Dans les premières heures de vendredi matin, les forces de sécurité israéliennes ont appris que des hommes masqués avaient jeté des cocktails Molotov sur deux maisons palestiniennes, tuant un enfant de 18 mois et blessant les trois autres membres de sa famille.

L’armée israélienne, en collaboration avec le service de sécurité du Shin Bet, a commencé à passer la zone au peigne fin en réponse aux rapports que les deux agresseurs avaient été vus fuyant à pied vers les implantations voisines – mais plusieurs heures critiques avaient déjà été perdues.

Les troupes ne descendent pas en grand nombre sur les implantations et les avant-postes illégaux dans la région, et les rapports sur les recherches ont rapidement diminué, et l’enquête en elle-même a par la suite placé sous secret. Au moment de la rédaction de cet article, soit plus de trois jours après l’accident, aucune arrestation n’a été opérée.

Le 11 mars 2011, deux hommes ont fait irruption dans la maison de la famille Fogel dans l’implantation d’Itamar et ont massacré la mère et le père et trois de leurs six enfants, dont un nourrisson de 3 mois.

L’armée israélienne avait verrouillé la ville de Naplouse, arrêté plus de 100 résidents du village arabe voisin d’Awarta, et a effectué une série de raids nocturnes au cours du mois suivant.

Selon certains rapports palestiniens, tous les mâles du village ont été interrogés par les forces de sécurité israéliennes, jusqu’à ce que deux cousins ​​palestiniens aient été arrêtés et aient avoué le crime.

Les meurtres brutaux de la famille Fogel et l’assassinat inadmissible de vendredi du petit Ali Saad Dawabsha, âgé de 18 mois, sont des événements différents et distincts.

Ce qui peut être comparé, cependant, est la réponse des forces de sécurité israéliennes. L’écart entre la réaction de l’establishment de la défense au terrorisme présumé juif et sa réaction au terrorisme palestinien est clair.

« Il semble que nous ayons fait preuve de laxisme dans notre gestion des manifestations du terrorisme juif », a déclaré le président Reuven Rivlin vendredi, dans une réaction angoissée à la bombe incendiaire de la nuit de la maison Dawabsha, la mort de l’enfant et les blessures graves de ses parents et de son frère.

Une statistique mise en évidence par la Deuxième chaîne vendredi a renforcé ce point : sur les 15 enquêtes sur les incendies criminels menés contre des mosquées, des maisons et d’autres cibles depuis 2008, aucune n’a abouti à une condamnation.

Le président Reuven Rivlin au chevet d'Ahmed Dawabsha, le 31 Juillet 2015 (Crédit : Mark Neyman / GPO)

Le président Reuven Rivlin au chevet d’Ahmed Dawabsha, le 31 Juillet 2015 (Crédit : Mark Neyman / GPO)

« Peut-être que nous n’avons pas intériorisé que nous sommes confrontés à un groupe idéologiquement déterminé et dangereux, qui vise à détruire les ponts fragiles sur lesquels nous travaillons sans relâche pour les construire », a déclaré Rivlin.

L’expert national en sécurité, Kobi Michael, est d’accord.

Michael est un chercheur à l’université de Tel Aviv affilié à l’institut de réflexion d’études à la sécurité nationale, qui a opéré en tant qu’officier de renseignement de haut rang en Cisjordanie depuis plus de 20 ans et a occupé la fonction de directeur général adjoint du bureau d’Israël en Planification stratégique.

Les difficultés dans la lutte contre le terrorisme juif – à appréhender les auteurs et contrecarrer les attaques – a expliqué Michael au Times of Israel dimanche, provient de quatre éléments qui sont liés : l’approche globale de la menace, les pratiques pour collecter des renseignements, l’infrastructure juridique et l’atmosphère générale régnant dans le pays.

Dans le sillage de la bombe incendiaire de vendredi, certaines choses sont en train de changer.

Les origines du problème

L’establishment israélien a toujours mal compris et mal intériorisé la menace posée par les extrémistes juifs, a poursuivi Michael, conduisant à un effort d’application de la loi inefficace et un système juridique obstructif.

Le peuple israélien, quant à lui, n’a pas été suffisamment critique et insistant pour que cela change.

Les lieux d'une attaque prix à payer attaque, le graffitis dit : "Un bon Arabe est un Arabe mort" (Crédit : Issam Rimawi / Flash90

Les lieux d’une attaque prix à payer attaque, le graffitis dit : « Un bon Arabe est un Arabe mort » (Crédit : Issam Rimawi / Flash90

« Il n’y a pas assez de consciences tranchées sur la question », a expliqué Michael. « Et sans cela, il n’y avait pas d’appréciation précise de l’ampleur de la menace ».

« En conséquence, quand il est venu le temps de prendre des décisions sur l’allocation des ressources nécessaires, [les chefs de l’establishment de la sécurité] ont décidé d’employer moins de ressources pour ce problème », a-t-il ajouté.

Alors que certains pays, dont les États-Unis, ont désigné, les attaques anti-palestiniennes connues sous le nom « prix à payer » comme étant une forme de terrorisme, en Israël les groupes ont seulement été considérés comme des « organisations illégales ».

Les tentatives faites par le ministre de la Défense Moshe Yaalon, l’ancienne ministre de la Justice, Tzipi Livni, et l’ancien ministre de la Sécurité publique Yitzhak Aharonovich pour désigner légalement ces attaques « prix à payer » comme étant des actes terroristes ont été mises à mal par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Même dans le sillage de l’attaque de vendredi sur la maison de la famille Dawabsha dans le village arabe de Douma, près de Naplouse, le ministère de la Justice a conservé le statut de l’organisation illégale pour l’organisation « jeunesse des collines » considérée comme responsable d’une série de crimes de haine – des « anarchistes religieux », selon le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, qui « font fi des lois » et cherchent à transformer Israël en un Etat qui est en conformité avec la loi juive.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan lors d'une visite au Mur occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le vendredi 31 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan lors d’une visite au Mur occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le vendredi 31 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Erdan a déclaré qu’il était « pratiquement certain » que des terroristes juifs étaient responsables de la bombe incendiaire de vendredi.

Les deux attaquants, qui ont pulvérisé des graffitis en hébreu sur les lieux, auraient pris la fuite à pied en direction des implantations à proximité. (Erdan a catégoriquement rejeté comme étant de « fausses rumeurs » les assertions de certains messages publiés sur les médias sociaux qui affirmaient que le bombardement était dû à un conflit interne entre les familles à Duma.)

Le ministère de la Justice a insisté sur le fait que « dans tout ce qui concerne l’application de la loi, il n’y a pas de différence pratique entre les deux appellations » groupes terroristes ou organisations illégales. Mais il y en a – en termes de ressources, de procédures et de résultats.

Enquêter sur la terreur juive

La Division de police israélienne de la Judée et de la Samarie, responsable de la Cisjordanie, par exemple, est devenue une source constante d’embarras pour le département de la police.

En 2011, des dizaines de procédures criminelles ont été annulées par les tribunaux de district pour vices de formes fondant leur décision sur des erreurs de base du protocole standard de la police tel que l’oubli de prélever les empreintes digitales des suspects ou de négliger de vérifier leurs alibis et le suivi de leurs déclarations.

L’été dernier, cette division a été de nouveau sous le feu des critiques en raison de son incapacité à répondre efficacement à l’enlèvement et à l’assassinat des trois adolescents à la jonction d’Alon Shvut au sud de Jérusalem. L’une des victimes avait passé un appel d’urgence pendant que l’enlèvement avait lieu ; cet appel avait été ignoré.

De 2005 à 2014, l’organisation de défense des droits de l’Homme, Yesh Din, a suivi 1 045 plaintes palestiniennes contre des résidents des implantations juifs et a constaté que seulement 7,4 % des plaintes ont abouti à des inculpations.

De 2013 à 2014, plus de 150 plaintes ont été déposées par des Palestiniens, seulement deux actes d’accusation ont été déposés par la Division de la police de Judée et de la Samarie.

Elchana Finar, un des résident d'implantation juifs arrêté pour avoir détruit un avant-poste de Tsahal dans l'implantation cisjordanienne de Yitzhar, après la démolition de structures illégales dans l'implantation, photo prise à  la Cour de district de Tel-Aviv, le 10 avril 2014 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Elchana Finar, un des résident d’implantation juifs arrêté pour avoir détruit un avant-poste de Tsahal dans l’implantation cisjordanienne de Yitzhar, après la démolition de structures illégales dans l’implantation, photo prise à la Cour de district de Tel-Aviv, le 10 avril 2014 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Le département juif du service de sécurité Shin Bet, quant à lui, se plaint depuis des années de la difficulté qu’il a dû à pénétrer dans le groupe de la jeunesse des collines.

Il est plus facile, révèlent les responsables du Shin Bet en privé, d’infiltrer le Hamas et d’autres organisations terroristes palestiniennes que ces groupes.

Les officiers du Shin Bet ont expliqué que les jeunes fonctionnent en cellules, avec peu de contacts entre eux, faisant d’une répression généralisée de l’organisation presque impossible. Ils seraient également formés sur la façon de résister aux techniques d’interrogatoire du Shin Bet.

Le Shin Bet a la volonté de lutter contre le terrorisme juif mais il n’est pas facile d’agir contre les résidents extrémistes, expliquent les experts. Il est très difficile de recruter des agents / des collaborateurs parmi les résidents des implantations extrémistes.

Une partie de la jeunesse des collines sont des mineurs, ce qui complique davantage le travail des enquêteurs.

En conséquence, même si les forces de sécurité réussissent à procéder à des arrestations, les suspects sont souvent libérés dans les heures ou les jours qui suivent.

Afin de lutter contre ce problème dans la collecte de renseignements, a souligné Michael, Israël doit procéder à des changements « inconfortables » de son système d’application de la loi.

« Un changement dans l’infrastructure juridique et législatif n’est pas une chose simple » a-t-il relevé. « Mais il n’y a rien d’autre que nous puissions faire. Nous sommes une société démocratique qui est en guerre pour sa liberté et sa démocratie ».

Pour Michael, qui est également un maître de conférence sur les études du Moyen-Orient à l’université d’Ariel, cela signifie qu’il faut élargir le champ d’application pour inclure ceux qui soutiennent les attaques « prix à payer ».

« Nous devons traiter de leur structure de soutien d’une manière plus déterminée et expansive », a affirmé Michael, « avec les rabbins qui les soutiennent, avec les structures communales qui les soutiennent, avec le soutien familial qu’ils reçoivent ».

Mettre plus de pression sur la structure de support, a suggéré Michael, pourrait convaincre la jeunesse des collines à abandonner leurs méthodes violentes.

Interrogé par Israel Radio lundi, le ministre Erdan a souligné la nécessité de traiter à la fois de l’éducation et de l’application de la loi. Bien trop de manière évident, a-t-il déploré, ceux qui « ont commencé par brûler des livres » sont maintenant « des brûleurs de bébés ».

Il a blâmé à la fois l’environnement éducatif qui permet à l’extrémisme de prospérer et le système judiciaire trop indulgent, où les délinquants même condamnés sont souvent insuffisamment punis.

Un changement à l’infrastructure juridique a déjà été opéré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau de Jérusalem le 2 août 2015 (Crédit : Gali Tibbon / AFP / Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau de Jérusalem le 2 août 2015 (Crédit : Gali Tibbon / AFP / Pool)

Dimanche, lors d’une réunion d’urgence du cabinet de sécurité, le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Yaalon ont annoncé que dans l’enquête relative à Ali Saad Dawabsha, ils permettraient aux forces de sécurité d’emprisonner les suspects sans procès – connue sous le nom de détention administrative – et d’utiliser tout autre moyen nécessaire pour attraper les tueurs.

La détention administrative, au cours de laquelle un suspect peut être maintenu pendant une période prolongée sans inculpation, est devenue un pilier de la lutte d’Israël contre le terrorisme palestinien mais n’a jusqu’à présent pas été employé contre des suspects juifs.

Sans le recours à la détention administrative, les autorités font face à une plus grande exigence juridique pour les preuves d’un crime en vue de procéder à une arrestation, ce qui signifie que même si la police ou les agents du Shin Bet croient qu’un suspect a été impliqué dans un crime ou prévoit d’en commettre un, ils ne peuvent pas toujours les détenir.

Yinon Reuveni (à droite) et Yehuda Asraf, soupçonnés d'avoir vandalisé l'église de la Multiplication des pains et des poissons à Tabgha, sur le rivage de la mer de Galilée, à la cour de district de Nazareth le 29 juillet, 2015. (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

Yinon Reuveni (à droite) et Yehuda Asraf, soupçonnés d’avoir vandalisé l’église de la Multiplication des pains et des poissons à Tabgha, sur le rivage de la mer de Galilée, à la cour de district de Nazareth le 29 juillet, 2015. (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

En raison d’un manque de preuves suffisantes, par exemple, seulement trois des cinq suspects dans l’incendie criminel en juin sur l’église de la Multiplication en Galilée ont été mis en accusation. Les fonctionnaires du Shin Bet ont admis mardi ne pas avoir suffisamment de preuves pour arrêter les deux autres.

Alors que les nouvelles mesures approuvées par le cabinet de sécurité peuvent accélérer la chasse aux tueurs de Dawabsha, l’opposition à l’utilisation de la détention administrative est venue d’une source improbable – l’organisation de défense des droits de l’Homme, BTselem, un critique virulent de la présence israélienne en Cisjordanie.

Ces détentions sont destinées à être une mesure palliative, a précisé le porte-parole du groupe, Sarit Michaeli, pas une solution à long terme au problème. « Une détention administrative ne peut pas être le remplacement d’un bon vrai travail de police ou des enquêtes sérieuses », s’est-elle insurgée.

« Juste parce qu’Israël les utilise en gros contre les Palestiniens, ne signifie pas qu’il devrait maintenant commencer à faire la même chose contre les Israéliens », a-t-elle ajouté.

Mais l’ex-officier de renseignement, Kobi Michael, a insisté sur le fait que de telles mesures étaient indispensables pour une lutte efficace contre le terrorisme juif.

« Nous n’avons pas le choix », a-t-il affirmé. « Nous devons changer les critères et abaisser les seuils [d’arrestation], afin de sauver la démocratie ».

Un changement atmosphérique

La réponse des dirigeants israéliens et de la population à la mort de l’enfant de 18 mois, Ali Saad Dawabsha, les blessures graves de ses parents et son frère, et la destruction de leur maison a été claire et sans équivoque.

Les politiciens de l’ensemble de la classe politique ont condamné l’acte. Les manifestations contre la violence – organisées aussi en réponse à l’assassinat de Shira Banki, 16 ans, tuées dans une attaque au couteau à la Gay Pride de Jérusalem Pride jeudi – ont eu lieu dans les villes à travers le pays.

Le président Reuven Rivlin et son prédécesseur, Shimon Peres, ont mis en garde, dans des discours passionnés samedi soir, que les flammes de la haine menaçaient de consommer le pays. (Rivlin a dû faire appel à la police après que ses dénonciations publiques contre l’extrémisme juif et son empathie pour les victimes palestiniennes ont mené à des menaces de mort.)

Erdan a invoqué l’Holocauste vendredi : « une nation dont les enfants ont été brûlés dans l’Holocauste doit faire beaucoup d’introspection si elle élève des gens qui brûlent les autres êtres humains ».

la sheikh Ibrahim Ahmad Abu el-Hawa (au centre), avec le rabbin Yaakov Nagen (à gauche) et le rabbin Benjamin Kalmanzon, de la Yeshiva Otniel, avec d'autres rabbins, au cours d'une veillée pour la famille Dawabsha au Gush Etzion, le 2 août 2015 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

la sheikh Ibrahim Ahmad Abu el-Hawa (au centre), avec le rabbin Yaakov Nagen (à gauche) et le rabbin Benjamin Kalmanzon, de la Yeshiva Otniel, avec d’autres rabbins, au cours d’une veillée pour la famille Dawabsha au Gush Etzion, le 2 août 2015 (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

Dimanche soir, plus de 300 habitants de l’implantation de Gush Etzion ont assisté à une veillée pour la famille Dawabsha. Des rabbins éminents de la communauté de l’implantation se sont élevés contre la violence, et d’autres interlocuteurs qui ont pris la parole à l’événement ont appelé à une réponse plus sévère du gouvernement israélien.

Netanyahu a noté que « chaque société a des extrémistes et des assassins à sa lisières » et que le test d’une société est la façon dont « le centre, la direction » traite avec l’extrémisme.

Cela est en effet le test maintenant, tandis qu’Israël est aux prises avec ce que l’ancien chef du Commandement central de l’armée israélienne, Avi Mizrahi, a appelé un « culte » de plusieurs centaines d’extrémistes messianiques « qui ne croient pas en la souveraineté israélienne et du droit devant les tribunaux israéliens. Et ils peuvent apporter sur nous une catastrophe ».

« Nous avons fait une erreur en les appelant « jeunesse des collines » et en décrivant leurs actions comme des attaques ‘pris à payer’ », a-t-il regretté dans une interview accordée à la Deuxième chaîne ce week-end. « Ce sont des terroristes et c’est du terrorisme ».

Et évidemment, si les forces de sécurité israéliennes doivent contrecarrer, la sécurité d’Israël et le cadre juridique doivent le traiter comme du terrorisme.