Crainte d’une nouvelle vague à Binyamina, de nouveau en mode COVID
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Reportage

Crainte d’une nouvelle vague à Binyamina, de nouveau en mode COVID

Alors qu'Israël a opéré son retour à la normale, les ordres de quarantaine ne cessent de tomber pour les habitants et les masques font leur grand retour. S'est-on réjoui trop tôt ?

Adi Polak derrière un écran en plexiglas récemment réinstallé dans sa quincaillerie de Binyamina, le 21 juin 2021. (Crédit : Nathan Jeffay/Times of Israel)
Adi Polak derrière un écran en plexiglas récemment réinstallé dans sa quincaillerie de Binyamina, le 21 juin 2021. (Crédit : Nathan Jeffay/Times of Israel)

BINYAMINA — Dans le pays déclaré « vert » et quasiment débarrassé du COVID, Binyamina est la première ville à être rétrogradée au niveau « jaune » et certains résidents craignent que cela ne soit annonciateur pour le reste du pays.

Petite ville située au pied du mont Carmel et célèbre pour ses vignobles, Binyamina compte aujourd’hui 43 cas de coronavirus, soit 27 cas pour 10 000 habitants, quatre fois plus que partout ailleurs dans le pays et plus d’un dixième des 358 cas du pays.

C’est un retournement de situation inattendu, qui survient une semaine après que les autorités sanitaires israéliennes ont levé la dernière grande restriction : le port du masque en intérieur.

Dans le cadre du système israélien de « feux de signalisation » qui vise à différencier les localités en fonction de leurs taux respectifs d’infection par le coronavirus, les localités « rouges » sont soumises aux restrictions les plus strictes, suivies des localités « oranges », « jaunes » et « vertes », ces dernières ne bénéficiant actuellement de presque aucune restriction.

Dans cette ville située entre Tel Aviv et Haïfa, les masques ont fait leur grand retour et certains craignent que si le virus se répand, cela compromettra l’étanchéité d’Israël au virus.

Car l’épidémie qui s’est déclarée à Binyamina fait partie d’une image plus large : celle du variant Delta du virus, initialement identifié en Inde, qui fait son incursion en Israël.

Les dirigeants israéliens sont décidés à lutter contre ce variant, très conscients que le nombre de cas positifs a plus que doublé depuis le 16 juin, passant de 15 à 31, selon une moyenne mobile sur sept jours.

Les médias israéliens ont signalé que 70 % des nouveaux cas de COVID-19 étaient des variants Delta, qui est plus contagieux que les autres variants. Certains craignent qu’il soit plus à même de contourner les vaccins, mais une nouvelle recherche à grande échelle menée au Royaume-Uni suggère que le vaccin Pfizer, qu’Israël utilise, est efficace à 96 % contre les hospitalisations ou les décès causés par le variant Delta.

Un enfant israélien reçoit un vaccin COVID-19, au centre de vaccination Clalit à Petah Tikva, le 6 juin 2021. (Crédit : Flash90)

L’atmosphère à Binyamina lundi était très évocatrice de la nervosité et de l’incertitude qui planait quand le virus s’est déclaré au printemps 2020. Les parents, les uns après les autres, chacun accompagné d’un enfant, se sont présentés à l’école Eshkolot pour demander à quelle heure commençaient les tests de dépistage du virus. Les enfants étaient tous en quarantaine depuis peu en raison d’un contact avec un porteur de la COVID, et n’étaient autorisés à sortir que pour que leurs prélèvements soient effectués.

Puis soudainement, alors que les parents en quête de tests attendaient, un nouvel afflux de parents a été constaté à l’entrée : des mères et pères dont les enfants venaient de recevoir de nouveaux ordres de quarantaine, apparemment parce qu’un cas de coronavirus avait été confirmé dans leur classe, et qui venaient récupérer leurs enfants.

Shai Berlin, 40 ans, a raconté que Binyamina a été catapultée aux pires jours de la pandémie à une vitesse vertigineuse : « la confusion règne », a-t-il dit.

Interrogé sur le nombre d’enfants qu’il récupérait pour la quarantaine, il a répondu laconiquement : « Ma fille de neuf ans pour l’instant, mais qui sait, ça pourrait bien être mon autre enfant d’ici la fin de la journée. »

Shai Berlin, à Binyamina, le 21 juin 2021. (Crédit : Nathan Jeffay/The Times of Israël)

Malgré les chiffres rassurants, les parents craignent que l’épidémie compromette la protection vaccinale à Binyamina et ailleurs. « J’entends des gens dire qu’il est possible que le vaccin ne nous protège pas de ce variant », a dit Berlin.

Et parmi les habitants les plus âgés, ceux qui sont le plus à risque si le variant – ou une mutation ultérieure – venait à percer leur protection vaccinale, la prudence était de mise. Adi Polak, 72 ans, a réinstallé l’écran en plexiglas sur son comptoir, pour le séparer des clients, même si la loi ne l’exige plus. Il demande également à ce que toute personne entrant dans le magasin porte un masque.

« C’est trop tôt pour dire au revoir aux masques et retourner à la normale », a-t-il dit. « Les vaccins font du bon boulot mais les cas de COVID viennent de l’étranger. »

« Avec certains de ces variants, même si je suis vacciné, je pense que je peux attraper le virus. Donc je continuerais à porter mon masque et je m’assurerai que quiconque entre ici fasse de même. »

De retour à l’école, Eilat Levi « craint » les ramifications du cluster de Binyamina, bien consciente que les cas pourraient se diffuser chez les enfants, qui sont, pour la plupart, non vaccinés, et craint que le virus ne contourne le vaccin.

Eilat Levi et son fils Amir à Binyamina, le 21 juin 2021. (Crédit : Nathan Jeffay/The Times of Israël)

Venue faire tester son fils Amir, qui était en quarantaine, ils ont tous deux évoqués leur frustration face à l’épidémie. Selon les chiffres du ministères de la Santé, près de 40 % des cas de COVID diagnostiqués en Israël ce mois-ci venaient de l’étranger et les parents de Binyamina sont convaincus que l’épidémie est imputable à des enfants qui ont voyagé à l’étranger et n’ont pas respecté la période d’isolement obligatoire.

« Les gens sont en colère ici, contre ceux qui voyagent et ne s’isolent pas [à leur retour] », a dit Levi. « Binyamina devrait servir de contre-exemple : n’emmenez pas des enfants non vaccinés à l’étranger, et si vous le faites, n’enfreignez pas la quarantaine. »

En Israël, le retour à la normale a été très largement célébré. Les lycéens profitent du début des grandes vacances et les plus jeunes enchaînent les fêtes de fin d’année.

Mais pas ici.

Amir Levi a raconté qu’il prévoyait de passer la semaine à jouer au foot et à s’amuser avec ses amis, mais il se retrouve en quarantaine.

Sa mère Iris, qui essayait de faire tester son fils de 16 ans, a déclaré : « C’est la fin de l’année, les enfants avaient prévu des fêtes, mais tout est annulé. Alors qu’on commençait à ressentir que le virus était derrière nous, tout recommence. »

Eran Segal. (Autorisation)

Le professeur Eran Segal, biologiste informatique à l’Institut Weizmann, expert sur les tendances et les statistique du coronavirus, a déclaré au Times of Israël que le cluster de Binyamina devait être pris au sérieux mais qu’il n’y avait « pas lieu de paniquer ».

Selon Segal, le vaccin de Pfizer semble être efficace contre le variant Delta et le pays ne devrait probablement pas connaître d’augmentation grave du nombre de cas ou du nombre de morts en résultat de cette souche particulière.

« Il faut souligner que si nous avons assisté à une augmentation du nombre de cas la semaine dernière, avec 358 cas actifs, seulement 24 sont gravement malade et hospitalisés et de nombreux cas sont anciens. »

« Je ne m’attends pas à un retour de la pandémie aux niveaux que nous avons connus il y a quelques mois », a dit Segal.

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