Votez « FK » : rencontre avec l’ex-détenu russophile candidat à la Knesset
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Votez « FK » : rencontre avec l’ex-détenu russophile candidat à la Knesset

Semion Grafman, condamné pour blanchiment d'argent, aide les Israéliens à vaincre la bureaucratie. Ses détracteurs disent qu'il est agent du Kremlin. "C'est un malentendu", dit-il

Semion Grafman dans une campagne sur la Neuvième chaîne pour promouvoir la fierté russe chez les russophones en Israël. (Instagram)
Semion Grafman dans une campagne sur la Neuvième chaîne pour promouvoir la fierté russe chez les russophones en Israël. (Instagram)

Avec un Premier ministre et plusieurs autres membres de la Knesset faisant l’objet d’une enquête criminelle, certains législateurs actuels pourraient un jour suivre les traces de plusieurs de leurs prédécesseurs et finir derrière les barreaux. Mais Semion Grafman espère faire le contraire : il tente d’obtenir un siège à la 21e Knesset, après avoir passé un an dans une prison fédérale américaine pour blanchiment d’argent et fraude à l’assurance.

Grafman dirige un nouveau parti appelé Bitachon Hevrati, la « sécurité sociale », dont le programme met l’accent sur « l’éducation, la protection sociale, l’égalité dans la répartition des charges, les infrastructures, la santé, un plus grand respect des lois », et, paradoxalement, « la lutte contre la corruption ».

Le parti de Grafman fait partie de la vingtaine de nouveaux partis enregistrés à l’approche des élections législatives du 9 avril en Israël. La plupart d’entre eux n’ont aucune chance d’obtenir suffisamment de voix pour franchir le seuil de 3,25 % des suffrages pour entrer à la Knesset.

Mais Grafman a peut-être plus de chance que d’autres, en partie parce qu’il est une célébrité haute en couleurs sur Internet et qu’il fait la une des journaux. En soumettant officiellement sa liste à la commission électorale centrale, il a demandé à ce que son parti soit représenté sur les bulletins de vote par les lettres hébraïques פק, qui se lisent phonétiquement « FK ».

C’est « Fuck », a-t-il expliqué au juge Hanan Melcer, qui dirige la commission. « Ça sonne mieux en anglais. »

Semion Grafman à la Knesset le 20 février 2019, enregistrant son parti pour les élections du 9 avril. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Grafman a expliqué au Times of Israel qu’il voulait entrer à la Knesset pour aider les Israéliens ordinaires à combattre la bureaucratie, ce qu’il fait déjà au quotidien.

« Une dame est venue me voir dans la rue. Elle m’a dit : ‘J’avais mal au ventre et je suis allée à l’hôpital et après avoir été examinée, ils m’ont dit que je devais faire une radiographie’. Elle avait besoin de faire la radio le matin, mais il lui a fallu attendre 11 heures avant de pouvoir la faire. Et s’il y avait eu un problème d’appendice et qu’il avait explosé ? Elle serait morte. »

Grafman a demandé que son parti soit représenté sur les bulletins de vote par les lettres hébraïques פק, qui se lisent phonétiquement ‘FK’. ‘C’est Fuck’, a-t-il expliqué au juge Hanan Melcer, qui dirige le comité des élections. ‘Ça sonne mieux en anglais’.

Grafman a expliqué qu’il avait aidé cette femme en appelant la caisse d’assurance santé pour se plaindre de la façon dont ils l’avaient traitée. Dès qu’il passe un appel téléphonique au nom de quelqu’un, poursuit-il, l’organisme en question a tellement peur de la mauvaise publicité qu’il règle immédiatement le problème. Mais comme il n’y a qu’un nombre limité de personnes que Grafman peut aider de façon individuelle, il espère être élu à la Knesset afin de pouvoir faire adopter des lois qui aideront des milliers ou des millions de personnes.

« Par exemple », précise-t-il, « je vais faire voter une loi selon laquelle dès qu’un patient demande un Tofess 17 (un formulaire pour que la sécurité sociale accepte de prendre en charge une certaine procédure médicale), la caisse de santé devra l’émettre dans les 24 heures ».

D’Israël à la Russie et retour

Grafman est né en Ukraine et a immigré en Israël à l’âge de 15 ans, a-t-il raconté. En 1998, à l’âge de 23 ans, il s’installe aux Etats-Unis. Il est très franc sur ce qui s’est passé ensuite.

« En 2009, j’ai été poursuivi pour blanchiment d’argent. J’ai passé un an en prison aux États-Unis », a-t-il confié.

Après sa libération, Grafman est rentré en Israël, puis a fait une escale à Moscou pour rendre visite à des amis sur son chemin vers la Chine, où il a fini par rester cinq ans. Il a passé son temps en Russie à « faire la fête et à avoir une vie heureuse » la nuit, explique-t-il, et à faire du bénévolat pour El Al et la communauté juive le jour.

En 2015, alors qu’il vivait encore en Russie, Grafman s’est rendu célèbre en Israël grâce à une courte vidéo diffusée sur Internet, dans laquelle il raconte une parabole un peu vulgaire sur un petit oiseau et un tas d’excréments.

« J’ai fait cette vidéo pour mes amis, mais elle est devenue virale. Puis j’ai fait une autre vidéo, et elle est aussi devenue virale ».

Peu de temps après, Grafman est rentré en Israël et réalisé d’autres vidéos. Il a rapidement décroché un emploi en tant qu’invité régulier et présentateur de la série humoristique « HaTzinor » sur la Treizième chaîne. Actuellement, il réalise 30 à 40 vidéos par mois ; sa chaîne YouTube compte plus de 30 000 abonnés et près de 5 millions de vues.

Semion Grafman (au centre) et Mishel Taroni (à droite). La légende dit : « Si vous avez besoin de recouvrer des dettes, appelez Semion Grafman. Pour des cours de ballet, contactez Mishel Taroni. (Instagram)

Certaines vidéos réalisées par Grafman sont des publicités pour des produits, pour gagner de l’argent, mais il n’y consacre que deux jours par mois environ, dit-il.

Le reste du temps, Grafman réalise des vidéos inspirées de ses réflexions sur la vie en Israël ou des sketchs comiques produits par des professionnels, dans lesquels il est accompagné de ses acolytes Denis Charkov (que Grafman a placé en troisième position sur sa liste pour la Knesset) et Mishel Taroni. Grafman, Charkov et Taroni jouent souvent des voyous de rue ou des gangsters dans ces sketchs, mais utilisent leurs vrais noms, brouillant quelque peu la frontière entre leurs personnages et la réalité. Malgré le caractère criminel de leurs personnages, le trio a l’air sympathique et adorable. Même la violence contenue dans les vidéos est burlesque ou rapidement désamorcée par un effet comique.

Dans un sketch, Semion joue le père de Denis et lui dit de préparer son cartable pour l’école. Denis regarde ses effets personnels étalés sur la table : cigarettes, vodka, bibelots divers et peu recommandables. Semion demande à Denis s’il n’a pas oublié la chose la plus importante et Denis, avec un sourire idiot sur le visage, sort un pistolet.

Dans un autre sketch, Denis et Mishel sont au cinéma et la conversation tourne, bizarrement, autour de la question de savoir si le président russe Vladimir Poutine battra Batman dans un combat.

« Poutine peut battre n’importe qui », dit Denis.

« Tu dis ça parce que tu es Russe », répond Mishel. « Les Russes sont toujours du côté des autres Russes. »

Denis et Mishel s’assoient pour regarder le film, et Semion s’approche, se plaignant que Mishel ait pris sa place alors que le cinéma est complètement vide. Mishel, un grand homme tatoué, se lève et réduit Semion en bouillie. Un instant plus tard, la scène se dissipe… La bagarre n’était que le fruit de l’imagination de Mishel.

Dans l’une de leurs vidéos les plus populaires (avec un million de vues sur Facebook, où Grafman a un très grand nombre de fans), “Lo Sylvester, Novy God”, [Ce n’est pas la Saint-Sylvestre, c’est le Nouvel An russe], Semion, Denis et leurs collègues artistes chantent et dansent tout en affirmant leur droit de célébrer Novy God, une fête qui emprunte beaucoup des attributs de Noël et dont les démonstrations publiques choquent parfois la sensibilité des Juifs traditionalistes.

« Nous ne sommes pas là pour tout casser », chantent-ils, « ne nous en voulez pas. Ce n’est pas une question de religion, c’est une fête traditionnelle de notre enfance ».

Semion et Denis ont même réalisé une vidéo promotionnelle humoristique pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur le même thème, qui culmine avec Netanyahu lui-même assurant la chute de la scène : “Lo Sylvester, Novy God !”

Dans ses vidéos plus sérieuses sur les questions sociales et politiques, Grafman se plaint des administrations israéliennes (en les comparant défavorablement aux administrations russes, qui sont modernes et efficaces, précise-t-il), supplie le public d’aider des citoyens ordinaires victimes de diverses manières d’une bureaucratie insensible, dénonce le coût élevé de la vie et condamne la récente réglementation anti-blanchiment de capitaux visant à réduire la quantité d’argent liquide dans l’économie.

« Personne n’a à me dire ce que je dois faire de mon argent ! » s’exclame-t-il.

Un post sur Facebook dans lequel Grafman soutient Elor Azaria et écrit : « Il m’a défendu, c’est à moi de le défendre ».

Grafman a également pris une part active aux récentes manifestations à Ashdod contre la fermeture des magasins le jour du Shabbat, tout en étant un ardent défenseur du soldat Elor Azaria, qui a été reconnu coupable d’homicide involontaire pour avoir abattu un terroriste palestinien à Hébron neutralisé, et dont le procès devant un tribunal militaire a donné lieu à de grandes et véhémentes manifestations pour sa défense.

« Je suis Russe-Israélien »

Grafman a toujours de si belles choses à dire sur la Russie et Poutine que certains détracteurs l’ont accusé de travailler pour Moscou à titre plus que bénévole.

En août 2017, la Neuvième chaîne de télévision, la seule chaîne israélienne en langue russe, a lancé une campagne intitulée « Nous sommes russo-israéliens. Prouvons que nous sommes nombreux ! »

La page Facebook de la chaîne appelait les russophones locaux à publier des selfies sur leurs comptes de réseaux sociaux en même temps que le hashtag #rusisraeli. Grafman et Charkov étaient les ambassadeurs de cette campagne, jouant dans des vidéos pour soutenir l’identité russo-israélienne (par opposition à une identité plus assimilationniste, purement israélienne) et encourageant leurs fans sur les réseaux sociaux à diffuser le message.

Une vidéo dans laquelle ils se sont produits a été filmée dans une succursale du supermarché Yenot Bitan et montre Grafman, portant un survêtement arborant l’aigle russe à deux têtes, déambulant dans le supermarché avec Charkov, vêtu d’une chemise unie verte.

« J’aime les Pelmeni [raviolis russes] » dit Grafman.
« J’aime le houmous », répond Charkov.
« Je parle bien le russe », dit Grafman.
« Et je comprends bien le russe », dit Charkov.

Puis, ensemble, ils chantent : « Et nous sommes Israéliens ! Bientôt, nous leur prouverons que nous sommes nombreux ! »

Une autre vidéo diffusée par la Neuvième chaîne montre plusieurs membres éminents de la communauté russophone locale, dont un danseur, un médecin, un metteur en scène de théâtre et un chanteur populaire. Chacun dit « Je suis Russo-Israélien », et énumère les choses qu’ils aiment de leur origine russe.

L’un des acteurs du film, le producteur de télévision indépendant devenu homme d’affaires Arkady Maiofis, s’est ensuite plaint sur Internet qu’il avait été filmé par la Neuvième chaîne dans un contexte totalement différent et ne savait pas que ses images seraient utilisées pour la campagne « Russo-Israélien ».

Parallèlement à ces vidéos, la Neuvième chaîne a diffusé deux talk-shows animés par son présentateur Yosef Shagal, ancien ambassadeur d’Israël au Bélarus. Parmi les participants figurait Alexander Goldenstein, le propriétaire du site d’information IzRus, aujourd’hui disparu, qui était associé au parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman. Grafman, Denis Charkov, le journaliste Shaul Reznik et un expert de l’Internet nommé Mike Waizman y ont également participé.

Dans ces émissions, Goldenstein, qui a immigré en Israël dès son plus jeune âge, a appelé les russophones d’Israël à s’unir. Il a déclaré aux téléspectateurs qu’il se sentait toujours lié à la Russie (bien qu’ironiquement, il soit né en Moldavie) et que la communauté russophone d’Israël devrait massivement « se déployer » dans tous les secteurs de la vie publique.

Parlant un russe loin d’être parfait, Grafman a également appelé à l’unité. Il a dit qu’unis, les Russes peuvent remporter une quarantaine de sièges à la Knesset.

Dans une interview accordée en 2016 sur la chaîne Internet de langue russe Iland, Grafman avait longuement parlé de la résurgence de la fierté russe chez les jeunes Israéliens de l’ex-Union soviétique.

« Dernièrement, Poutine a montré que la Russie est un pays capable de gérer sa propre armée et de faire des merveilles, par exemple chez notre voisin, la Syrie », a déclaré Grafman.

« Aujourd’hui, la Russie est prise plus au sérieux. Lorsque nous avons quitté la Russie dans les années 1990, nous l’avons méprisée et avons méprisé le communisme, et tout le reste. Aujourd’hui, c’est un pays différent, un pays riche, avec de nombreuses personnalités éminentes et célèbres qui ont émergé de Russie. Notre fierté nous a été rendue ; en fait, elle ne nous a jamais quittés »

La réaction des réseaux sociaux à la campagne de 2017 de promotion de l’identité russo-israélienne a parfois été déchaînée.

« Je ne suis pas Russe. Je suis Juif », ont écrit de nombreux usagers de Facebook.

Semion Grafman portant un survêtement avec des symboles russes. (Instagram)

« Nous ne sommes pas des Russes qui, poussés par le destin, sommes venus en Israël », a écrit la blogueuse Laura Shavit. « Nous sommes des Juifs qui, par le hasard du destin, parlent russe. »

Un autre blogueur, le militant israélien pro-ukrainien Victor Vertsner, a énuméré les façons dont la Russie avait été hostile aux Juifs au cours des années.

« Je n’ai pas oublié la Zone de Résidence, les Cent-Noirs, les Protocoles des Sages de Sion. Sans oublier la Terreur Rouge, Solomon Mikhoels, Isaac Babel, Ossip Mandelstam… le complot des blouses blanches, le Comité antifasciste juif, les MIG russes dans notre ciel, les missiles russes abattant nos pilotes, le soutien russe au Hezbollah et au Hamas… »

Et il conclut : « Dites que je suis ‘russophone’ ou ‘d’URSS’, mais ne dites pas que je suis Russe ! »

Le hashtag « Je ne suis pas Russe » s’est ensuite rapidement répandu.

Après avoir reçu des centaines de messages de menaces de boycott, le vignoble Yenot Bitan aurait retiré son parrainage de la campagne.

Certains analystes des émissions de la Neuvième chaîne ont affirmé que les efforts de promotion de l’identité russe auprès des Israéliens russophones ont été orchestrés par nul autre que le Kremlin lui-même.

« Vous n’êtes même pas une cinquième colonne », était écrit sur une affiche visant les initiateurs de la campagne, « mais juste des idiots recevant de l’argent du gouvernement russe ».

De ce point de vue, la campagne s’inscrivait dans le cadre d’une stratégie plus large du Kremlin connue sous le nom de Russkiy mir ou « monde russe », qui considère les russophones du monde entier comme faisant partie d’une civilisation russe plus large au nom de laquelle la Russie a le droit de se défendre et d’intervenir. Tout comme les nations occidentales cherchent à répandre la démocratie libérale dans le monde, la Russie se considère comme un devoir de répandre les valeurs traditionnelles associées au monde russe comme un contrepoids aux valeurs libérales décadentes, explique Orysia Lutsevych, chercheur et directeur du Ukraine Forum au Chatham House dans dans un document sur le sujet intitulé « Agents of Russian World ».

Anton Vasilenko, blogueur ukraino-israélien et auteur d’une histoire de la Brigade juive en Palestine, a écrit dans un article d’août 2017 sur un site web pro-ukrainien que l’interview de Grafman Iland faisait écho « aux mèmes de Svetlana Kuritsyna [jeune activiste pro-Poutine] ».

Il a décrit les remarques télévisées de Grafman et Goldenstein au sujet de l’union des russophones comme « des points de discussion du Kremlin qu’un public israélien inexpérimenté ne remarquerait peut-être pas, mais qu’une personne ayant assisté au début de la guerre du Donbass [région d’Ukraine] reconnaîtrait immédiatement ».

Victor Vertsner, l’un des dirigeants de la réaction contre la campagne « Nous sommes russo-israéliens », a déclaré au Times of Israel qu’il ne sait pas si Grafman a reçu de l’argent du Kremlin pour cette campagne, mais que la Russie en général dépense beaucoup d’argent pour ses compatriotes en politique étrangère – l’idée que les russophones sont un prolongement de la Russie elle-même – et que Grafman comprend cette perspective politique.

Victor Vertsner prend la parole devant une foule pro-ukrainienne en Israël. (Facebook)

« Quand vous apparaissez dans une campagne avec un symbole national russe sur votre veste, c’est vraiment inapproprié. Vous devez décider qui vous êtes et de quel côté vous êtes », a déclaré M. Vertsner.

« Je suis officier dans l’armée israélienne », poursuit-il, « et j’ai rencontré récemment un jeune soldat russophone. Je lui ai demandé : ‘Demain, si Tsahal entre en conflit avec la Russie, de quel côté seras-tu ?’ Et il a dit qu’il serait du côté de la Russie. Les autorités israéliennes ne réalisent pas que la Russie cultive une cinquième colonne ici ».

Vertsner est l’administrateur d’un groupe Facebook appelé « Israël soutient l’Ukraine » qui proteste contre l’action militaire russe en Ukraine et son annexion de la Crimée. En réponse à son groupe, M. Vertsner a déclaré au Times of Israel que les partisans de la politique russe en Ukraine ont créé un groupe Facebook appelé « Israël soutient la Russie ».

M. Grafman a déclaré que son objectif en réalisant le message publicitaire « Je suis russo-israélien » était d’inspirer de la fierté aux russophones qui, selon lui, souffrent souvent de préjugés de la part des Israéliens d’origine. ‘Tout ce que je voulais, c’est que les gens venus de 15 pays post-soviétiques s’unissent comme un peuple qui a fait un grand pas. Et je veux que les gens sachent qu’aucun racisme envers notre peuple en Israël n’est acceptable’

« Si vous lisez les messages de ce groupe, vous ne croiriez pas à quel point certains d’entre eux sont antisémites. Il y a des antisémites qui vivent en Israël ».

Grafman a déclaré au Times of Israel que Vertsner et d’autres ont mal compris sa décision de participer à la campagne « Je suis Russe-Israélien ».

« La campagne était une publicité comme toutes les autres », a dit M. Grafman.

« Victor Vertsner invente des trucs sur sa page Facebook. Une fois, j’ai été interviewé et j’ai mentionné qu’un chauffeur de taxi m’avait dit que si Poutine dirigeait Israël, il résoudrait le conflit israélo-arabe. J’ai donc dit dans l’interview que les Russes qui sont venus en Israël se sentent maintenant un peu mieux depuis que Poutine est si fort et montre la Russie comme un pays fort par rapport à ce qu’elle était dans les années 90. Victor, pour une raison ou pour une autre, interprète cela dans son propre intérêt pour dire que je suis un soldat de Poutine ou quelque chose comme ça. Et je suis ukrainien ! »

Semion Grafman dans une campagne sur la Neuvième chaîne pour promouvoir la fierté russe chez les russophones en Israël. (Instagram)

Interrogé sur son opinion sur Poutine, Grafman a répondu : « J’ai vécu à Moscou pendant cinq ans et j’ai aimé certaines choses que Poutine a faites en Russie. Il a redonné au peuple russe la conscience de soi et l’amour pour son propre pays. Mais tout ce que Poutine fait au-delà de ses frontières, comme ce qui se passe en Ukraine et en Syrie, je ne suis pas du tout d’accord avec ses actions ».

M. Grafman a déclaré que son but en réalisant le message publicitaire « Je suis russo-israélien » était d’inspirer de la fierté aux russophones qui, selon lui, souffrent souvent de préjugés de la part des Israéliens d’origine.

« Tout ce que je voulais, c’est que les gens qui issus de 15 pays post-soviétiques s’unissent comme un peuple qui a fait un grand pas. Nous avons déménagé d’un pays à l’autre. Et je veux que les gens sachent qu’aucun racisme envers notre peuple n’est acceptable en Israël ».

« L’histoire de ma vie – s’il vous plaît, ne jugez pas ».

Loin de cacher les chapitres les plus sombres de son passé, Grafman en parle souvent. Dans un court métrage qu’il a posté sur YouTube en novembre 2017, intitulé « L’histoire de ma vie – s’il vous plaît, ne jugez pas », il dit aux visiteurs : « Je veux partager quelque chose de personnel. Pendant neuf ans, je n’ai eu aucun contact avec mes enfants. Dans quelques heures, ils atterrissent en Israël. C’est le meilleur cadeau que quelqu’un puisse recevoir ».

Selon le court métrage, Grafman a été expulsé des États-Unis après son année en prison. Sa femme américaine et ses trois enfants ont coupé tout contact avec lui. Le film montre sa famille américaine en visite en Israël, qui s’amuse bien et filme même un sketch sur Rosh Hashanah.

Grafman a participé à une grande arnaque à l’assurance dans l’État de New York, dont la plupart des auteurs étaient des immigrants de l’ex-Union soviétique. L’escroquerie concernait des centaines de médecins, de vendeurs d’équipement médical et de fausses victimes d’accidents qui mettaient en scène des accidents de la route et déposaient ensuite des demandes d’indemnisation pouvant atteindre 50 000 dollars par « victime ». Les enquêteurs qui ont suivi l’argent dans une affaire connexe ont découvert qu’il s’est finalement retrouvé en Russie et que la fraude était liée au crime organisé russe.

Le rôle de Grafman dans l’un des réseaux criminels, selon des documents judiciaires américains, était celui d’un grossiste en matériel médical, qu’il aurait vendu à des détaillants à des prix gonflés. Ces détaillants ont ensuite vendu le matériel à des « victimes » qui n’en avaient pas vraiment besoin. L’ancien avocat de Donald Trump, Michael Cohen, a représenté des médecins et des « victimes » impliqués dans d’autres réseaux de fraude à l’assurance, selon des rapports.

Semion Grafman avec son ex-femme et ses enfants au mur Occidental. (Instagram)

« Quand j’étais jeune, mon but était de devenir riche. Je ne connaissais rien à l’époque et j’ai fait des choses qui n’étaient pas bonnes. Je suis reconnaissant au ministère de la Justice des États-Unis de m’avoir arrêté avant que je ne fasse des erreurs encore plus graves », a déclaré M. Grafman.

Le temps qu’il a passé en prison, a-t-il ajouté, a été un tournant pour lui.

« En prison, j’enseignais les mathématiques à d’autres détenus. Après deux mois, certains se sont soudainement approchés de moi et m’ont dit : ‘Semion, nous sommes en prison depuis 17 ans et nous avons essayé de passer l’équivalence du GED [General Educational Development] et nous n’avons pas réussi l’examen, mais après deux mois avec toi, nous avons réussi car tu nous as expliqué les choses d’une manière que nous pouvons comprendre' ».

« À ce moment-là, j’ai réalisé que je pouvais faire des choses pour aider les gens et que cela me faisait plaisir de voir leur regard dans leurs yeux ».

Des proches de Grafman ont dit au Times of Israel qu’il aide effectivement beaucoup de gens et que son désir de le faire semble sincère.

Ils ont également dit penser qu’il gagne sa vie grâce à la publicité et les promotions sur Internet et qu’il travaille parfois à partir des bureaux d’une société appelée Traffic Lords, qui est impliqué dans le marketing d’affiliation pour les sites Web de forex et de cryptodevises.

Grafman a précisé au Times of Israel qu’il ne travaille pas chez Traffic Lords, mais qu’il a simplement fait une publicité pour eux et qu’il est devenu par la suite un bon ami des propriétaires.

« C’est une grande entreprise – ils apprennent aux gens à tirer profit du trafic Internet. Quand j’ai besoin d’organiser une réunion, j’utilise un de leurs bureaux parce que nous sommes devenus amis ».

Dans une interview accordée en janvier à Israël Hayom, M. Grafman a déclaré que son passé criminel pourrait en fait être un avantage en politique.

« Je ne peux pas me faire arnaquer par la corruption parce que je sais comment tout cela fonctionne », dit-il. « C’est pourquoi, en visitant la Knesset, j’ai tout de suite perçu les choses incroyables qui s’y passent. Je vais expulser tous les gens corrompus d’un coup ».

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