Options binaires : le FBI va enquêter dans le monde entier et invite les victimes à porter plainte
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Options binaires : le FBI va enquêter dans le monde entier et invite les victimes à porter plainte

L’agence a reçu de nombreuses plaintes sur l’industrie frauduleuse centrée en Israël, et son enquête “n’est pas limitée aux Etats-Unis”, “nous voyons cela comme un problème mondial”

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)
Un agent du FBI. Illustration. (Crédit : iStock)

Le FBI enquête activement et de manière concertée sur la fraude des options binaires, et poursuivra en justice n’importe où sur cette Terre, a déclaré un agent de l’unité des crimes financiers complexes de l’organisation.

« Nos agents vont retourner chaque pierre », a déclaré l’agent spécial du FBI Milan Kosanovich pendant un entretien téléphonique la semaine dernière, après une réunion entre le FBI et les autorités européennes le mois dernier pour un sommet d’urgence sur la fraude des options binaires à La Haye.

« Nous ne sommes pas limités aux Etats-Unis, a-t-il ajouté. Nous avons des partenaires internationaux dans des pays du monde entier. Je ne veux pas rentrer dans les détails mais nous avons travaillé dur pendant longtemps en tant qu’entité pour obtenir les informations dont nos enquêteurs ont besoin de la part de nos partenaires. »

Une grande partie de la fraude totale des options binaires se fait depuis des centres d’appels situés en Israël, même si les sociétés écrans de l’industrie et l’infrastructure de traitement de paiements sont réparties dans le monde entier, tout comme le sont les victimes de cette industrie, largement frauduleuse.

Le FBI a invité quiconque a le sentiment d’avoir été arnaqué par les options binaires, peu importe l’endroit du monde où il vit, à se présenter.

Offre d'emploi pour Prime Sales, une entreprise d'options binaires israélienne, avec une image tirée du film "Les loups de Wall Street". (Crédit : capture d'écran)
Offre d’emploi pour Prime Sales, une entreprise d’options binaires israélienne, avec une image tirée du film « Les loups de Wall Street ». (Crédit : capture d’écran)

« Le FBI accueille les plaintes de tous les individus qui ont été victimes des options binaires », a déclaré une porte-parole de l’agence au Times of Israël. « Nous voyons cela comme un problème mondial, et nous travaillerons avec tous ceux qui souhaitent régler ce problème et éradiquer cette menace criminelle. »

Quand il a été demandé si le FBI enquêtait simplement sur les courtiers en options binaires en tant que tel ou s’il enquêtait également sur les entreprises qui alimentaient les coulisses de ces sites internet, comme Spotoption ou Panda, Kosanovich a répondu que « je ne peux pas parler d’entreprises spécifiques. Ce que je peux dire, c’est que quand nous faisons des enquêtes criminelles, nous ne nous limitons pas à ceci ou cela. Nous essayons d’avoir un regard aussi complet que possible sur la situation sur laquelle nous enquêtons. Et nous prenons des décisions appropriées avec les procureurs en ce qui concerne les activités criminelles. »

Kosanovich a également déclaré que si le besoin se faisait sentir à un moment d’extrader des ressortissants depuis l’étranger pour qu’ils soient jugés, les Etats-Unis essaieraient de le faire au cas par cas.

L’agent Kosanovich a déclaré que la fraude des options binaires avait été portée à l’attention du FBI par plusieurs canaux. La SEC américaine, le régulateur des titres et des marchés des Etats-Unis, et la CFTC, la commission de régulation des marchés à terme américains, ont reçu de nombreuses plaintes de victimes arnaquées par l’industrie. Le FBI a du personnel au sein de la SEC et de la CFTC, et a lui-même reçu des plaintes.

« Nous avons nos moyens traditionnels de rassembler de l’information sur les menaces de fraude, que ce soit par des plaintes des victimes ou par les capacités de recherche que nous avons, qui analysent des données auxquelles nous avons accès, a-t-il déclaré. Une fois que nous avons jeté un œil à la fraude [des options binaires], nous avons décidé que c’était quelque chose qui méritait notre attention. »

La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)
La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)

Beaucoup d’anciens employés d’entreprises israéliennes d’options binaires qui ont parlé au Times of Israël ont affirmé qu’une grande partie de l’industrie avait pour politique de ne pas solliciter des clients américains par crainte du système judiciaire des Etats-Unis. D’autres entreprises contactent cependant des clients américains, même si cela est interdit par la loi américaine.

« L’industrie des options binaires n’est pas techniquement illégale aux Etats-Unis, a souligné Kosanovich. Mais vous devez être une entité régulée et enregistrée, et il me semble, si ma mémoire ne me trompe pas, qu’il n’y en a que deux. Et il y a bien plus de deux entreprises d’options binaires qui sollicitent des clients américains. »

Kosanovich faisait probablement référence à Nadex et Cantor Exchanges à Chicago, qui sont régulées aux Etats-Unis. Elles diffèrent des entreprises d’options binaires israéliennes et offshores car elles mettent simplement en contact acheteurs et vendeurs, et n’utilisent pas de structure douteuse où la perte du client constitue le gain de l’entreprise.

Une source proche de Nadex a déclaré en novembre qu’il pensait qu’il était très peu probable qu’une entreprise d’options binaires israéliennes, dont la plupart sont frauduleuses et dont aucune n’a obtenu d’approbation pour être régulée par l’Autorité des titres israélienne, ne passe les obstacles pour obtenir une régulation américaine.

Au-delà de l’enquête sur les entreprises elles-mêmes, Kosanovich a ajouté que le FBI fournissait des informations aux entreprises de cartes de crédit pour qu’elles puissent reconnaitre les transactions d’options binaires et comprendre la nature de l’industrie.

« Nous pensons qu’une partie de la solution est d’éduquer les banques, émettrices et réceptrices, à ce que c’est exactement. Si elles voient que leurs clients demandent à payer cela, elles savent exactement ce qui y est associé. »

Cartes de crédit. Illustration. (Crédit : Avatar)
Cartes de crédit. Illustration. (Crédit : Avatar)

Chaque transaction par carte de crédit implique au moins quatre parties : le propriétaire de la carte, le marchand, la banque émettrice et la banque réceptrice. Le propriétaire de la carte initie une transaction quand il veut acquérir un bien ou un service auprès d’un commerçant.

Quand le commerçant demande à être payé sur la carte de crédit du propriétaire, la banque réceptrice du commerçant lui accorde l’argent par anticipation, puis demande le remboursement à la banque qui a délivré la carte de crédit. La banque émettrice est ensuite payée par le propriétaire de la carte lui-même.

Une récente victime de la fraude des options binaires a déclaré au Times of Israël que quand il a montré aux cadres de sa banque des articles sur la nature frauduleuse de l’industrie, il a pu récupérer son argent grâce à un remboursement.

Quand il lui a été demandé si les options binaires étaient une forme de fraude particulièrement sophistiquée, comme certains l’ont suggéré, Kosanovich a répondu que « ici, au FBI, nous avons une unité spécialement dédiée au blanchiment d’argent. Nous avons tout vu. Certaines sont très sophistiquées et certaines ne le sont pas. Ceux qui aiment exercer leur art dans le monde de la fraude financière peuvent se montrer très créatifs. »

Une porte-parole du FBI a déclaré que quiconque ayant une plainte ou une information sur la fraude des options binaires pouvait contacter le FBI, notamment sur le centre de plainte pour le crime sur internet de l’agence, www.IC3.gov. Quiconque ayant une information devrait aussi le signaler à la SEC et à la FCTC, a déclaré la porte-parole.

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque et ce du jour au lendemain. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)
Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

En janvier, le Times of Israël a annoncé que le Canadien Fred Turbide s’était suicidé après avoir perdu plus de 200 000 dollars canadiens à cause d’entre entreprise israélienne d’options binaires. Cette société a récupéré de l’argent sur la carte de crédit de Turbide même après sa mort. Sa veuve a voulu raconter la tragédie pour que « le monde sache qu’ils sont responsables de la mort de l’amour de ma vie. »

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

En réponse aux articles du Times of Israël, la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset a organisé une session spéciale le 2 janvier sur l’échec du gouvernement à arrêter la fraude des options binaires. La présidente de la commission, la députée Karin Elharar, du parti Yesh Atid, a demandé que la police commence à appliquer la loi contre les entreprises frauduleuses d’options binaires dès le prochain mois, et que l’Autorité des titres israélienne présente d’urgence un projet de loi permettant de fermer toute l’industrie.

La police a ignoré la demande d’Elharar de se présenter devant la commission. Une seconde réunion aura lieu en février, et il a été ordonné à la police d’y être présente.

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)
La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

En novembre, Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), a déclaré au Times of Israël que des consultations avaient commencé sur la formulation d’une loi qui interdirait à toutes les entreprises d’options binaires basées en Israël de cibler n’importe quel individu dans n’importe quel pays. (Il est déjà interdit aux entreprises israéliennes de cibler des Israéliens.) Les consultations ont été étendues au procureur général, Avichai Mandelblit, et au gouvernement, a-t-il déclaré.

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