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86 % des jeunes Français ont déjà « entendu parler » de la Shoah, selon un sondage

L’étude a également rapporté que 34 % des jeunes sondés estimeraient que le sujet serait "trop abordé, au détriment de la guerre d’Algérie ou la traite négrière"

Des visiteurs du camp de concentration nazi d'Auschwitz après la Marche des vivants, à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP/Czarek Sokolowski)
Des visiteurs du camp de concentration nazi d'Auschwitz après la Marche des vivants, à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP/Czarek Sokolowski)

Réalisé à l’occasion de la Cérémonie du souvenir en mémoire des déportés et des victimes, dimanche dernier, un sondage Ifop pour le Journal du dimanche et l’Union des étudiants juifs de France a notamment avancé que 86 % des jeunes Français avaient déjà « entendu parler » de la Shoah, en grande partie grâce à l’école – le chiffre grimpe à 93 % pour les sondés ayant suivi une scolarité normale. (À titre de comparaison, ils seraient 71 % à avoir entendu parler du génocide arménien de 1915-1916, et 49 % de celui des Tutsis au Rwanda en 1994.)

Si ces chiffres sur la mémoire de la Shoah semblent encourageants, des signaux inquiétants perdurent : 34 % d’entre eux estimeraient ainsi que le sujet serait « trop abordé, au détriment de la guerre d’Algérie ou la traite négrière ». Pour 21 % des jeunes sondés, soit un sur cinq, la Shoah est même un « évènement daté dont l’enseignement ne devrait plus être une priorité ».

Ainsi, l’étude indique que l’enseignement du génocide des Juifs serait assez largement enseigné, et bien reçu, bien qu’une frange minoritaire d’élèves puisse en être réfractaire.

Le sondage venait répondre à la question : où en sont l’enseignement de la Shoah à l’école et sa perception par les jeunes ? – ce qu’a, pour ce faire, demandé l’Ifop à 800 jeunes âgés de 15 à 24 ans.

D’autres chiffres rapportés : 92 % des jeunes connaissent les chambres à gaz ; 88 % le camp d’Auschwitz-Birkenau ; 72 % la rafle du Vel’ d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942, dont le 80e anniversaire a été commémoré cet été  – soit 4 points de plus qu’il y a deux ans – et 61 % la Shoah par balles. 53 % des jeunes sondés disent avoir connaissance de l’existence des Justes parmi les nations, qui ont sauvé des Juifs des griffes nazies – dans le détail, seuls 19 % peuvent néanmoins donner la définition exacte de ce titre. La perception du nombre de personnes assassinées serait plus approximative, 54 % d’entre eux estimant qu’ils étaient moins de 5 millions.

Samuel Lejoyeux, président de l’UEJF, s’est dit satisfait par les statistiques présentées.

« Bravo aux professeurs. Le travail fait par l’Éducation nationale et les associations mémorielles porte vraiment ses fruits », a-t-il salué.

Une autre statistique fait néanmoins tiquer : si 80 % des sondés estiment que le génocide des Juifs par l’Allemagne nazie est « un crime monstrueux », 10 % des jeunes sondés considéreraient qu’il s’agit plutôt « d’un drame parmi d’autres de cette guerre qui a fait beaucoup de victimes ».

Les plus réfractaires sont toutefois nettement moins nombreux : 3 % des sondés évoquent une exagération, et seulement 1 % estime que la Shoah est une pure invention.

Le sondage avance également que 56 % des jeunes sondés estimeraient que la Shoah serait une sorte d’outil « utilisé par l’État d’Israël pour justifier sa politique vis-à-vis des Palestiniens » – un chiffre qui monte à 59 % chez les soutiens de la majorité présidentielle, 67 % chez les sympathisants de La France insoumise et 80 % chez les musulmans.

Tandis que 33 % des jeunes estiment que « la France n’a pas à s’excuser de son attitude durant la Shoah », ils sont 42 % des sympathisants du Rassemblement national à le considérer.

83 % des jeunes disent avoir acquis leurs connaissances sur la Shoah par l’école, contre 29 % par des films, livres, documentaires ou fictions ; 14 % par le biais d’Internet, autant par des musées ou des expositions ; et 12 % par la transmission familiale.

75 % des sondés rapportent que l’enseignement de la Shoah en classe d’histoire a été satisfaisant. 35 % des jeunes évoquent, dans ce cadre, des « blagues et des plaisanteries », 18 % une remise en cause de certains aspects du génocide, comme l’existence des chambres à gaz, et 14 % le refus, par certains élèves, d’assister aux cours concernés.

32 % des jeunes, soit plus d’un sur trois, disent avoir déjà « lu ou visionné des articles et vidéos remettant en cause l’existence de la Shoah ». Le sondage s’est également intéressé à ce phénomène, pendant la pandémie, quand des militants anti-pass sanitaire et/ou anti-vaccin, ont comparé la situation à celle des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. 22 % des jeunes ont trouvé cela justifié – et même 35 % des sympathisants RN et 37 % des LFI (27 % ne trouvent pas choquant le fait que des manifestants anti-pass aient porté des étoiles jaunes.)

« C’est inquiétant, mais cela reste minoritaire », a commenté Samuel Lejoyeux. « Bien que ces parallèles ignobles aient pu être diffusés par le médias, les jeunes prennent beaucoup de recul. »

« La Shoah demeure un objet historique bien identifié, malgré des lacunes », a analysé Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop.

Si 89 % des jeunes considèrent qu’« il est important d’enseigner la Shoah aux jeunes générations afin d’éviter que cela ne se reproduise », seuls 69 % d’entre eux disent que c’est un « crime qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité », « ce qui veut dire qu’un jeune sur trois est sur une logique de relativisation », a commenté ­Frédéric Dabi.

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