Les logements temporaires préfabriqués qui hébergent actuellement les évacués du plan de désengagement de Gaza en 2005, même les plus grandes « caravillas », n’ont jamais été destinés à être permanents.

Ils ne comportent pas de zones renforcées pour protéger contre les attaques de roquettes, pas d’abris intégrés à la maison. Mais neuf ans plus tard, dans le quartier temporaire de Nitzan entre Ashdod et Ashkelon, vivent encore les anciens résidents du Gush Katif alors que le quatrième conflit depuis leur évacuation s’embrase à Gaza.

Les abris contre les bombes créés pour l’occasion, fournis par le Commandement de la Défense passive sont d’épais tuyaux d’égout en béton, d’environ deux mètres de diamètre, qui ont été décorés avec optimisme à l’extérieur avec des fleurs peintes, et équipés de bancs en bois à l’intérieur bien qu’il n’y ait pas assez de places assises si tout le quartier est à la maison quand une sirène se déclenche.

« Quand il y a une sirène, nous courons vers ces tuyaux d’égout comme des rats » raconte Deborah Israeli, mère de quatre enfants à 34 ans, qui vivait dans la localité de Netzer Hazani à Gaza.

« Ces zones peu protégées sont vraiment une arnaque ; ça ne marchera que si un missile atterrit bien loin et qu’il y a quelques débris qui tombent dans la zone » explique Israeli. « S’il y a une frappe directe » dit-elle, en frappant sur un mur creux, « tout cela est en carton. Vous n’êtes pas protégé ici. Tout est fait de placoplâtre et de carton ».

« Imaginez un instant que je sois seule avec quatre enfants en bas âge » a poursuit Israeli. « Quand ça arrive au milieu de la nuit, ce qui se passe, et que mon mari n’est pas à la maison, c’est un problème. Lequel je prends en premier ? Le bébé de six mois ? Ma fille de 2 ans ? Les deux ainés parce que je dois les presser, presser, presser ? Et en fond il y a cette terrifiante sirène, au milieu de la nuit ».

Eviatar Cohen, un voisin d’Israeli également originaire de Netzer Hazani, force sa famille à courir aux miguniot, ou « zones peu protégées » à chaque sirène, même s’il doute de l’efficacité de la protection.

« Pourquoi nous allons là ? Pour les enfants. Est-ce que ça nous protège ? Non » affirme-t-il. « Mais nous leur disons, vous devez, vraiment, vraiment aller dans les tuyaux d’égout comme ça nous avons une sorte de routine pour les enfants – ce qu’il faut faire quand il y a une sirène… Car si vous ne faites pas ça de manière instinctive, vous commencez à tout mélanger… Quand il n’y a pas de routine collective, c’est là que les plus grandes tragédies se produisent ».

Un tuyau en béton armé repeint sert d'abri anti-bombe pour un maximum de trois familles à Nitzan. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Un tuyau en béton armé repeint sert d’abri anti-bombe pour un maximum de trois familles à Nitzan. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Une porte-parole de l’armée israélienne qui supervise le Commandement de la Défense passive, a nié que les abris n’étaient pas adaptés. « Ces abris ont été modifiés spécifiquement dans le but de fournir une protection appropriée contre les attaques de roquettes » a-t-elle déclaré. « Le Commandement de la Défense passive est en contact étroit avec les autorités locales, notamment le Conseil régional d’Hof Ashkelon (où Nitzan est situé) ». Elle a ajouté que Nitzan a reçu les abris provisoires en 2012 pendant l’opération Pilier de Défense, même si quelques uns étaient déjà installés dès l’opération de 2009, Plomb Durci, selon les résidents.

Le manque d’espaces protégés dans leur quartier « provisoire » n’est qu’un élément d’une longue liste des difficultés que les évacués rencontrent chaque jour, explique Cohen. Mais Israeli d’ajouter, alors que son enfant rentre puis sort de la maison en courant, que 9 ans après le désengagement, elle n’en veut plus à l’Etat.

« Dans la période suivant notre départ, nous étions très en colère » explique Israeli. « Nous étions tellement, tellement en colère. Il nous a fallu du temps pour que cette colère se dissipe. Nous le sommes toujours. Vous pouvez à coup sur trouver encore des gens qui disent ‘nous voulons revenir’. Personnellement je ne suis pas de ces gens. Je ne suis pas sure de vouloir aller et élever mes enfants là-bas, dans la situation que nous avions alors. 9 ans plus tard, je me souviens et me dis que peut-être Dieu nous a réellement apporté un miracle quand il nous a sorti de là. Parce que qui sait ce qu’ils nous auraient fait aujourd’hui. Ils seraient en train de construire des tunnels sous nos villages et les feraient exploser. Ils pourraient tout faire sauter ! ».

Deborah Israeli et Eviatar Cohen avec leurs enfants. L'épicerie et la dépanneuse ont été fermés en raison de la situation. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Deborah Israeli et Eviatar Cohen avec leurs enfants. L’épicerie et la dépanneuse ont été fermés en raison de la situation. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Pour autant, explique-t-elle, il y a le sentiment que la violence actuelle à Gaza correspond exactement à ce que les autorités des implantations avaient annoncé : le contrôle du Hamas, les salves de roquettes, un réseau très large de tunnels.

« Tout le temps que nous parlions de partir, nous disions, nous partirons et les missiles commenceront à atteindre des zones bien plus éloignées. Et qu’a-t-on dit contre cela, tous les gens à la télévision ? Ils disaient, aucun rapport. Une fois que vous serez partis, nous aurons une bonne raison de vraiment les pourchasser (les terroristes à Gaza). A la fin du compte, regardez, les missiles ont atteint Ashkelon et puis Tel Aviv et même plus loin encore ».

« La communauté internationale, l’Union européenne, ils ont promis que si nous quittions Gaza, il y aurait le calme » rappelle Cohen. « Pour nous, il était évident qu’il arriverait ce qui se déroule actuellement. La vraie surprise est que cela a pris tant de temps – 9 ans ».

Toutefois, Cohen a exprimé, à l’instar de la population israélienne, sa réticence à revenir dans le Gush Katif. « Personnellement, je n’y retournerai pas, j’ai deux petites filles, de 4 ans et demi et six mois » a dit Cohen. « Je ne retourne pas à moins qu’on me promette un nouveau jardin d’Eden. La réalité de ces derniers temps dans le Gush Katif est que ce n’est pas un endroit pour élever des enfants. Quiconque pense autre chose vit dans un monde fantaisiste ou est un vrai idéaliste ». Cohen a insisté sur le fait que nombreux évacués ne sont pas d’accord avec lui, à commencer par sa propre épouse, qui retournerait dans le Gush Katif sous n’importe quelle circonstance.

Comme beaucoup de familles dans le sud, les résidents de Nitzan ressentent la tension liée à une opération de grande envergure en plus du stress émotionnel de longue date d’avoir été évacué. Dans le voisinage d’Israeli, ils sont cinq jeunes familles avec 25 à 30 enfants d’âges différents qui courent dans tous les sens. Mais alors que l’opération Bordure Protectrice s’étend dans sa troisième semaine, de nombreuses familles ont fui pour rejoindre des proches dans des régions plus calmes ou à l’hôtel. Une autre famille seulement est dans le quartier en ce moment.

« Il y a eu deux semaines où c’était complètement désert » raconte Cohen. « C’était comme une ville fantôme. Je venais me doucher et changer de vêtements sans voir une seule personne ». Désormais, les familles commencent à revenir à Nitzan, notamment les familles Israeli et Cohen, à peine rentrées après être parties pour quelques semaines. « Combien de temps peut-on rester avec des proches ? » a demandé Cohen. « Et tous ceux qui restaient à l’hôtel n’ont plus d’argent ».

Les rues de Nitzan étaient presque vides dimanche après-midi juste avant l’heure du dîner, seulement quelques frères et sœurs jouant au chat et à la souris. Le dépanneur du coin, qui reste généralement ouverte jusqu’à 20 heures l’été pour que les familles puissent passer devant et acheter de la glace, a fermé à 16 heures. La clinique, l’épicerie et le bureau de poste ont également suivi des horaires réduits. Le Conseil local a fermé des écoles maternelles et des camps d’été en raison du manque d’espaces protégés.

« Ils ont passé plus d’un mois sans cadre de travail » a dit Israeli, après une crise à propos d’un paquet de Bamba écrasé dans un accès de colère avec au moins un des enfants en pleurs. « Depuis plus d’un mois, nous devons les tenir occupés du matin au soir ». Le défi est encore plus grand pour les familles comme les Israeli où un des parents est réserviste ou du moins engagé dans le conflit. Le mari d’Israeli travaille avec l’unité de déminage de la police, qui fait des heures supplémentaires pour faire face à tous les débris de roquettes qui tombent, et il est rarement à la maison.

Les rues de Nitzan étaient presque vide le dimanche alors que les familles sont parties pour des zones plus sûres et plus calmes du pays. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Les rues de Nitzan étaient presque vide le dimanche alors que les familles sont parties pour des zones plus sûres et plus calmes du pays. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

« Les enfants ont des questions et vous ne savez pas comme répondre » explique Cohen. « Ils ont besoin de beaucoup de câlins, ils pleurent tout le temps ‘Papa, papa !’ et après vous avez ça », raconte-t-il alors que son téléphone fait part d’une alerte rouge à Beer-Sheva. « Elle demande toujours ‘Papa cette explosion était chez nous ? Le Dôme de fer l’a interceptée ?’ »

Alors que l’armée découvre de plus en plus de preuves du réseau de tunnels, Cohen et les autres ont confié ne pas être surpris par la taille du réseau.

« Si je disais que j’étais surpris par les tunnels, je devrais aussi être surpris par la taille du Hamas or je ne le suis pas » explique-t-il. « Tout le monde savait qu’ils étaient là. Qu’en est-il de la Syrie ? Tout le monde savait qu’Assad était fou mais quelqu’un a-t-il pensé que sa folie atteindrait un tel niveau ?… C’est ce que fait le mal – si tu le laisses grandir, il se multiplie. D’un autre coté, la même chose arrive avec le bien. Si tu le laisses grande, il se multiplie tout autant.

« Nous savons (pour les tunnels) depuis le passage de Philadelphi il y a 20 ans » a dit Aviel Eliaz, le secrétaire de Nitzan et des environs de Nitzanit, qui a vécu dans le village de Nitzanit dans le Gush Katif. La seule chose qui l’a surpris c’est que l’armée et le gouvernement soient restés silencieux aussi longtemps.

« Nous savions depuis le moment où nous sommes partis que Gaza deviendrait le Liban et c’est exactement ce qui s’est passé » a-t-il dit.

« De la maison sur laquelle je payais encore un crédit il y a quelques années, le Hamas est debout sur son toit à envoyer des roquettes sur mes enfants et moi. Je ne serais pas étonné qu’ils utilisent mon propre sous-sol comme entrée d’un tunnel vers (la ville frontalière israélienne) Netiv Haasar.

Bien qu’Eliaz a refusé de parler de la sécurité des abris anti-bombes, tuyaux d’égout, insistant sur le fait que « c’est ce que nous avons pour l’instant », il a adressé un message clair au gouvernement, message qui a été repris parmi beaucoup de gens à Nitzan.

« Soyez forts car nous sommes forts » a-t-il dit. « Nous vous laissons tout le temps pour continuer cette opération et la finir. Si nous devons attendre ici (dans les abris) pendant deux mois de plus, nous le ferons, donc faisons comme ça et finissons-en. En revanche, ne vous arrêtez pas au milieu, que nous n’ayons pas à courir tous les trois mois dans les abris contre les bombes au milieu de la nuit avec nos enfants ».

« Je ne vais pas demander 40 ans de calme. Seulement 10 » explique-t-il. « Là maintenant, nous allons leur donner toute la force et le soutien dont ils ont besoin. Mais si cette opération s’arrête au milieu avant que les objectifs soient atteints, nous ne nous reposerons pas avant d’avoir renversé le gouvernement. Nous ne permettrons pas à l’Etat d’Israël de parier sur la vie de nos enfants ».