Israël en guerre - Jour 233

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Opinion

208 jours après le début de la guerre, le Hamas semble toujours mener la danse

La dernière proposition « extraordinairement généreuse » d’Israël au Hamas pour la libération des otages a-t-elle une chance d’être acceptée par les principaux concernés ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Yahya Sinwar, chef du Hamas dans la bande de Gaza, dans un tunnel à Khan Younès, dans le sud de Gaza, le 10 octobre 2023. (Crédit : Porte-parole de Tsahal)
Yahya Sinwar, chef du Hamas dans la bande de Gaza, dans un tunnel à Khan Younès, dans le sud de Gaza, le 10 octobre 2023. (Crédit : Porte-parole de Tsahal)

À l’heure où j’écris ces lignes, le secrétaire d’État américain Antony Blinken tient une série de réunions avec les dirigeants israéliens, après avoir publiquement affirmé la veille que l’offre d’Israël au Hamas en vue d’un accord sur les otages était « extraordinairement généreuse » et invité le Hamas à l’accepter au plus vite.

Les termes de cette offre n’ont pas été officiellement confirmés, mais il s’agirait dans un premier temps de la libération de 33 otages vivants répondant aux critères dits « humanitaires » (femmes, enfants, hommes de plus de 50 ans, blessés et malades). En contrepartie, Israël libérerait un millier de prisonniers sécuritaires palestiniens, dont beaucoup purgent des peines de prison à vie pour assassinat, et ce pendant une trêve des combats qui durerait 40 jours, au cours de laquelle les habitants déplacés de Gaza retourneraient chez eux et l’armée israélienne se redéploierait partiellement. Au cours de cette première phase, des négociations seraient également entamées avec pour objectif la mise en place d’un processus visant à rétablir un calme durable dans la bande de Gaza.

Une deuxième phase, si elle est atteinte, verrait la libération des derniers otages en échange de nombreux autres prisonniers sécuritaires palestiniens, la finalisation d’un accord pour un calme durable à Gaza et le retrait total de Tsahal.

Une troisième et dernière phase verrait la restitution des dépouilles et le début de la mise en œuvre d’un plan pluriannuel de réhabilitation de Gaza, avec interdiction pour le Hamas de reconstruire son infrastructure militaire.

Comme toujours, le diable se cache dans les détails, et nombre d’entre eux restent obscurs. Tsahal sera-t-elle en mesure d’empêcher le retour du Hamas dans le nord de la bande de Gaza au cours de cette première phase de l’accord ? Dans le cas contraire, l’un des principaux résultats de la guerre risque de ne pas être atteint. Tsahal pourra-t-elle reprendre les combats une fois la première phase terminée, comme l’ont assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les responsables de la Sécurité, afin de démanteler les quatre derniers bataillons du Hamas à Rafah ? L’apaisement à long terme ne serait-il qu’un euphémisme pour désigner la fin de la guerre ?

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) rencontrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 1er mai 2024. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

Malgré les menaces des partis d’extrême droite de sa coalition, qui s’opposent à l’accord, de briser sa majorité gouvernementale, Netanyahu semble avoir le poids politique nécessaire pour l’approuver s’il le souhaite. Au sein du cabinet de guerre, le chef de HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a déclaré que le gouvernement devrait aller de l’avant avec un accord prévoyant la libération d’otages, sous réserve qu’il ne soit pas explicitement conditionné à une cessation des hostilités – et les termes de l’accord actuel semblent éviter une telle condition explicite. Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, semble être du même avis. En outre, le Premier ministre serait presque certainement en mesure de réunir une majorité au sein du cabinet, le même organe qui a voté par 35 voix contre 3 l’approbation officielle de l’accord de libération des otages, qui a duré une semaine, en novembre.

Les menaces proférées par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, de retirer leurs partis d’extrême droite de la coalition ne représentent donc pas nécessairement une issue fatale pour le gouvernement de Netanyahu. Le chef de l’opposition, Yair Lapid, s’est engagé à plusieurs reprises à apporter les voix nécessaires à la Knesset pour que la coalition ne soit pas détruite par ce type de « prise d’otage ».

Netanyahu pourrait tout à fait présenter les termes de l’accord comme une avancée, ou du moins comme ne contrariant pas les trois objectifs déclarés de la guerre : l’anéantissement du Hamas en tant que force militaire et gouvernementale, le retour des otages et la prévention d’une nouvelle menace terroriste dans la bande de Gaza après la guerre. Depuis quelques jours, il insiste sur le fait que Tsahal entrera à Rafah, avec ou sans accord, et il est probable qu’il continuera à le faire.

S’il refusait, cela reviendrait, de manière assez absurde, à rejeter des conditions que ses propres négociateurs n’auraient pu proposer qu’avec son accord et celui de son cabinet de guerre. Cela constituerait un défi pour les États-Unis et mettrait en péril le maintien du soutien de l’administration Biden. Toutefois, un vote négatif n’est pas à exclure, d’autant plus que Netanyahu, qui rompt régulièrement ses alliances politiques, ne fera probablement pas confiance aux assurances de soutien de Lapid à la Knesset ni que le soutien de Yesh Atid ne se prolonge au-delà de la durée de vie de l’accord.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à droite) rencontrant les familles des otages détenus par le Hamas, à l’extérieur d’un hôtel, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Evelyn Hockstein/Pool Photo via AP)

Mais, tout ce qui précède dépend en réalité de la réponse du Hamas à ces conditions.

Il est tout à fait possible que le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, soit satisfait de la situation et qu’un accord ne soit pas vraiment nécessaire. En effet, la plupart des troupes israéliennes se sont retirées de Gaza il y a longtemps. La pression internationale exercée sur Israël pour qu’il ne lance pas d’offensive terrestre à Rafah, où Sinwar semble se cacher, est immense. Ces conditions pourraient l’amener à penser que ses chances de survie et celles du Hamas sont relativement bonnes, que le Hamas n’aura de peine à se réarmer et à planifier de nouvelles attaques, encore plus importantes que celle du 7 octobre. Sans oublier qu’Israël est attaqué à sa frontière nord par le Hezbollah et que l’Iran se rapproche de la bombe.

En outre, une grande partie de la communauté internationale se montre de plus en plus intolérante à l’égard du droit d’Israël à se défendre et de plus en plus intolérante à l’égard d’Israël et, plus particulièrement, des Juifs, une tournure des événements sur la scène internationale qui cadre parfaitement avec les aspirations génocidaires avouées du Hamas à l’égard du peuple juif.

Il pourrait donc conclure qu’un rejet de l’accord ou des objections à celui-ci ne serviraient qu’à exacerber les luttes intestines en Israël, ce qui, là encore, constituerait un son de cloche très agréable à ses oreilles.

D’autre part, les termes de l’accord, tels qu’ils ont été publiés, semblent lui offrir, ainsi qu’à ses forces très affaiblies mais toujours fonctionnelles, une garantie de survie à court terme, la possibilité de revendiquer une victoire et, potentiellement, il pourrait y voir une occasion de se battre à nouveau.

Il convient de souligner une fois de plus que les termes de l’accord, tels qu’ils ont été largement rapportés, n’ont pas été confirmés et ne sont pas officiels.

Les troupes de l’armée israélienne en opération dans le corridor central de Gaza, sur une image publiée le 1er mai 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Les intérêts de l’administration Biden à faire avancer l’accord sont clairs : elle veut voir les otages libérés et une procédure pour mettre fin à la guerre mise en place. Elle veut également marginaliser le Hamas, pacifier et réhabiliter Gaza, et permettre aux Israéliens de vivre en toute sécurité à côté de la bande de Gaza. Elle estime par ailleurs qu’un accord réduira la probabilité d’une escalade à la frontière nord, où des dizaines de milliers d’Israéliens ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.

L’administration américaine souhaite renforcer l’alliance contre l’Iran, qui a joué un rôle décisif dans la mise en échec de la quasi-totalité des frappes sans précédent de missiles et de drones iraniens contre Israël le mois dernier. Elle espère pouvoir s’appuyer sur l’accord pour inciter Israël et l’Arabie saoudite à normaliser leurs relations, un processus qui exigera d’Israël qu’il modère l’opposition catégorique de son gouvernement à tout progrès substantiel en vue de la création d’un État palestinien.

Elle espère ramener le calme dans les universités et réduire la spirale de l’antisémitisme. Et elle est convaincue que tout cela contribuera à assurer la réélection de Biden.

Certains de ces objectifs sont ambitieux à long terme, d’autres sont extrêmement improbables, du moins avec le gouvernement israélien actuel. Il ne fait aucun doute que l’administration ne serait pas trop mécontente de voir la coalition Netanyahu s’effondrer, même s’il est loin d’être acquis qu’un gouvernement israélien beaucoup plus modéré lui succéderait.

Des manifestants bloquant la route Begin devant les quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv pour demander la libération des otages détenus à Gaza, le 30 avril 2024. (Crédit : Danor Aharon/Mouvement de protestation pro-démocratie)

Mais pour l’heure, les États-Unis, les médiateurs, Netanyahu et son gouvernement, les familles des otages et les otages eux-mêmes attendent tous une réponse du Hamas à cette offre israélienne « extraordinairement généreuse ».

Deux cent huit jours après avoir envahi Israël, massacré 1 200 personnes et enlevé 253 autres, le Hamas continue à mener la danse, une réalité tout simplement révoltante.

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