« A mort Israël », « Macron le peuple aura ton fion » tagués à la faculté de Tolbiac
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« A mort Israël », « Macron le peuple aura ton fion » tagués à la faculté de Tolbiac

"Ce qui est fait est fait. Ce n'est que du matériel. L'essentiel c'est qu'il n'y ait pas eu de morts", juge Mohamed, qui travaille pour la sécurité de l'université depuis un an

Des policiers anti-émeutes français après avoir dispersé un camp de protestation sur le campus de Tolbiac, une partie de l'Université de la Sorbonne, le 20 avril 2018, à Paris. (Crédit : AFP / CHRISTOPHE SIMON)
Des policiers anti-émeutes français après avoir dispersé un camp de protestation sur le campus de Tolbiac, une partie de l'Université de la Sorbonne, le 20 avril 2018, à Paris. (Crédit : AFP / CHRISTOPHE SIMON)

Amphis tagués, matériel informatique détruit, matelas et détritus à même le sol : l’heure est au bilan à la fac parisienne de Tolbiac, évacuée vendredi au petit matin par les CRS et transformé en capharnaüm après trois semaines d’occupation.

« Regardez toutes ces dégradations, ces tags », souffle Florian Michel, directeur du centre qui s’improvise guide officiel pour quelques journalistes.

Dans un amphi, le matériel audiovisuel a été arraché, les écrans de projection détruits et recouverts de tags : « A mort Israël » ou « Free Palestine ». Sur les murs, entièrement tagués, les inscriptions vont de l’appel militant – « cheminots solidaires » – aux outrances potaches – « Macron le peuple aura ton fion ».

« L’UEJF dénonce le saccage du local de l’UEJF (FEDER) à Université Paris 1 Sorbonne et demande au président de université d’agir immédiatement pour faire cesser ce déferlement de haine, d’interpeller les auteurs et de les exclure de Sorbonne-Paris 1, » écrit dans un tweet l’association étudiante juive.

« Alors que le site est occupé par des étudiants d’extrême gauche, notre local a été saccagé, une armoire jetée à terre, avec sur le mur des inscriptions ‘A mort Israël’, ‘vive Arafat' », a précisé à l’AFP le président de l’UEJF, Sacha Ghozlan.

Sur les murs du petit local de l’association étudiante plusieurs messages ont été écrits au feutre noir : « vive la Palestine » « A mort Israël » « Palestine vaincra », les membres de l’UEJF sont comparés à des fascistes, des papiers sont jetés à terre.

Les juifs sont également accusés d’être des « racistes anti-goy » et l’on peut lire « vive Arafat » sur l’un des murs. Une vidéo diffusée sur le compte Twitter de l’association montre d’autres tags, tels « local sioniste raciste anti-goy » et « Palestine vaincra ».

« Je note que ce saccage intervient le jour de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll« , a estimé le président de l’UEJF, qui a dénoncé un « climat de danger pour les étudiants juifs ».

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement de la Recherche et de l’Innovation a rapidement réagi dans un communiqué expliquant avoir été informée « des tags et des dégradations à caractère antisémite » trouvés dans le local de l’UEJF installé au sein du Centre Pierre Mendès France de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La ministre « condamne avec la plus grande fermeté ces dégradations honteuses ». « En cette journée de deuil national, regrette-t-elle, et à quelques heures de la marche blanche organisée en hommage à Mireille Knoll, il est plus que nécessaire de replacer au cœur de notre société les valeurs fondamentales de respect, solidarité et de fraternité ».

Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié (FSJU) – qui soutient l’UEJF -, a dit à l’AFP être « extrêmement choqué par cet acte lâche qui apparaît à un moment compliqué pour la Nation et les Français juifs ».

Saccage du local de l'UEJF à Tolbiac

Nous avons emmené les journalistes Quotidien avec Yann Barthès à Tolbiac pour leur montrer le local de l'UEJF saccagé hier… Certaines réactions d'étudiants sont hallucinantes…

Posted by Union des Etudiants Juifs de France [ UEJF ] on Thursday, 29 March 2018

Dès l’annonce de la fin de l’évacuation à 6H00, la direction du site de Tolbiac, aussi appelé Pierre Mendès-France et qui accueille en temps normal près de 12 000 étudiants dans le XIIIe arrondissement de Paris, s’est activée pour évaluer les dégâts qui pourraient s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Dans les couloirs de l’imposante tour de 22 étages flotte une odeur de renfermé, tout comme dans l’amphi principal qui a fait office de dortoir durant ces trois semaines d’occupation contre la réforme de l’accès à la fac que ses opposants assimilent à une « sélection » des étudiants.

L’entrée principale est, elle, entièrement taguée. Le sol qui n’a pas été nettoyé depuis le début du mouvement est jonché de sacs poubelles, banderoles, vêtements…

Dans la « fosse » du site, des bouts de verre témoignent des heurts qui ont éclaté tôt dans la matinée quand des occupants ont jeté des bouteilles sur les policiers venus en nombre pour lever le blocage.

Au petit matin, dans les derniers instants précédant l’arrivée des forces de l’ordre, la tour de Tolbiac avait encore des allures de citadelle assiégée, avec des guetteurs installés en haut des marches du « forum » où les étudiants bloqueurs tenaient certaines réunions.

« Du jamais vu »

Dans la cafétéria réaménagée en cuisine collective, les distributeurs de boissons ont été vidés et détruits. Deux cageots d’artichauts trônent au milieu de la pièce à côté de verres en plastique et de bouteilles de bière.

Inauguré en 1973, ce site n’est pas propice aux mouvements étudiants au point d’être parfois décrite comme une fac anti-mai 68: un bâtiment vertical sans véritable lieu de réunion hors des amphis et sans réel lieu de convivialité au rez-de-chaussée.

« Je suis choquée. Comment a-t-on pu en arriver là ? », interroge l’assistante du directeur en déambulant dans les couloirs, visage fermé.

« C’est du jamais vu et je suis là depuis 1981 », ajoute une des collègues qui ne souhaite pas donner son nom. Choquée, elle prend des photos pour « immortaliser le désastre ».

« Les élèves étaient gentils. Mais ce sont des gens de l’extérieur qui ont essayé de tout casser. Ça me fait mal au cœur. Ce qui est fait est fait. Ce n’est que du matériel. L’essentiel c’est qu’il n’y ait pas eu de morts », juge Mohamed, qui travaille pour la sécurité de l’université depuis un an.

Le service technique est déjà à pied de œuvre. Plusieurs boîtiers permettant d’ouvrir des portes ont été fracturés par les occupants qui voulaient empêcher l’entrée des forces de l’ordre.

Les partiels prévus à partir du 2 mai auront bien lieu – une semaine supplémentaire a été ajoutée, jusqu’au 26 mai -, non pas à Tolbiac mais dans d’autres centres universitaires de Paris et région parisienne.

« On repart de zéro » résume Jérôme Chausson, administrateur du site.

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