sauveurs juifs de Juifs le 16 avril 2015. (Crédit : Autoriation)

Cette citation des sauveteurs juifs a été établie en 2011 pour aider à corriger l’idée fausse que les Juifs n’auraient pas apporté une aide significative aux autres Juifs durant l’Holocauste.

A ce jour, presque 200 héros qui s’étaient distingués en Allemagne, en France, en Hongrie, en Grève, en Slovaquie, en Yougoslavie, en Russie, en Lituanie, en Pologne, en Hollande, en Italie, en Ukraine, en Lettonie et en Autriche ont reçu cette distinction.

« Pendant des décennies, on s’est concentré sur les sauveteurs non-juifs, comme cela a été le cas avec la reconnaissance des Justes parmi les nations – ce programme remarquable mis en place par Yad Vashem », commente Schneider. « Mais les pays européens désireux de montrer leurs sauveteurs s’intéressent également énormément à cette reconnaissance, et ils ont souvent une manière bien plus grande de l’envisager qu’à Yad Vashem », précise-t-il.

« Tout cela a aidé à créer ce concept de Justes parmi les nations et aujourd’hui, après toutes ces décennies, nous tentons de rattraper le temps et de reconnaître ces Juifs qui sont allés au-delà de l’appel du devoir et qui se sont mis en danger en Allemagne et dans les pays alliés ».

Le mémorial pour les partisans et les soldats juifs qui ont combattu durant la seconde guerre mondiale au musée de commémoration de l’Holocauste de Yad Vashem de Jérusalem, le 11 décembre 2017 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Schneider raconte que ce sont des milliers de Juifs en France qui ont rejoint les groupes de résistance qui sauvaient des Juifs pendant la guerre – en particulier des enfants – et que ces groupes sont parvenus à aider à préserver l’avenir de la communauté juive française face au génocide.

Figurant peut-être parmi les partisans les plus célèbres qui se sont consacrés au sauvetage de Juifs, le groupe dirigé par les quatre frères Bielski, Tuvia, Zus, Asael et Aron, qui avaient gardé 1 236 Juifs dans une forêt de ce qui est aujourd’hui la Biélorussie.

Le groupe a été le sujet d’un film produit en 2008 à Hollywood, « Defiance », avec en têtes d’affiches Daniel Craig et Liev Schreiber.

Comme les frères Bielski, Cavaglion et son propre frère Riccardo ont affronté simultanément les nazis et ont oeuvré à sauver des vies juives, quelque chose d’inhabituel, selon Schneider.

« Dans de nombreux cas, on ne faisait pas les deux – sauver des Juifs et combattre les nazis. C’est ainsi que beaucoup de groupes de résistants devaient choisir entre le combat et le secours », explique-t-il.

Danny Atar, président de KKL/JNF Monde, et le docteur Haim V. Katz, président du Centre mondial Bnai Brith aux côtés de sauveurs juifs et de leurs familles sur la place du ‘Rouleau de feu’ de la forêt des martyrs, le 24 avril 2017 (Crédit : Rafi Ben Hakoon)

Les frères Cavaglion étaient les membres fondateurs du groupe de partisans Italia Libera, qu’ils avaient établi le 12 septembre 1943, le jour où la ville de Cuneo a été occupée par la première division SS Panzer.

Au même moment, plus de 1 000 Juifs qui vivaient dans le village alpin français alors occupé par l’Italie de Saint-Martin-Vesubie avaient pris la fuite, se dirigeant vers Cunéo à travers les Alpes-maritimes face à l’invasion allemande – trouvant les nazis qui encerclaient la zone. Environ 300 d’entre eux avaient été capturés et envoyés à Auschwitz.

Les frères avaient aidé les 700 autres à trouver un refuge parmi une population paysanne sympathisante dans les villages de montagne environnants et avaient mené des raids dans les bureaux municipaux locaux, volant des documents qui leur avaient permis de fournir des papiers aux fugitifs.

Cavaglion a reçu la citation des sauveteurs juifs pour avoir outrepassé ses propres difficultés – lui et sa famille étaient également chassés par les nazis – et pour avoir aidé des Juifs en fuite à trouver un asile.

Ce survivant de l’Holocauste a été ému jusqu’aux larmes lorsque cette distinction lui a été présentée.

« C’est la première reconnaissance qu’il a eue de la part d’une organisation juive pour s’être mis en danger », explique Schneider.

« Au-delà de ça, il se trouvait déjà en situation de péril parce qu’il était juif dans un secteur où rôdaient les nazis, il s’est placé de lui-même sur la ligne de feu et il s’est mis en danger pour secourir ces Juifs ».

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